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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2404564

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2404564

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2404564
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantRIEHM-COGNEE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2403552 en date du 26 juin 2024, le président du tribunal administratif de Montpellier a renvoyé au tribunal administratif de Strasbourg le dossier de la requête de M. B.

Par une requête, enregistrée le 25 juin 2024 au greffe du tribunal administratif de Montpellier et le 27 juin 2024 au greffe du tribunal de Strasbourg, M. A B demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 juin 2024 par lequel le préfet des Pyrénées Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au bénéfice de son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'erreur de droit ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 (5°) du code de l'entrée et du

séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

- le risque de fuite n'est pas établi dès lors notamment qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée de défaut de motivation ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2024, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Laurent Boutot en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Laurent Boutot, magistrat désigné ;

- les observations de Me Riehm-Cognée, avocat de M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

Le préfet des Pyrénées-Orientales, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le signataire de la décision contestée était compétent à cette fin en vertu d'un arrêté de délégation du 4 mars 2024 régulièrement publié.

3. En deuxième lieu, la décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est dès lors régulièrement motivée.

4. En troisième lieu, il ne résulte d'aucun des termes de la décision contestée que celle-serait entachée d'un défaut d'examen, le préfet ayant apprécié notamment sa situation personnelle et professionnelle.

5. En quatrième lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit n'est pas précisé.

6. En cinquième lieu, il ressort des termes de la décision contestée le préfet, qui s'est limité à mentionner en tant qu'élément de contexte le fait que le requérant était défavorablement connu des services de police, ne s'est pas fondé sur l'article L. 611-1 (5°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour adopter la décision contestée. Le moyen doit être écarté comme inopérant.

7. En sixième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est dépourvu d'élément circonstancié, alors que le requérant, qui a déclaré être entré en France en 2022, célibataire et sans enfants, ne justifie pas disposer en France de liens susceptibles de protection, ni n'établit être isolé dans son pays d'origine.

En ce qui concerne le délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont le préfet a fait application en l'espèce : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ".

9. En premier lieu, il ressort des termes de la décision contestée que le préfet n'a pas retenu la qualification de menace à l'ordre public pour adopter la décision contestée. Le moyen doit être écarté.

10. En deuxième lieu, par les pièces qu'il verse au dossier, le requérant n'apporte pas la preuve qu'il disposerait d'une résidence effective et permanente et en toute hypothèse, il ne conteste pas se trouver dans une situation où le préfet pouvait lui appliquer les dispositions des (1°) et (4°) de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen doit être écarté.

11. En troisième lieu, sans éléments nouveaux, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.

Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

13. En premier lieu, la décision contestée mentionne les conditions de séjour de l'intéressé en France, l'absence de liens stables, et la circonstance qu'il est défavorablement connu des services de police. Dans ces conditions, et en l'absence de circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, la décision doit être regardée comme suffisamment motivée.

14. En deuxième lieu, le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire et s'il se prévaut de sa situation professionnelle, au demeurant irrégulière, celle-ci demeure précaire. Dans ces conditions, l'erreur d'appréciation n'est pas établie.

15. En troisième lieu, pour les mêmes motifs qu'au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas établi.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 23 juin 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Pyrénées Orientales. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

L. Boutot

La greffière,

L. Rivalan

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

L. Rivalan

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