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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2404566

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2404566

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2404566
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantADIB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 juin et 2 juillet 2024, M. A E, représenté par Me Adib, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 juin 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Il soutient que :

Sur les moyens communs aux décisions contestées :

- l'auteur des décisions était incompétent pour les édicter ;

- les décisions contestées sont insuffisamment motivées ;

- elles lui ont été notifiées dans une langue qu'il ne comprend pas ;

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- il ne présente pas de risque de fuite ;

Sur la fixation du pays de renvoi :

- la décision contestée est contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste et est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2024, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Weisse-Marchal en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Weisse-Marchal, magistrate désignée ;

- les observations de Me Adib, avocate de M. E, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens. Elle fait valoir, en outre, que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen sérieux et d'erreur de fait dès lors qu'en l'absence des empreintes digitales de l'intéressé sur la fiche du système d'information Schengen (SIS), il n'est pas établi que c'est bien le requérant qui est visé. Elle soutient également que le refus de délai de départ volontaire et l'interdiction de retour ne sont pas justifiée dès lors qu'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'il n'a pas de casier judiciaire ;

- et les observations de M. E, assisté de Mme C, interprète en langue arabe.

Le préfet du Haut-Rhin n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E, ressortissant égyptien, né le 1er janvier 1988 déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français en 2022. Interpellé et placé en garde à vue le 25 juin 2024 par les services de police de Mulhouse, il a fait l'objet d'un arrêté pris le 26 juin 2024 par le préfet du Haut-Rhin l'obligeant à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, qu'il conteste par la présente requête. Par décision du même jour, le préfet du Haut-Rhin a ordonné son placement en rétention administrative.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. E, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.

Sur les moyens communs aux décisions contestées :

4. D'une part, le préfet du Haut-Rhin a, par un arrêté du 21 août 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture du Haut-Rhin, donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de M. D, directeur de l'immigration, à Mme B, cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement, à l'effet de signer les décisions relevant de ses attributions, au nombre desquelles figurent les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de leur auteur doit être écarté.

5. Les décisions contestées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et qui permettent de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen de la situation particulière de M. E au regard des stipulations et des dispositions législatives et réglementaires applicables. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen sérieux de sa situation ne sont pas fondés et doivent être écartés.

6. D'autre part, les conditions de la notification de l'arrêté contesté sont sans effet sur sa légalité, de sorte que le moyen tiré de l'irrégularité de la notification ne peut qu'être écarté.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () ".

8. En deuxième lieu, la fiche du SIS émise par la Pologne comporte les noms, prénoms date de naissance, motif du signalement, conduite à tenir en cas de découverte ainsi qu'une photographie du requérant, présent à l'audience, sur laquelle il est parfaitement identifiable. Dans ces conditions, M. E n'est pas fondé à soutenir qu'en l'absence de ses empreintes digitales, ce document ne permet pas de l'identifier avec une certitude suffisante. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit également être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dernières stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

10. Le requérant se borne à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions susmentionnées sans assortir ce moyen de précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen doit aussi être écarté.

Sur l'absence de délai de départ volontaire :

11. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ".

12. Il ressort des pièces du dossier que M. E ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour. En outre, lors de son interpellation, il était en possession d'une carte nationale d'identité italienne dont l'analyse par les services du centre de coopération policière et douanière de Vintimille a révélé le caractère frauduleux et il a déclaré ne pas vouloir quitter la France lors de son audition administrative. Par suite, le préfet pouvait légalement, en application des dispositions précitées de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des 1° et 4° de l'article L. 612-3 du même code refuser d'accorder un délai de départ volontaire. Ces motifs suffisaient à eux seuls pour fonder la décision attaquée et le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur ces motifs, sans qu'il soit besoin de statuer sur la légalité des autres motifs retenus.

Sur la fixation du pays de destination :

13. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

14. Le requérant se borne à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions susmentionnées sans assortir ce moyen de précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen ne peut être qu'écarté.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

15. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

16. Il résulte des termes de la décision que, pour la prononcer, le préfet s'est fondé sur la circonstance selon laquelle aucun délai de départ volontaire n'était accordé au requérant et qu'il ne justifiait pas de circonstance humanitaire particulière. Pour fixer le délai de l'interdiction de retour, il a tenu compte du fait que le requérant dispose d'attaches personnelles familiales dans son pays d'origine alors que ses liens personnels en France ne sont pas anciens, intenses et stables, qu'il n'a fait aucune démarche pour régulariser sa situation et est sans emploi, ni ressources stables. Il a également considéré que son comportement constituait une menace à l'ordre public eu égard à son interpellation et son placement en garde à vue pour des faits de viol et la détention d'une carte d'identité italienne falsifiée. Dans ces circonstances, M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation et d'erreur d'appréciation et est disproportionnée.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 26 juin 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. E est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, à Me Adib et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Prononcé en audience publique le 2 juillet 2024.

La magistrate désignée,

C. Weisse-Marchal

La greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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