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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2404743

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2404743

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2404743
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantAARPI L'ILL LÉGAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 4 juillet, 15 juillet et 3 septembre 2024, Mme B C, représentée par Me Hentz, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 6 mai 2024 par lesquelles la préfète du Bas-Rhin lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 155 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- les décisions contestées sont entachées d'incompétence ;

la décision de refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- est irrégulière faute d'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- est irrégulière dès lors que les médecins du collège de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'ont pas été régulièrement désignés ;

- méconnaît l'article 6 7° de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 s'agissant de l'accessibilité des soins dans le pays d'origine ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

la décision portant obligation de quitter le territoire :

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle remplit les conditions pour se voir attribuer de plein droit un titre de séjour ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

la décision octroyant un délai de départ :

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

la décision fixant le pays de destination :

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 septembre 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dobry,

- et les observations de Me Hentz, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, ressortissante algérienne née le 10 juillet 1956, est entrée en France le 25 mars 2023. Elle a sollicité le 14 novembre 2023 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 6 7° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par les décisions contestées du 6 mai 2024, la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur le moyen commun aux décisions contestées :

2. Par un arrêté du 8 mars 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à Mme A D, cheffe du bureau de l'admission au séjour, pour signer les décisions relevant de ses attributions, au nombre desquelles figurent les décisions contestées. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence dont seraient entachées les décisions contestées manque en fait et doit être écarté.

Sur le refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles la préfète s'est fondée pour prononcer la décision contestée, qui est ainsi suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la préfète s'est prononcée au vu d'un avis émis le 16 avril 2024 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et que les membres de ce collège ont été régulièrement désignés par décision du directeur général de l'Office du 11 janvier 2024.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de sante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ".

6. Par son avis du 16 avril 2024, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé de Mme C nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'elle pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, l'Algérie. La préfète s'est approprié les termes de cet avis. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a subi une intervention chirurgicale en raison d'un cancer du poumon et est soumise depuis lors à une surveillance régulière afin de détecter toute récidive. Tout d'abord, aucun des éléments produits par la requérante ne permet d'établir que cette surveillance ne serait pas possible en Algérie du fait de l'insuffisance des technologies destinées au diagnostic des cancers. Ensuite, les documents produits par la requérante ne permettent pas d'attester de l'insuffisance de ses ressources ni de l'inaccessibilité géographique et matérielle de tout suivi dans son pays d'origine. Enfin, Mme C ne peut se prévaloir d'éléments médicaux postérieurs à la décision contestée pour contester la légalité de cette dernière. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée, qui constate que la requérante pourra effectivement bénéficier d'un traitement dans son pays d'origine, méconnaît les dispositions précitées.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. En l'espèce, Mme C résidait en France depuis un an et deux mois à la date de la décision contestée. Elle se prévaut de la présence en France de son fils de nationalité française, qui l'héberge et l'assiste dans ses démarches médicales, et de sa fille titulaire d'une carte de résident de dix ans. Toutefois, Mme C, qui ne parle pas français, ne se prévaut d'aucun autre lien noué sur le territoire français, alors que son époux et deux autres de ses enfants résident encore dans son pays d'origine. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Bas-Rhin a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a refusé de l'admettre au séjour. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit dès lors être écarté.

9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 8, alors notamment que la requérante a encore deux de ses enfants présents en Algérie et à même de l'assister au besoin dans ses démarches médicales, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen, tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour, doit être écarté.

11. En deuxième lieu, il résulte également de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'étant éligible de plein droit à la délivrance d'un titre de séjour, elle ne pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement.

12. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur le délai de départ volontaire :

13. Il résulte de ce qui précède que le moyen, tiré de ce que la décision fixant un délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire, doit être écarté.

Sur le pays de destination :

14. Il résulte de ce qui précède que le moyen, tiré de ce que la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire, doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation des décisions du 6 mai 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à la préfète du Bas-Rhin et à Me Hentz. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Rees, président,

Mme Dobry, conseillère,

Mme Poittevin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La rapporteure,

S. DOBRY

Le président,

P. REES La greffière,

V. IMMELÉ

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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