mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2404468 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | FARE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 juin 2024, Mme C B, représentée par Me Fare, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 16 mai 2024 par lequel le préfet de la Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de réexaminer sa demande de titre de séjour dans le délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer immédiatement un récépissé de demande de titre de séjour sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
Sur le refus de délivrance d'un titre de séjour :
- la décision méconnaît l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle méconnaît l'article 9 de la convention franco-togolaise qui ne prévoit pas que l'étranger doit justifier du caractère réel et sérieux de ses études ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur de droit tirée de ce que le préfet s'est fondé à tort sur les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- l'illégalité du refus de titre de séjour prive de base légale l'obligation de quitter le territoire français ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la fixation du pays de renvoi :
- l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire prive de base légale la décision fixant le pays de renvoi.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 juillet 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention franco-togolaise signée le 13 juin 1996 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience et n'étaient ni présentes, ni représentées.
Le rapport de M. Muller a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante togolaise, née le 6 avril 2002, est entrée régulièrement en France le 8 septembre 2022 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " valant titre de séjour. Le 16 juin 2023, elle a sollicité le renouvellement de son titre. Par un arrêté du 16 mai 2024, dont Mme B demande l'annulation, le préfet de la Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () / L'admission provisoire est accordée par la juridiction compétente ou son président (), soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction alors applicable, il y a lieu d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement des articles 20 de la loi du 10 juillet 1991 et 61 du décret du 28 décembre 2020.
Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
4. Aux termes de l'article 9 de la convention franco-togolaise du 13 juin 1996 relative à la circulation et au séjour des personnes : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation dans des disciplines spécialisées qui n'existent pas dans l'Etat d'origine sur le territoire de l'autre Etat doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de pré-inscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants./ Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants ". Aux termes de l'article 13 de la même convention : " Les points non traités par la présente convention sont régis par la législation interne de chaque Etat. ".
5. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le prévoit l'article L. 110-1 du même code sous réserve des conventions internationales.
6. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.
7. La décision de refus de renouvellement de titre de séjour " étudiant " contestée trouve son fondement légal dans les stipulations précitées de l'article 9 de la convention franco-togolaise précitée, qui peuvent être substituées aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles l'arrêté en litige se fonde, dès lors, d'une part, que ces stipulations et dispositions sont équivalentes au regard des garanties qu'elles prévoient et, d'autre part, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation lorsqu'elle applique l'un ou l'autre de ces deux textes. Il y a donc lieu de procéder à cette substitution de base légale.
8. Contrairement à ce que soutient la requérante, l'article 9 de la convention franco-togolaise n'oblige pas l'administration à délivrer une carte de séjour portant la mention " étudiant " dès lors que le demandeur justifie d'une inscription dans un établissement d'enseignement. Il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour en qualité d'étudiant en application des stipulations de l'article 9 de la convention franco-togolaise, de rechercher sous le contrôle du juge, à partir de l'ensemble du dossier présenté, si l'intéressée peut être raisonnablement regardée comme poursuivant effectivement des études en appréciant la réalité, le sérieux et la progression du cursus poursuivi.
9. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier qu'entrée en France à l'âge de 20 ans sans prétendre être titulaire d'un diplôme de l'enseignement supérieur au Togo, Mme B s'est inscrite en 1ère année de licence en géographie, aménagement et environnement à l'université Jean Jaurès de Toulouse pour l'année universitaire 2022/2023. Il est constant qu'elle s'est présentée aux épreuves, n'a validé que deux unités sur douze, a obtenu une moyenne générale de 6,081 à la 1ère session et de 8,245 à la 2nde session et qu'elle a été en conséquence ajournée. Puis elle a souhaité changer d'orientation pour s'inscrire à une formation d'aide-soignante en alternance délivrée par Eva Santé à Metz et devant se dérouler entre le 4 septembre 2023 et le 7 février 2025. Par ailleurs, elle produit une attestation de la Croix-Rouge française de Metz du 4 mars 2024 de réussite à l'épreuve de sélection pour une entrée en formation d'aide-soignante en alternance en mars 2024. Pour refuser de délivrer le titre sollicité, le préfet de la Moselle se fonde sur l'échec aux épreuves de 1ère année de licence en géographie, aménagement et environnement et sur la teneur du courriel du 30 octobre 2023 par lequel Mme B explique son changement d'orientation de la façon suivante : " Au cours de mes études secondaires, j'ai décidé de poursuivre mes études en soins et santé à l'extérieur du pays. Après de nombreux renseignements, j'ai compris qu'il fallait habiter sur le territoire Français (être sur le territoire Français au moins un an.). J'ai alors pris la décision après mûre réflexion de faire la géographie, élargir mes connaissances et après prendre cette voie qui correspond davantage à mes aspirations profondes. Ma véritable vocation est d'aider les autres et de contribuer au bien-être des patients. " pour en déduire que la requérante a détourné l'objet de son visa de long séjour ce qui révèlerait, selon lui, une absence de cohérence du cursus suivi ainsi qu'un manque de sérieux. Toutefois, si le préfet peut contrôler le sérieux des études au regard des choix successifs d'orientation, ce seul changement d'orientation au terme de la toute première année d'études, quand bien même aurait-il été envisagé dès l'origine par la requérante, ne suffit pas à démontrer une absence de cohérence du cursus et une absence de sérieux de Mme B qui était assidue aux cours suivis et s'était effectivement présentée aux épreuves.
10. Dans ces conditions, Mme B est fondée à soutenir que le préfet de la Moselle a commis une erreur d'appréciation en estimant qu'elle ne pouvait être considérée comme poursuivant effectivement des études et en lui refusant, pour ce motif, le renouvellement de son titre de séjour.
11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour et, par voie de conséquence, celle des autres décisions en litige.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ".
13. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement, par application des dispositions précitées, que le préfet de la Moselle procède au réexamen de la situation administrative de Mme B dans un délai qu'il convient de fixer à deux mois à compter de la notification de la présente décision. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
14. Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Fare renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Fare de la somme de 1 000 euros hors taxe.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du 16 mai 2024 par lequel le préfet de la Moselle à refuser de délivrer un titre de séjour à Mme B, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Moselle de procéder au réexamen de la demande de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : L'Etat versera à Me Fare, sous réserve pour ce dernier de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, une somme globale de 1 000 (mille) euros hors taxe au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Fare et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Strasbourg.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Laubriat, président,
Mme Weisse-Marchal, première conseillère.
M. Muller, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.
Le rapporteur,
O. Muller
Le président,
A. Laubriat
La greffière,
A. Dorffer
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026