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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2404319

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2404319

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2404319
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGALLAND YANNICK & KIEFFER EMMANUEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 19 juin, 14 août et 30 août 2024, M. A B, représenté par Me Galland, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, subsidiairement, de réexaminer sa situation en lui délivrant dans l'intervalle une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la commission de titre de séjour était irrégulièrement composée ;

- il ne représente pas une menace à l'ordre public ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 26 juin et 19 août 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête. Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Laurent Boutot,

- les observations de Me Galland, avocat de M. B.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission provisoire de M. B à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

2. Il est constant que M. B a sollicité le bénéfice de l'aide juridictionnelle et que le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Strasbourg n'a pas statué sur cette demande. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire du requérant au bénéfice de cette aide, en application des dispositions précitées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. M. B soutient que l'arrêté contesté méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En l'espèce, pour refuser au requérant la délivrance d'un titre de séjour, la préfète du Bas-Rhin s'est principalement fondée sur un motif tiré de la menace à l'ordre public que représenterait son comportement. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, si M. B a fait l'objet de nombreuses condamnations pour des délits de vol, conduite sans permis et usage de substances illicites, commis entre 2007 et 2020, le dernier délit pour lequel il a été condamné date de 2020, de sorte que l'actualité de la menace à l'ordre public ne peut être regardée comme suffisamment établie et il y a lieu, à cet égard, de souligner que le requérant a bénéficié en 2020 d'un titre de séjour " vie privée et familiale " sans que lui soit opposé un motif tiré de la menace à l'ordre public. Le requérant est par ailleurs présent en France depuis 2006 et il apporte les preuves suffisantes de ses efforts, depuis 2020, en matière d'insertion professionnelle, le requérant ayant travaillé comme agent de production au cours de l'année 2022 puis, comme chauffeur-livreur intérimaire à compter de 2023. Il doit enfin être tenu compte de l'avis favorable émis le

29 février 2024 par la commission du titre de séjour. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, le moyen doit être accueilli et, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, la décision contestée doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Le moyen d'annulation retenu implique nécessairement qu'il soit enjoint à la préfète du Bas-Rhin de délivrer au requérant un titre de séjour. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

5. M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire par le présent jugement. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Galland, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Galland de la somme de 1 200 euros hors taxes. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme précitée sera versée au requérant.

D E C I D E :

Article 1 : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 31 mai 2024, par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé la délivrance d'un titre de séjour à M. B, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi, est annulé.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète du Bas-Rhin de délivrer à M. B un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Galland, avocat de M. B, la somme de 1 200 (mille deux cents) euros hors taxes au titre des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à

M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme précitée sera versée au requérant.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Galland, et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée à la procureure de la République près le tribunal judiciaire de Strasbourg et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dhers, président,

M. Boutot, premier conseiller,

Mme Jordan-Selva, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 15 octobre 2024.

Le rapporteur,

L. Boutot

Le président,

S. Dhers

La greffière,

N. Adjacent

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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