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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2404328

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2404328

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2404328
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGAUDRON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I°) Par une requête, enregistrée le 19 juin 2024 sous le n° 2404328, M. E G, représenté par Me Gaudron, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 mai 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'annuler l'arrêté du 23 mai 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a assigné à résidence dans ce département ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et un formulaire de demande d'asile dans le délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros toutes taxes comprises à verser à son conseil, ou à lui verser directement en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision de transfert :

- il n'est pas justifié de la compétence de la signataire de la décision attaquée ;

- il n'est pas démontré que les informations prévues par les articles 4 et 29 du règlement (UE) n° 603/2013 lui ont été communiquées ;

- il ne s'est pas vu notifier la décision d'acceptation de prise en charge des autorités allemandes et il n'a pas été informé du fondement sur lequel cet Etat s'est estimé compétent ;

- la décision attaquée méconnaît l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013

du 26 juin 2013 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/ 2013

et de l'article L. 741-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant assignation à résidence :

- il n'est pas justifié de la compétence de la signataire de la décision attaquée ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 561-2-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de transfert ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire au rejet de celle-ci.

Elle fait valoir que :

- le requérant ne justifie pas d'un intérêt à agir, dès lors que sa présence en France est constitutive d'un délit ;

- les moyens soulevés par M. G ne sont pas fondés.

II°) Par une requête, enregistrée le 19 juin 2024 sous le n° 2404329, Mme D H, représentée par Me Gaudron, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 mai 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'annuler l'arrêté du 23 mai 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a assignée à résidence dans ce département ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et un formulaire de demande d'asile dans le délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros toutes taxes comprises à verser à son conseil, ou à lui verser directement en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur la décision de transfert :

- il n'est pas justifié de la compétence de la signataire de la décision attaquée ;

- il n'est pas démontré que les informations prévues par l'article 4 du règlement (UE)

n° 604/2013 du 26 juin 2013 et l'article 29 du règlement (UE) n° 603/2013 lui ont été communiquées ;

- elle ne s'est pas vue notifier la décision d'acceptation de prise en charge des autorités allemandes et elle n'a pas été informée du fondement sur lequel cet Etat s'est estimé compétent ;

- la décision attaquée méconnaît l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/ 2013

et de l'article L. 741-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant assignation à résidence :

- il n'est pas justifié de la compétence de la signataire de la décision attaquée ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 561-2-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de transfert ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire au rejet de celle-ci.

Elle fait valoir que :

- la requérante ne justifie pas d'un intérêt à agir, dès lors que sa présence en France est constitutive d'un délit ;

- les moyens soulevés par Mme G ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Vicard en application des dispositions de l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vicard, magistrate désignée ;

- les observations de Me Gaudron, représentant M. et Mme G, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, et soutient en outre que l'état de santé de la requérante, nécessitant un suivi médical, s'oppose à son transfert aux autorités allemandes dans l'immédiat ;

- et les observations de M. et de Mme G, assistés de Mme A, interprète en langue albanaise.

La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E G et Mme D I G, ressortissants kosovars respectivement nés en 1988 et 1991, ont déclaré être entrés en France le 20 mars 2024. Ils ont déposé une demande d'asile auprès du guichet unique de la préfecture du Bas-Rhin le 25 mars 2024. La consultation du fichier VIS (système d'information sur les visas) a révélé qu'ils étaient chacun titulaires d'un visa délivré par les autorités allemandes. Celles- ci, saisies d'une demande de prise en charge le 17 avril 2024, ont donné leur accord le 19 avril 2024 sur le fondement des dispositions de l'article 12-2 du règlement (UE) n° 604/2013. Par deux arrêtés du 23 mai 2024, la préfète du Bas-Rhin a ordonné le transfert des époux G aux autorités allemandes responsables de l'examen de leur demande d'asile. Par deux arrêtés distincts du même jour, les intéressés ont été assignés à résidence dans le département du Bas-Rhin. Les époux G demandent au tribunal l'annulation de ces quatre arrêtés.

2. Les requêtes nos 2404328 et 2404329, présentées respectivement par M. G et Mme G, sont relatives à la situation d'un couple de ressortissants étrangers et posent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les demandes d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

4. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes des époux G, de prononcer l'admission provisoire des intéressés à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la compétence de la signataire des quatre arrêtés attaqués :

5. Par un arrêté du 8 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin le même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme C, cheffe du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, à Mme B F, cheffe du pôle régional Dublin, à l'effet de signer les arrêtés de transfert pris en application de la procédure Dublin. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C n'aurait pas été absente ou empêchée à la date de l'arrêté attaqué. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées doit être écarté.

En ce qui concerne le transfert aux autorités allemandes :

6. En premier lieu, l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride dispose que : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. / 3. La Commission rédige, au moyen d'actes d'exécution, une brochure commune ainsi qu'une brochure spécifique pour les mineurs non accompagnés, contenant au minimum les informations visées au paragraphe 1 du présent article. Cette brochure commune comprend également des informations relatives à l'application du règlement (UE) n° 603/2013 et, en particulier, à la finalité pour laquelle les données relatives à un demandeur peuvent être traitées dans Eurodac. () ".

7. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement (UE) n° 604/2013 doit se voir remettre l'ensemble des éléments d'information prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. La remise de ces éléments doit intervenir en temps utile pour lui permettre de faire valoir ses observations, c'est-à-dire au plus tard lors de l'entretien prévu par les dispositions de l'article 5 du même règlement, entretien qui doit notamment permettre de s'assurer qu'il a compris correctement ces informations. Eu égard à leur nature, la remise par l'autorité administrative de ces informations prévues par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que les époux G se sont chacun vus remettre, le 25 mars 2024, deux brochures intitulées " A. J'ai demandé l'asile dans l'UE - quel pays sera responsable de ma demande d'asile ' " et " B. Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' " ainsi que le guide du demandeur d'asile, documents rédigés en langue albanaise qu'ils ont déclaré comprendre. La remise de ces documents, qui constituent la brochure commune prévue par les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013, permet aux demandeurs d'asile de bénéficier d'une information complète sur l'application de ce règlement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.

9. En deuxième lieu, l'article 29 du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013, reprenant à l'identique les dispositions de l'article 18 du règlement (CE) n° 2725/2000 du 11 décembre 2000, relatives aux droits des personnes concernées édicte une obligation d'information des personnes relevant du règlement au moment où les empreintes digitales de la personne concernée sont prélevées. A la différence de l'obligation d'information instituée par le règlement (UE) n° 604/2013, qui prévoit un document d'information sur les droits et obligations des demandeurs d'asile, dont la remise doit intervenir au début de la procédure d'examen des demandes d'asile pour permettre aux intéressés de présenter utilement leur demande aux autorités compétentes, l'obligation d'information prévue par les dispositions précitées de l'article 29 du règlement (UE) n° 603/2013, a uniquement pour objet et pour effet de permettre d'assurer la protection effective des données personnelles des demandeurs d'asile concernés, laquelle est garantie par l'ensemble des Etats membres relevant du régime européen d'asile commun. Ce droit d'information des demandeurs d'asile contribue, au même titre que le droit de communication, le droit de rectification et le droit d'effacement de ces données, à cette protection. La méconnaissance de cette obligation d'information dans une langue comprise par l'intéressé ne peut être utilement invoquée à l'encontre des décisions par lesquelles l'Etat français remet un demandeur d'asile aux autorités compétentes pour examiner sa demande. Le moyen doit donc être écarté comme inopérant.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () / 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type () ".

11. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. et Mme G ont chacun bénéficié, le 25 mars 2024, d'un entretien individuel conduit en langue albanaise avec le concours d'un interprète, par un agent qualifié de la préfecture du Bas-Rhin. En se bornant à soutenir, sans autre précision, que cet entretien n'a pas été mené par une personne qualifiée en vertu du droit national, les requérants ne contestent pas utilement les mentions figurant sur le compte-rendu respectif de leur entretien, lequel indique qu'il a été conduit par un agent qualifié de la préfecture du Bas-Rhin et comprend sa signature revêtue d'un cachet de la préfecture comportant le numéro d'identification 41. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.

12. En quatrième lieu, les époux G soutiennent qu'ils ne se sont pas vus notifier la décision d'acceptation de prise en charge des autorités allemandes et n'ont pas été informés du fondement sur lequel cet Etat s'est estimé compétent. D'une part, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose que l'acceptation de la prise en charge d'un demandeur d'asile fasse l'objet d'une procédure de notification spécifique, distincte de l'arrêté décidant le transfert. D'autre part, les décisions de transfert de M. G et de Mme G précisent que les autorités allemandes ont fait connaître explicitement leur accord en application

de l'article 12-2 du règlement (UE) n° 604/2013, de sorte que les intéressés ont été informés du fondement sur lequel l'Allemagne a accepté de les prendre en charge. Par suite, le moyen doit être écarté.

13. En cinquième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 :

" 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. (). ". Aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui s'est substitué à l'article L. 741-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'Etat d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre Etat ". La faculté laissée à chaque Etat membre,

par l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 précité, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

14. Les requérants soutiennent que la préfète a méconnu les dispositions précitées en ne décidant pas que la France devait, à titre exceptionnel, examiner leur demande d'asile, en raison de l'état de santé de Mme G, nécessitant un suivi médical pluridisciplinaire. S'il ressort des pièces du dossier, et notamment d'un certificat établi le 13 mai 2024 par un médecin du service de chirurgie digestive et d'un certificat établi le 18 juin 2024 par un médecin du service d'immunologie, que l'état de santé de la requérante, ayant présenté une thrombophlébite cérébrale en avril 2023 et souffrant de troubles de la coagulation ainsi que d'une hémiparésie, a justifié " l'instauration d'un traitement médicamenteux nécessitant un suivi régulier en consultation et la réalisation de bilans biologiques " et que " le transfert de l'intéressée dans un autre pays mettrait en péril la réalisation des soins nécessaires ", ces documents médicaux, par leur rédaction en des termes généraux et peu précis sur la nature et la nécessité des soins administrés, ne suffisent pas à démontrer que l'état de santé de Mme G s'opposerait à son transfert vers l'Allemagne ni qu'elle ne pourrait bénéficier sur place d'un suivi médical adapté à son état de santé. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'en ne faisant pas usage de la clause de souveraineté de l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013, la préfète du Bas-Rhin a méconnu ces dispositions et entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

15. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

16. En se bornant à soutenir qu'ils " craignent d'être renvoyés au Kosovo où ils risquent des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ", les requérants n'assortissent pas ce moyen de précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien- fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les assignations à résidence :

17. En premier lieu, aux termes de l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est remis aux étrangers assignés à résidence en application de l'article L. 731-1 une information sur les modalités d'exercice de leurs droits, les obligations qui leur incombent et, le cas échéant, la possibilité de bénéficier d'une aide au retour (). ".

18. Ces dispositions impliquent que l'auteur de la décision d'assignation à résidence porte à la connaissance de l'étranger assigné à résidence une information supplémentaire explicitant les droits et obligations de ce dernier pour la préparation de son départ. Ces dispositions imposent que l'information qu'elles prévoient soit communiquée, une fois la décision notifiée, au plus tard lors de la première présentation de la personne assignée à résidence aux services de police ou de gendarmerie. Il en résulte que l'absence de l'information ainsi prévue est sans incidence sur la légalité des décisions d'assignation à résidence contestées, laquelle s'apprécie à la date de leur édiction. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui s'est substitué à l'article L. 561-2-1 du même code invoqué par les requérants, doivent, dès lors, être écartés comme inopérants.

19. En deuxième lieu, les décisions en litige comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et sont dès lors régulièrement motivées. Il s'ensuit que les moyens tirés de ce qu'elles seraient insuffisamment motivées ne peuvent qu'être écartés comme manquant en fait.

20. En troisième lieu, les décisions de transfert n'étant pas entachées d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre des décisions portant assignation à résidence, tiré de l'illégalité de ces décisions, doit être écarté.

21. En quatrième et dernier lieu, aux termes du troisième alinéa de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée ". Aux termes de l'article L. 751-4 de ce code : " En cas d'assignation à résidence en application de l'article L. 751-2, les dispositions des articles () L. 733-1 à L. 733-4 () sont applicables ". Aux termes de l'article L. 733-1 du code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie ". Aux termes enfin de l'article L. 733-2 de ce code : " L'autorité administrative peut, aux fins de préparation du départ de l'étranger, lui désigner, en tenant compte des impératifs de la vie privée et familiale, une plage horaire pendant laquelle il demeure dans les locaux où il réside, dans la limite de trois heures consécutives par période de vingt-quatre heures ". Il revient au juge administratif de s'assurer que les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative sur le fondement de ces dispositions, sont adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent.

22. En l'espèce, il ressort des arrêtés contestés que les requérants ont été assignés à résidence dans le département du Bas-Rhin pour une durée de quarante-cinq jours, et qu'ils doivent se présenter, ensemble et avec leur enfant mineur, tous les mercredis entre 9 heures et 10 heures au commissariat central de Strasbourg, ville dans laquelle ils résident. Ainsi, alors que les requérants ne font état d'aucun élément contestant cette obligation de présentation, celle-ci apparaît adaptée, nécessaire et proportionnée aux finalités poursuivies. Par suite, le moyen doit être écarté.

23. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il y ait besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. et Mme G doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E:

Article 1er : M. et Mme G sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2: Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E G, à Mme D I G, à Me Gaudron et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.

La magistrate désignée,

C. VicardLa greffière,

R. Van Der Beek

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. Van Der Beek

Nos 2404328, 2404329

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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