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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2404421

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2404421

lundi 1 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2404421
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantASSFAM – GROUPE SOS SOLIDARITÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 et 26 juin 2024, M. D F B, retenu au centre de rétention administrative de Geisposheim, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 juin 2024 par lequel le préfet du Doubs a fixé le pays de destination.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- le droit d'être entendu a été méconnu ;

- la décision attaquée est entachée d'une vice de procédure dès lors qu'elle ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2024, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Carrier en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Carrier, magistrat désigné ;

- les observations de Me Clausmann, avocat de M. B ;

- et les observations de M. B, assisté de Mme C, interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

Le préfet du Doubs n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tchadien né en 1993, a été condamné par jugement du tribunal correctionnel de Dijon le 5 février 2024 à une peine de six mois d'emprisonnement et à une interdiction du territoire français pour une durée de cinq ans. Il a présenté une demande tendant à la reconnaissance du statut de réfugié le 1er décembre 2023 qui a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 8 mars 2024. Par un arrêté du 22 juin 2024, dont il demande l'annulation, le préfet du Doubs a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, par un arrêté du 25 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Doubs le 26 mars 2024, le préfet du Doubs a donné délégation à Mme Nathalie Valleix, secrétaire générale de la préfecture du Doubs à l'effet de signer notamment les décisions portant fixation du pays de destination. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'acte attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision qui fait apparaître les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ; 2. Ce droit comporte notamment : - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre. ". Aux termes de l'article 51 de la même charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union (). ". Et aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ".

5. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, notamment de son arrêt C-383/13 M. A, N. R./Staatssecretaris van Veiligheid en Justitie du 10 septembre 2013, que toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment du formulaire de renseignement administratif " éloignement pour trouble à l'ordre public " que lors d'une audition du 3 février 2024, M. B a été entendu par les services de police de Dijon. A cette occasion, il a été informé qu'une mesure d'éloignement était susceptible d'être prise à son encontre. Il a été précisément interrogé sur sa situation personnelle et a pu présenter les observations qu'il jugeait utiles concernant notamment les liens personnels et familiaux qu'il détient en France et dans son pays d'origine. Par suite, et alors même que cet entretien a eu lieu plusieurs mois avant l'édiction de la mesure en litige, dès lors que l'intéressé ne fait valoir aucun changement dans les circonstances de fait et de droit le concernant, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, ne peut pas être accueilli.

7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision en litige a été notifiée au requérant avec l'aide d'un interprète par téléphone. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige aurait été notifiée dans une langue qu'il ne comprend pas doit être écarté.

8. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Doubs n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé.

9. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. Si le requérant soutient qu'il courrait des risques en cas de retour dans son pays d'origine en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations alors au demeurant que sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA le 8 mars 2024. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

11. En dernier lieu, si le requérant soutient, dans sa requête initiale, que la décision est entachée d'erreur d'appréciation, il n'assortit pas son moyen des précisions permettant d'en apprécier la portée et le bien-fondé.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D F B et au préfet du Doubs. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Prononcé en audience publique le 1er juillet 2024.

Le magistrat désigné,

C. Carrier

La greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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