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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2404374

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2404374

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2404374
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantARAB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 juin 2024, M. A B, représenté par Me Arab, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 juin 2024, par lequel la préfète du Bas-Rhin a ordonné son assignation à résidence ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour de étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée est illégale dès lors qu'elle repose sur une obligation de quitter le territoire français qui est elle-même entachée d'illégalitè dès lors qu'il est titulaire d'un droit au séjour permanent, en application de l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, résidant en France depuis plus de cinq ans et son comportement ne constituant pas une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'ordre public ;

- la décision attaquée est illégale en raison de l'illégalité de l'assignation à résidence prise à son encontre le 6 mai 2024.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Carrier en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Carrier, magistrat désigné ;

- les observations de Me Arab, avocate de M. B, absent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant espagnol né en 1994, a été interpellé le 6 mai 2024 et placé en garde à vue pour des faits de violences avec armes sur conjoint. Par arrêtés du 6 mai 2024, la préfète du Bas-Rhin, d'une part, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de cinq ans et, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par jugement du 3 juin 2024, le tribunal a rejeté le recours de M. B contre ces décisions. Par un arrêté du 19 juin 2024, dont M. B demande l'annulation, la préfète du Bas-Rhin a renouvelé son assignation à résidence.

Sur l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français du 6 mai 2024 :

2. Aux termes de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1 ". Le premier alinéa de l'article L. 234-1 dispose : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français ". Aux termes de l'article L. 200-6 du même code : " Les restrictions au droit de circuler et de séjourner librement en France prononcées à l'encontre de l'étranger dont la situation est régie par le présent livre ne peuvent être motivées que par un comportement qui constitue, du point de vue de l'ordre public et de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Il en va de même lorsque l'étranger dont la situation est régie par le présent livre a fait l'objet d'une peine d'interdiction du territoire, d'une décision d'expulsion, d'une interdiction de circulation sur le territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire. ".

3. Ces dispositions doivent être interprétées à la lumière des objectifs de la directive du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004, relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres, et des articles 27 et 28 qui déterminent les conditions dans lesquelles ces Etats peuvent restreindre la liberté de circulation et de séjour d'un citoyen de l'Union européenne ou d'un membre de sa famille. Il appartient à l'autorité administrative d'un État membre, qui envisage de prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un ressortissant d'un autre État membre, de ne pas se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, mais d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L'ensemble de ces conditions doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

4. D'une part, par les seules pièces produites, le requérant n'établit pas qu'à la date de la mesure d'éloignement dont il excipe l'illégalité, il résidait de manière légale et ininterrompue en France depuis cinq ans.

5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le requérant, célibataire sans enfant, a commis, le 5 mai 2024, des violences avec arme sur sa concubine, faits pour lesquels il est poursuivi devant le tribunal judiciaire de Strasbourg. Certes le requérant fait valoir qu'à la date de la mesure d'éloignement, il résidait sur le territoire français depuis plusieurs années et exerçait une activité professionnelle. Toutefois, le requérant ne justifie pas d'attaches privées et familiales fortes en France et le contrat de travail dont il se prévaut est récent et concerne une activité peu qualifiée. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, eu égard notamment à la gravité des faits susmentionnés, c'est à bon droit que la préfète du Bas-Rhin a estimé que le comportement personnel de M. B constituait, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Dans ces circonstances, la préfète du Bas-Rhin a pu légalement estimer que le requérant ne disposait pas d'un droit permanent au séjour au sens des dispositions de l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 6 mai 2024 doit être écartée.

Sur l'exception d'illégalité de l'assignation à résidence du 6 mai 2024 :

7. L'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale.

8. En l'espèce, l'assignation à résidence en litige n'a pas été prise pour l'application de l'assignation à résidence du 6 mai 2024. Par ailleurs, l'assignation à résidence du 6 mai 2024 ne constitue pas la base légale de l'assignation attaquée. Il s'ensuit que l'exception d'illégalité de l'assignation à résidence du 6 mai 2024 ne peut être utilement invoquée à l'encontre de l'assignation en litige.

Sur les autres moyens de la requête :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".

10. En l'espèce, la décision attaquée qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation doit être écarté.

11. En deuxième lieu, Aux termes de l'article L. 731-1 du même code : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". aux termes de l'article L. 732-3 dudit code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée ".

12. Il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire fançais sans délai de départ volontaire depuis moins de trois ans et d'une première assignation à résidence arrivée à son terme. Par suite, en vertu des dispositions précitées, le préfet du Bas-Rhin pouvait légalement l'assigner à résidence pour une nouvelle période de quarante-cinq jours. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

13. En dernier lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article L. 731-3 du code de l'etnrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que ce n'est pas sur le fondement de ces dispositions qu'a été prise la décision en litige.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'assignation à résidence, ainsi que par voie de conséquence, celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. B est rejeté.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

C. Carrier

La greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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