vendredi 12 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2404785 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ASSFAM – GROUPE SOS SOLIDARITÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 juillet 2024, et un mémoire complémentaire enregistré le 12 juillet 2024, M. A B, actuellement retenu au centre de rétention de Geispolsheim et représenté par Me Riehm-Cognée, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a abrogé son autorisation provisoire de séjour, l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de renvoi et pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans.
Il soutient que :
Sur l'abrogation de l'autorisation provisoire de séjour :
- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- il n'en a pas reçu notification dans une langue qu'il comprend ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur de droit ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- il n'en a pas reçu notification dans une langue qu'il comprend ;
- son droit d'être entendu a été méconnu ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits
de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
Sur le délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- il n'en a pas reçu notification dans une langue qu'il comprend ;
- elle est insuffisamment motivée;
- il ne représente pas une menace à l'ordre public ;
- le risque de fuite n'est pas établi ;
Sur le pays de renvoi :
- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- il n'en a pas reçu notification dans une langue qu'il comprend ;
- cette décision se fonde sur une décision illégale ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de
l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
- Elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- il n'en a pas reçu notification dans une langue qu'il comprend ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle se fonde sur une décision illégale ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation ;
- elle est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits
de l'homme et des libertés fondamentales ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juillet 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
La présidente du tribunal a désigné M. Laurent Boutot en application de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Laurent Boutot, magistrat désigné ;
- les observations de :
* Me Rihem-Cognée , représentant M. B ;
* M. B, qui revient sur son parcours et fait valoir qu'il serait mobilisé de force s'il était renvoyé en Russie ;
La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente ni représentée.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les moyens communs :
1. En premier lieu, par un arrêté du 28 juin 2024 régulièrement publié, la préfète du Bas-Rhin a délégué sa signature à M. Duhamel, secrétaire général, à l'effet de signer, notamment, les décisions contestées. Le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté.
2. En deuxième lieu, les conditions de notification d'une décision étant sans incidence sur sa légalité, le requérant ne saurait utilement soutenir que les décisions contestées lui auraient été notifiées dans une langue qu'il ne comprend pas.
Sur l'abrogation de l'autorisation provisoire de séjour :
3. En premier lieu, la décision est régulièrement motivée en fait comme en droit.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ". M. B soutient que la préfète du Bas-Rhin ne pouvait lui retirer son autorisation provisoire de séjour dès lors que celle-ci n'était pas illégale et qu'elle lui avait été délivrée il y a plus de quatre mois. Toutefois, en l'espèce, M. B a été muni d'une autorisation provisoire de séjour en vue du réexamen de sa situation après l'annulation de son obligation de quitter le territoire français par un jugement du tribunal administratif de Nancy du 18 mars 2024. Or, le requérant, dont la demande de titre de séjour, présentée le 19 janvier 2021, a été implicitement rejetée, se maintient sans titre de séjour depuis plus de trois ans à la date de la décision contestée, et se trouvait donc dans une situation où il pouvait faire l'objet, en application de ces dispositions, d'une obligation de quitter le territoire français, laquelle entraîne nécessairement l'abrogation de son autorisation provisoire de séjour. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
5. En troisième lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, dépourvu de tout élément circonstancié, ne peut qu'être écarté.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, la décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est dès lors régulièrement motivée.
7. En deuxième lieu, si le requérant soutient que son droit d'être entendu a été méconnu, il ressort des pièces du dossier qu'il a été mis à même, le 4 juillet 2024, de faire valoir ses observations sur l'éventualité d'une mesure d'éloignement. S'il fait valoir qu'il a reçu notification de ce document le 4 juillet 2024 à 14h42 alors que la décision contestée a été édictée, le même jour, à 14h40, la décision contestée vise toutefois le débat contradictoire mené le même jour, ce qui implique que l'administration l'a pris en compte. En toute hypothèse, il revient à l'intéressé d'établir que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de la décision rendue et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent. En l'espèce, compte tenu du caractère des plus sommaires des observations recueillies le 4 juillet 2024 à 14h42, celles-ci n'ont pu influer sur le sens de la décision rendue. Le moyen doit être écarté.
8. En troisième lieu, le requérant soutient que la décision contestée est entachée d'erreurs de fait. Toutefois, il n'établit pas être démuni de tout lien familial en Russie. Les mentions de la décision contestée relatives à son absence d'intégration ne sont pas de l'ordre du fait, mais de l'appréciation. Enfin, en se limitant à produire une attestation d'hébergement en date du 5 juillet 2024, postérieure à la décision contestée, le requérant n'établit pas l'erreur de fait qu'aurait commise la préfète du Bas-Rhin en considérant qu'il ne justifiait pas de l'adresse alléguée. Le moyen doit être écarté.
9. En quatrième lieu, le requérant invoque la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en se prévalant de sa durée de présence en France depuis 2014 et de la présence de ses parents et de ses frères. M. B ne justifie cependant pas entretenir de relations d'une particulière intensité avec les membres de sa famille. Il ne justifie d'aucune intégration particulière et il a été condamné à cinq reprises par le tribunal correctionnel de Mende, et notamment le 15 juillet 2021, à une peine d'un an d'emprisonnement et une interdiction du territoire de 10 ans pour des faits de trafic de stupéfiants. Il a également été interpellé à de multiples reprises pour des faits de vol et de violence, et placé en garde à vue en mars 2024 pour des faits de tentative d'extorsion par violence, faits dont il ne conteste pas la matérialité dans la présente instance. Dans ces conditions, et ainsi que l'a d'ailleurs constaté la cour d'appel de Colmar dans son ordonnance du 8 juillet 2024, M. B, notamment condamné pour de graves atteintes aux personnes et des faits en relation avec le trafic de stupéfiants, représente une menace grave et actuelle à l'ordre public. Dans ces conditions, la préfète du Bas-Rhin n'a pas porté d'atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale, compte tenu des buts poursuivis. Le moyen doit être écarté.
Sur la décision relative au délai ;
10. En premier lieu, la décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est dès lors régulièrement motivée.
11. En deuxième lieu, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public, ainsi qu'il a été dit au point 9.
12. En troisième lieu, en se bornant à indiquer qu'il ne présente pas de risque de fuite, sans autres éléments, le moyen ne peut qu'être écarté.
Sur le pays de renvoi :
13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.
14. En deuxième lieu, le requérant invoque la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il se borne toutefois à des éléments généraux sans établir de lien particulier avec sa situation, et s'il indique, sommairement, à l'audience, qu'il serait exposé à un risque de mobilisation forcée dans le cadre du conflit en Ukraine, ces allégations dépourvues de tout élément circonstancié ne suffisent pas à caractériser un risque de traitement inhumain ou dégradant. Le moyen doit être écarté.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
15. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ".
16. En premier lieu, la décision contestée, qui, eu égard à l'absence d'intégration du requérant en France, au fait qu'il représente une menace à l'ordre public et qu'il ne justifie d'aucune circonstance humanitaire, est suffisamment motivée.
17. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.
18. En troisième lieu, pour les mêmes motifs qu'au point 9, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
19. En quatrième lieu, M. B, compte tenu de son parcours ancré dans la délinquance, représente une menace grave à l'ordre public. Par suite, en fixant à cinq ans, sur les dix possibles, la durée de son interdiction de retour sur le territoire français, la préfète du Bas-Rhin n'a pas commis d'erreur d'appréciation.
20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Bas-Rhin.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Prononcé en audience publique le 12 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
L. Boutot
La greffière,
L. Rivalan
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
L. Rivalan
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026