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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2404345

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2404345

mercredi 17 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2404345
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPIALAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 19 et 28 juin 2024, M. E G, représenté par Me Pialat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, ou subsidiairement de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus d'admission au séjour :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen global de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435- 1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

Sur la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2024, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. G ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Vicard en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vicard, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Pialat, avocat de M. G, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens. En outre, il demande au tribunal d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer un titre de séjour " salarié " et soutient que la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur de fait, en ce que la fraude retenue par le préfet est inexistante.

Le préfet du Haut-Rhin n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E G, ressortissant tunisien né en 1988, est entré régulièrement sur le territoire français le 15 décembre 2019, muni de son passeport revêtu d'un visa long séjour en qualité de conjoint de français, valable du 28 novembre 2019 au 28 novembre 2020. Une carte de résident valable dix ans, portant la mention " conjoint de français ", lui a été délivrée

le 9 décembre 2020 . Par un arrêté du 27 avril 2022, le préfet de Seine-et-Marne lui a retiré son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. En avril 2023, M. G a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 18 juin 2024, dont le requérant demande l'annulation, le préfet

du Haut-Rhin a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, le préfet du Haut-Rhin l'a assigné à résidence dans ce département.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour :

2. Il appartient à la magistrate désignée par le président du tribunal administratif, dans le cadre du présent litige, de se prononcer sur les conclusions dont elle est saisie tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français. En revanche, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de séjour, non plus que sur les conclusions accessoires dont elles sont assorties. Dès lors, il y a lieu de renvoyer les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour et les conclusions accessoires dont elles sont assorties à une formation collégiale du tribunal, compétente pour en connaître.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

En ce qui concerne les moyens soulevés, par voie d'exception, contre la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, par un arrêté du 21 août 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet du Haut-Rhin a donné délégation à Mme D C, adjointe au chef du service de l'immigration et de l'intégration, en cas d'absence ou d'empêchement de M. H F, directeur de la réglementation et de M. A B, chef du service de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions dévolues à ce service, à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figure pas la décision en litige. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. F et M. B n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de signature de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de Mme C, signataire de la décision attaquée, manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des motifs de la décision querellée, que le préfet du Haut-Rhin n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant avant de l'édicter.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du

17 mars 1988 en matière de séjour et de travail : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié'' ". Aux termes de l'article 11 de ce même accord : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. Chaque Etat délivre notamment aux ressortissants de l'autre Etat tous titres de séjour autres que ceux visés au présent Accord, dans les conditions prévues par sa législation ". Aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ".

6. Il résulte de la combinaison des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 et des dispositions de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la délivrance aux ressortissants tunisiens d'un titre de séjour portant la mention " salarié " reste subordonnée à la présentation d'un visa de long séjour et d'un contrat visé par les services en charge de l'emploi.

7. D'une part, si, à l'appui de sa demande de titre de séjour, M. G a présenté un contrat de travail à durée indéterminée à temps plein en qualité d'installateur sanitaire chauffage en date du 28 juillet 2022, il ressort des pièces du dossier que celui-ci a été établi sur la base d'un titre de séjour retiré le 27 avril 2022. En outre, ce contrat n'a pas été préalablement visé par les autorités françaises. Enfin, si le requérant soutient que l'avis défavorable émis par les services de la main d'œuvre étrangère à la demande d'autorisation de travail présentée par son employeur le 20 septembre 2023, serait entaché d'une erreur de droit, en ce que l'emploi d'installateur sanitaire chauffage ne nécessite pas un diplôme de " technicien réseau gaz ", il ne produit cependant aucun élément démontrant que son emploi ne le conduirait pas à intervenir sur le réseau gaz ni en tout état de cause qu'il interviendrait, comme il le soutient, sous le contrôle d'une personne ayant les qualifications requises. D'autre part, il est constant que le requérant, qui n'est pas fondé à se prévaloir du titre de séjour portant la mention " conjoint de français " qui lui a été délivré

le 9 décembre 2020 dès lors que celui-ci a été légalement retiré le 27 avril 2022, ne disposait pas du visa de long séjour exigé pour la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article 3 de la convention franco-tunisienne. Dès lors qu'il ne remplissait pas les conditions de l'article 3 de l'accord franco-tunisien précité, M. G n'est pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu ces stipulations. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

8. En quatrième lieu, si le requérant soutient que le préfet a entaché sa décision d'une erreur de fait en retenant l'existence d'une fraude, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment de la lettre de recommandation de son employeur datée du 26 juin 2024, que celui- ci était informé, lors de la conclusion du contrat à durée indéterminée du 28 juillet 2022, du retrait du titre de séjour survenu le 27 avril 2022, l'employeur indiquant en effet dans la lettre de recommandation précitée découvrir la situation irrégulière de son employé. Dans ces conditions, M. G n'est pas fondé à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'une erreur de fait. Par suite, ce moyen doit être écarté.

9. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

10. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Il fixe ainsi, notamment, les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien, au sens de l'article 11 de cet accord. Toutefois, si l'accord franco-tunisien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

11. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. G était présent en France depuis quatre ans et six mois à la date d'édiction de la décision attaquée. S'il justifie être hébergé chez sa sœur, séjournant régulièrement sur le territoire français, il est célibataire et sans charges de famille et ne justifie pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 31 ans. Par ailleurs, s'il justifie occuper un emploi d'installateur sanitaire chauffage sous contrat à durée indéterminée depuis le mois d'août 2022, être titulaire d'un diplôme en réseaux et télécommunications obtenu en Tunisie en 2012 et avoir suivi trois formations relatives à la prévention du risque amiante et des risques électriques en avril 2022, mai 2022 et juin 2023, ces éléments ne suffisent pas à établir que sa situation relèverait des " considérations humanitaires " ou des " motifs exceptionnels " permettant la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le requérant, qui ne saurait utilement invoquer les énonciations de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012, dépourvues de caractère réglementaire, n'est pas fondé à soutenir que l'autorité préfectorale a méconnu les dispositions précitées en refusant de faire usage de son pouvoir de régularisation.

En ce qui concerne l'autre moyen dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. Si M. G soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :

13. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que les décisions fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français devraient être annulées par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. G n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Haut-Rhin du 18 juin 2024, en tant qu'il lui fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixe le pays de destination et prononce une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par voie de conséquence, les conclusions accessoires présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions à fin d'annulation de la décision du 18 juin 2024 par laquelle le préfet du Haut-Rhin a refusé d'admettre M. G au séjour et les conclusions accessoires y afférentes sont renvoyées en formation collégiale.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E G et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2024.

La magistrate désignée,

C. VicardLa greffière,

R. Van Der Beek

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. Van Der Beek

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