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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2405136

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2405136

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2405136
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantOLSZAKOWSKI JONAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Olszakowski, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2024 par lequel le préfet de la Moselle lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- le préfet a commis une erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne représente plus à ce jour une menace grave et actuelle pour l'ordre public ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour.

Sur la décision portant interdiction de retour :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai ;

- en fixant la durée de l'interdiction de retour à deux ans, le préfet a commis une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 août 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique du 12 novembre 2024.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant serbe, né le 6 novembre 1994, est entré en France en 2006 accompagné de ses parents et ses sœurs. A sa majorité, il a sollicité et obtenu la délivrance d'un premier titre de séjour portant la mention " résidence avant l'âge de 13 ans ". Un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " lui a ensuite été délivré, qui a été régulièrement renouvelé. Il a bénéficié en dernier lieu d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 4 janvier 2023. Le 24 novembre 2022, il a sollicité le renouvellement de cette carte de séjour pluriannuelle. Par un arrêté du 17 juin 2024, le préfet de la Moselle a opposé un refus à la demande présentée par M. B, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 2020-1717 du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé ou en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. Elle est accordée de plein droit au demandeur et au défendeur lorsque la procédure concerne la délivrance d'une ordonnance de protection. /L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions des articles L. 614-4 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction alors applicable, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 412-5 de ce même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été condamné par un jugement du tribunal correctionnel de Sarreguemines du 2 août 2021 à 5 mois d'emprisonnement délictuel assorti d'un sursis probatoire total pendant deux ans pour des faits de " violences habituelles suivies d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par une pacte civil de solidarité ". Eu égard à la nature et à la gravité des faits qui ont justifié cette condamnation, ainsi qu'à leur caractère relativement récent, le préfet de la Moselle n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en retenant que la présence de M. B sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public, alors même que l'intéressé avait, à la date d'édiction de la décision attaquée, purgé sa peine, son sursis probatoire s'étant achevé le 2 août 2023, et n'a, depuis cette condamnation, plus commis d'autre infraction.

6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre public et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. B fait valoir que toute sa famille vit en France et qu'il n'a plus aucune famille en Serbie. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. B est célibataire et sans enfant. S'il n'est pas contesté que ses parents et ses sœurs résident en France, il ne verse aucune pièce au dossier de nature à établir l'intensité de leurs relations. Il n'établit pas ni même n'allègue avoir d'autres liens en France. M. B n'établit pas davantage ne plus avoir d'attaches familiales ou personnelles en Serbie. Enfin, le requérant ne fournit aucun élément sur ses conditions de vie en France depuis la fin de son incarcération. Dans ces conditions, la décision en cause n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant à mener une vie privée et familiale normale et n'a ainsi pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni, pour les mêmes motifs, n'est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

8. Les moyens dirigés contre la décision refusant à M. B le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle ayant été écartés, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté par voie de conséquence.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :

9. En premier lieu, le moyen dirigé contre la décision obligeant M. B à quitter le territoire français ayant été écarté, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision soulevé à l'encontre de la décision lui faisant interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée de deux ans ne peut qu'être écarté par voie de conséquence.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () ". Selon l'article L. 612-6 du même code dans sa rédaction alors applicable : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ".

11. D'une part, il ressort des termes même de l'arrêté contesté que le préfet a refusé d'octroyer à M. B un délai de départ volontaire sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. D'autre part, si M. B fait valoir qu'il est en France depuis près de dix-huit ans et que ses parents et sa fratrie résident en France, ces circonstances ne constituent pas des circonstances humanitaires pouvant justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour à son encontre. Enfin, la durée de l'interdiction de retour, que le préfet a limité à deux ans, n'apparaît pas disproportionnée au regard de la situation familiale de M. B. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision interdisant à M. B de revenir sur le territoire français pendant une durée de deux ans serait entaché d'une erreur d'appréciation doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B à fin d'annulation ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : M. B est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Strasbourg.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

Le président rapporteur

A. C

L'assesseur le plus ancien,

C. Weisse-Marchal

La greffière,

B. Delage

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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