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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2404571

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2404571

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2404571
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC+
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSELARL CHAVKHALOV

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I°) Par une requête et des mémoires enregistrés le 28 juin, le 5 et le 8 juillet 2024, sous le numéro 2404571, M. C B, représenté par Me Chavkhalov, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 26 juin 2024 par laquelle la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour pour une durée de trois ans ainsi que la décision portant signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou subsidiairement, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 2 000 euros hors taxe au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

S'agissant de toutes les décisions :

- elles ont été signées par une autorité incompétente ;

S'agissant du refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît le principe de non-refoulement des réfugiés ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle repose sur une décision portant obligation de quitter le territoire français qui est illégale ;

- elle méconnaît le principe de non-refoulement des réfugiés ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour :

- elle repose sur des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination illégales ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen,

- elle repose sur des décisions illégales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

II°) Par une requête, enregistrée le 1er juillet 2024, sous le numéro 2404614,

M. C B, représenté par Me Chavkhalov, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 27 juin 2024 par laquelle la préfète du Bas-Rhin l'a assigné à résidence ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 2 000 euros hors taxe au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'auteur de l'acte n'avait pas compétence pour la signer ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français étant illégale, il y a lieu d'annuler la décision portant assignation à résidence par voie de conséquence ;

- dès lors que son éloignement ne présente aucune perspective raisonnable, la décision est entachée d'erreur de fait et d'erreur de droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Anne Lecard, magistrate désignée ;

- les observations de Me Chavkhalov, avocat de M. B, qui conclut aux mêmes fins que les requêtes, par les mêmes moyens et a insisté sur les attaches familiales du requérant et notamment la présence en France de ses six enfants et sur les risques en cas de retour, la préfecture ayant transmis l'obligation de quitter le territoire français aux autorités consulaires. Il a, en outre, soulevé le moyen tiré de l'inexactitude matérielle des faits.

La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1.M. C B, ressortissant russe né le 9 mai 1979, est entré en France irrégulièrement en 2010 pour solliciter l'octroi du statut de réfugié. En 2012, il a obtenu le statut de réfugié et a été muni d'une carte de résident de dix ans, valable jusqu'au 13 janvier 2023, puis d'un récépissé de renouvellement de titre valable jusqu'au 29 juillet 2024. Par une décision du 22 octobre 2019, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) a mis fin à son statut de réfugié. Cette décision a été annulée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), elle-même annulée par le Conseil d'Etat. En dernier lieu, la CNDA a rejeté le recours du requérant. Le 13 novembre 2022, il a formé une demande de renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 26 juin 2024, la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant trois ans. Par un arrêté du 27 juin 2024, il a été assigné à résidence. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de ces décisions.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2.En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement des articles 20 de la loi du 10 juillet 1991 et 61 du décret du 28 décembre 2020.

Sur le refus de titre de séjour :

3.Il appartient à la magistrate désignée, dans le cadre du présent litige, de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français avec ou sans délai, fixant le pays de renvoi, portant interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence, dont elle est saisie. En revanche, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision refusant de lui délivrer de titre de séjour. Dès lors, il y a lieu de renvoyer les conclusions aux fins d'annulation de la décision par laquelle la préfète du Bas-Rhin a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B à une formation collégiale du tribunal, compétente pour en connaître, et les conclusions accessoires y afférant.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen dirigé à l'encontre de toutes les décisions :

4.Par un arrêté du 7 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin du même jour, la préfète du Bas Rhin a donné délégation à M. Mathieu Duhamel, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer toutes les décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figurent pas les décisions contestées. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5.En premier lieu, le requérant soutient que la décision précitée est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour.

6.D'une part, il soutient que la décision repose sur des faits matériellement inexacts. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment les décisions du Conseil d'Etat et de la CNDA, dont les termes ont été repris dans l'arrêté en litige, que le requérant est ancré au sein de la mouvance islamiste radicale armée depuis de nombreuses années, qu'il maintient des liens actifs et réguliers avec des membres d'un groupe composé d'individus inscrits dans la mouvance islamiste radicale, en particulier de l'organisation terroriste " Emirat du Caucase ", qui est en lien avec des djihadistes combattant en Syrie et qu'il persiste dans sa volonté de dissimuler la nature exacte des liens entretenus avec eux. Ainsi, la gravité de ces faits, dont la matérialité est suffisamment établie, permet de regarder la présence de M. B comme constituant une menace grave pour la sûreté de l'Etat. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

7.D'autre part, le requérant se prévaut de sa durée de présence en France depuis 2010 où vit sa femme, ressortissante russe titulaire du statut de réfugié, et ses six enfants. Il soutient que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Toutefois, d'une part, il résulte de ce qui a été dit au point précèdent que sa présence en France constitue une menace grave pour la sûreté de l'Etat et, d'autre part, il ressort des pièces du dossier que le requérant ne maitrise pas la langue française malgré ses quatorze années de présence en France et ne fait preuve d'aucune insertion ni intégration au sein de la société française, notamment professionnelle. Par suite, et alors même que sa femme et ses six enfants vivent en France, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, doivent être écartés.

8. Il suit de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'illégalité alléguée du refus de titre de séjour entraine celle des décisions subséquentes.

9.En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant, dont la présence constitue une menace pour la sûreté de l'Etat, ne démontre pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français l'exposerait automatiquement à des traitements inhumains ou dégradants. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du principe de non refoulement des réfugiés doivent être écartés.

10.En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux expliqués au point 7 du présent jugement, les moyens dirigés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français tirés de l'erreur d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, doivent être écartés.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination et sans qu'il ne soit besoin d'examiner les autres moyens :

11.D'une part, il appartient à l'étranger qui conteste son éloignement de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure incriminée était mise à exécution, il serait exposé à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou aux

articles 4 et 19 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Toutefois, ainsi qu'il ressort de l'arrêt du 15 avril 2021 de la Cour européenne des droits de l'homme K.I. contre France (n° 5560/19), le fait que la personne ait la qualité de réfugié est un élément qui doit être particulièrement pris en compte par les autorités. Dès lors, la personne à qui le statut de réfugié a été retiré, mais qui a conservé la qualité de réfugié, ne peut être éloignée que si l'administration, au terme d'un examen approfondi de sa situation personnelle prenant particulièrement en compte cette qualité, conclut à l'absence de risque pour l'intéressé de subir un traitement prohibé par les stipulations précitées dans le pays de destination.

12.D'autre part, ainsi qu'il ressort de l'arrêt du 15 février 2024 de la Cour européenne des droits de l'homme U. contre France (n°53254/20) concernant la situation générale dans la région du Nord-Caucase, bien que soient rapportées de graves violations des droits de l'homme en Tchétchénie, la situation n'était pas telle que tout renvoi en Fédération de Russie constituerait une violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, la protection offerte par l'article 3 ne peut entrer en jeu que si le requérant est en mesure d'établir qu'il existe des motifs sérieux de croire qu'il présenterait un intérêt tel pour les autorités qu'il serait susceptible d'être détenu et interrogé par celles-ci à leur retour. Ainsi, l'autorité administrative doit déterminer si le renvoi du requérant en Fédération de Russie entraînerait, dans le cas particulier de l'espèce, un risque réel de mauvais traitements au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'appréciation du risque pour le requérant doit se faire sur une base individuelle tout en gardant à l'esprit le fait que les personnes présentant un profil correspondant à certaines catégories de la population du Nord-Caucase et plus spécialement de Tchétchénie, d'Ingouchie ou du Daghestan telles que les membres de la lutte armée de la résistance tchétchène, les personnes considérées par les autorités comme tels, leurs proches, les personnes les ayant assistés d'une manière ou d'une autre, les civils contraints par les autorités à collaborer avec elles ainsi que les personnes soupçonnées ou condamnées pour des faits de terrorisme, sont plus susceptibles que les autres d'attirer l'attention des autorités. À ce titre, s'il appartient en principe au requérant de produire des éléments susceptibles de démontrer qu'il existe des raisons sérieuses de penser qu'en cas d'exécution de la mesure d'éloignement incriminée, il serait exposé à un risque réel de subir des traitements contraires à l'article 3 précité, lorsque de tels éléments sont soumis, il incombe à l'autorité administrative de dissiper les doutes éventuels à ce sujet.

13.Par ailleurs, ainsi qu'il ressort de l'arrêt de la Cour européenne des droits de l'homme du 30 août 2022 W. contre France (n°1348/21), confirmé a contrario par l'arrêt du 15 février 2024 de la Cour européenne des droits de l'homme U. contre France (n°53254/20), que le seul fait que les autorités nationales aient signalé la présence sur le territoire aux autorités russes d'un de leur ressortissant dans le cadre des demandes de laissez-passer consulaires qui leur ont été adressées n'a pas d'incidence sauf s'il apparaît que les autorités nationales ont transmis des informations susceptibles de faire naître des craintes de mauvais traitements pour le requérant notamment lorsqu'elles comportent des éléments sur le statut de réfugié accordé ou sur la décision lui retirant le statut de réfugié.

14.En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, que si le statut de réfugié a été retiré au requérant, il a conservé la qualité de réfugié. Ainsi, il ne peut être éloigné que si l'administration, au terme d'un examen approfondi de sa situation personnelle prenant particulièrement en compte cette qualité, conclut à l'absence de risque pour l'intéressé de subir un traitement prohibé par les stipulations précitées dans le pays de destination. Il appartenait donc au requérant de produire des éléments susceptibles de démontrer qu'il existe des raisons sérieuses de penser qu'en cas d'exécution de la mesure d'éloignement, il serait exposé à un risque de subir des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et dans cette éventualité à l'administration de dissiper tout doute. Si le requérant fait valoir qu'il serait poursuivi en Russie où la situation est dangereuse et ou plusieurs membres de sa famille ont été tués ou sont portées disparus, l'autorité préfectorale a pu légitimement estimer que ces allégations étaient peu circonstanciées et qu'il ne démontrait pas la réalité et l'actualité du risque encouru.

15.Toutefois, il ressort également des pièces du dossier, et bien que cette circonstance soit postérieure à la décision contestée, que dans le cadre de la demande de laissez-passer consulaire au bénéfice du requérant, la préfecture a transmis aux autorités russes l'arrêté contesté et les procès-verbaux d'audition du requérant. Or, l'arrêté contesté détaille de manière précise et circonstanciée les motifs ayant conduit d'une part à lui accorder le statut de réfugié, à savoir ses craintes d'être persécuté par les autorités tchétchènes du fait des opinions politiques qui lui sont imputées de par son appartenance à une famille de combattant et, d'autre part, ceux ayant conduits au retrait de ce statut détaillés au point 6 du présent jugement. Dans ces conditions, la transmission de ces informations est susceptible de faire naître des craintes que le requérant puisse subir des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

16.Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est fondé et entraine l'annulation de la décision fixant le pays de destination dans le pays dont il a la nationalité.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre l'interdiction de retour :

17.En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que le requérant n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.

18.En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement, la décision contestée n'est pas entachée d'erreur d'appréciation.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision portant signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen :

19.En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que le requérant n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

20.En second lieu, aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire. ".

21.Il résulte des dispositions précitées que le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen est la conséquence directe de la décision portant interdiction de retour. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation n'est pas fondé.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre l'arrêté portant assignation à résidence :

22.En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que le requérant n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.

23.En deuxième lieu, le requérant se prévaut de l'absence de perspective d'éloignement raisonnable dès lors qu'il ne peut pas être éloigné vers la Russie. Toutefois, et alors même qu'il résulte de ce qui précède que la décision fixant le pays de renvoi au pays dont il a la nationalité est annulée, la décision précise également qu'il pourra être éloigné vers tout pays dans lequel il sera légalement admissible. Ainsi, la perspective d'éloignement aux termes de cette première décision portant assignation à résidence demeure raisonnable. Par suite, le présent moyen doit être écarté.

24.Il résulte de ce qui précède que M. B est uniquement fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle la préfète du Bas-Rhin a fixé le pays de destination au pays dont il a la nationalité.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

25.L'annulation de la décision fixant le pays de destination n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

26.M. B étant admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve de l'admission définitive de l'intéressé à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Chavkhalov, avocat du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Chavkhalov d'une somme de 1 000 euros hors taxe. En cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle, cette somme sera versée à M. B.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les conclusions dirigées contre la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour contenu dans l'arrêté du 26 juin 2024 et les conclusions accessoires y afférentes sont renvoyées à une formation collégiale.

Article 3 : La décision du 26 juin 2024 par laquelle la préfète du Bas-Rhin a fixé le pays de destination au pays dont il a la nationalité est annulée.

Article 4 : L'Etat versera une somme de 1 000 (mille) euros hors taxe à Me Chavkhalov, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que M. B soit admis définitivement au bénéfice de l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Chavkhalov renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. En cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle, cette somme sera versée à M. B.

Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Chavkhalov et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à la procureure de la République près le tribunal judiciaire de Strasbourg.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

La magistrate désignée,

A. A La greffière,

R. Van der Beek

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. Van der Beek

Nos 2404571, 2404614

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