lundi 15 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2404346 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | THOMANN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 juin 2024, M. A E, représenté par Me Thomann, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet du Haut-Rhin du 18 juin 2024, en tant qu'il lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a assigné à résidence dans ce département ;
3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
- il n'est pas justifié de la compétence de la signataire de ces décisions ;
- les décisions attaquées ne sont pas motivées ;
- elle sont entachées d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision portant assignation à résidence :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- il n'est pas justifié de la compétence de la signataire de cette décision ;
- il doit se faire véhiculer par des amis pour respecter l'obligation de se présenter aux services de police.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2024, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Vicard en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Vicard, magistrate désignée ;
- et les observations de Me Thomann, avocate de M. E, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.
Le préfet du Haut-Rhin n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant marocain né en 1992, est entré en France le 27 avril 2019, sous couvert d'un visa de long séjour en qualité de " travailleur saisonnier " valable du 25 avril au 24 juillet 2019. Par un arrêté du 2 juin 2020, le préfet du Haut-Rhin a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Le recours formé contre cette décision a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Strasbourg du 6 novembre 2020. Le 14 mars 2023, M. E a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de " travailleur temporaire ". Par un arrêté du 18 juin 2024, le préfet du Haut-Rhin a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Le requérant demande l'annulation de cet arrêté, en tant qu'il lui fait obligation de quitter le territoire français, qu'il fixe le pays de destination et qu'il prononce une interdiction de retour. Par un deuxième arrêté du 18 juin 2024, dont le requérant demande l'annulation, le préfet du Haut-Rhin l'a assigné à résidence dans ce département.
Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et prononçant une interdiction de retour d'une durée d'un an :
2. En premier lieu, par un arrêté du 21 août 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet du Haut-Rhin a donné délégation à Mme C B, adjointe au chef du service de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions dévolues à ce service, à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figure pas la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de Mme B, signataire des décisions attaquées, doit être écarté.
3. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. La circonstance qu'elles ne fassent pas état du décès des parents du requérant, de son absence d'attache au Maroc, à la supposer établie, et de la présence de sa sœur en France, ne permet pas de caractériser une insuffisance de motivation, d'autant qu'il n'est pas démontré ni même allégué que ces éléments auraient été portés à la connaissance du préfet avant l'édiction des décisions contestées. Par suite, le moyen doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ;() ".
5. Le préfet du Haut-Rhin s'est fondé sur le 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour faire obligation au requérant de quitter le territoire français. Il est constant que M. E est entré régulièrement sur le territoire français
le 27 avril 2019, muni d'un visa de long séjour en qualité de travailleur saisonnier, expirant le 24 juillet 2019. Il est tout aussi constant qu'il s'est maintenu sur le territoire français après expiration de ce visa sans être titulaire d'un titre de séjour. Le préfet du Haut-Rhin pouvait donc, sur ce fondement légal, l'obliger à quitter le territoire français. Dans ces conditions, M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, au motif, inopérant, que le préfet du Haut-Rhin n'aurait pas tenu compte de son insertion professionnelle.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
7. Pour prononcer une interdiction de retour d'une durée d'un an à l'encontre de M. E, le préfet du Haut-Rhin a visé les dispositions légales précitées et pris en compte les faibles liens du requérant avec la France ainsi que l'absence d'exécution d'une précédente mesure d'éloignement. Ainsi, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision est juridiquement motivée et n'est pas entachée d'erreur de droit. Par ailleurs, en se bornant à soutenir que le défaut de prise en compte de son insertion professionnelle en France entache la décision d'une erreur manifeste d'appréciation, le requérant n'assortit pas ce moyen de précision suffisante pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien- fondé. Il s'ensuit que les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
Sur la décision fixant le pays de destination :
8. Si M. E soutient que la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.
Sur la décision portant assignation à résidence :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant assignation à résidence devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
10. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme F D, cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement, qui disposait pour ce faire d'une délégation en vertu d'un arrêté du 21 août 2023 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
11. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 733-1 du code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie ". Aux termes enfin de l'article L. 733-2 de ce code : " L'autorité administrative peut, aux fins de préparation du départ de l'étranger, lui désigner, en tenant compte des impératifs de la vie privée et familiale, une plage horaire pendant laquelle il demeure dans les locaux où il réside, dans la limite de trois heures consécutives par période de vingt-quatre heures ". Il revient au juge administratif de s'assurer que les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative sur le fondement de ces dispositions, sont adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent.
12. En l'espèce, il ressort des arrêtés contestés que le requérant a été assigné à résidence dans le département du Haut-Rhin pour une durée de quarante-cinq jours, et qu'il doit se présenter, tous les mardis à 10 heures, au commissariat central de Colmar. Le requérant, qui réside à Horbourg Wihr, fait valoir qu'il doit demander à des amis de le véhiculer. A supposer qu'il ait ainsi entendu soulever le caractère disproportionné de la mesure, l'intéressé ne produit aucun élément étayant ces assertions d'une part, démontrant l'impossibilité d'utiliser des transports en commun, d'autre part. Le moyen doit ainsi être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 18 juin 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application des 37 et 75 de la loi
du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, Me Thomann et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2024.
La magistrate désignée,
C. VicardLa greffière,
R. Van Der Beek
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
R. Van Der Beek
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026