mardi 23 septembre 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2405146 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | CHEMINET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 juillet 2024, et un mémoire non communiqué, enregistré le 28 février 2025, Mme A C, représentée par Me Dezempte, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 mai 2024 par lequel le président de la communauté d'agglomération de Haguenau a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service d'un accident qui serait survenu le 25 septembre 2023 ;
2°) d'enjoindre à la communauté d'agglomération de Haguenau de reconnaître l'imputabilité au service de cet accident, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération de Haguenau la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de la justice administrative.
Elle soutient que :
- la signataire de l'arrêté en litige était incompétente ;
- le médecin de prévention n'a pas été informé de la tenue de la réunion du conseil médical départemental ;
- la composition du conseil médical départemental est irrégulière, dès lors que l'un des représentants de l'administration est le signataire de l'arrêté attaqué ;
- la procédure n'a pas respecté le principe d'impartialité ;
- la décision est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits, dès lors que les conditions de l'entretien du 25 septembre 2023 et ses conséquences doivent conduire à la reconnaissance de l'imputabilité au service.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 février 2025, la communauté d'agglomération de Haguenau, représentée par Me Gillig, conclut au rejet de la requête et demande de mettre à la charge de Mme C la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Muller ;
- les conclusions de M. Biget, rapporteur public ;
- les observations de Me Dezempte, représentant Mme C ;
- les observations de Me Cheminet, représentant la communauté d'agglomération de Haguenau.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, puéricultrice hors classe, exerce les fonctions de directrice du multi-accueil " Les P'tits Loups " à Schweighouse-sur-Moder. Elle est mise à disposition de la commune de Schweighouse-sur-Moder par la communauté d'agglomération de Haguenau. Le 25 septembre 2023, la directrice des ressources humaines de la communauté d'agglomération de Haguenau l'a conviée à un entretien afin de lui exposer la teneur des déclarations faites par des agents de son service. A l'issue de l'entretien, Mme C a été placée en arrêt de travail, à compter du 26 septembre 2023. Le 8 décembre 2023, elle a présenté une demande tendant à la reconnaissance de l'imputabilité au service de cet accident, en lien avec l'entretien du 25 septembre 2023 qui lui aurait causé un choc traumatique réactionnel et un stress aigu. Par un arrêté du 24 mai 2024, le président de la communauté d'agglomération de Haguenau a refusé de reconnaître l'accident comme imputable au service et a placé Mme C en congé maladie ordinaire du 26 septembre 2023 au 14 mai 2024 inclus.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté a été signé par Mme Isabelle Wenger, vice-présidente de la communauté d'agglomération de Haguenau. La communauté d'agglomération de Haguenau produit un arrêté du 15 juillet 2020, régulièrement affiché le 21 juillet 2020, portant délégation à Mme Wenger " pour signer tous les actes individuels et contractuels relatifs à la gestion du personnel communautaire ". Par, suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 9 du décret du 30 juillet 1987 susvisé : " Le médecin du service de médecine préventive prévu aux articles L. 812-3 à L 812-5 du code général de la fonction publique compétent à l'égard du fonctionnaire dont le cas est soumis au conseil médical est informé de la réunion et de son objet. Il peut obtenir s'il le demande communication du dossier de l'intéressé. Il peut présenter des observations écrites ou assister à titre consultatif à la réunion. Il remet obligatoirement un rapport écrit dans les cas prévus aux articles 24, 33 et 37-7 ci-dessous () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que la communauté d'agglomération de Haguenau a adressé au médecin de prévention un courrier de convocation en date du 12 avril 2024, pour l'informer de la réunion du conseil médical départemental. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient la requérante, il ne ressort ni des dispositions précitées, ni d'aucune autre disposition législative ou règlementaire que le médecin de prévention devait obligatoirement remettre un rapport écrit au conseil médical. Par suite, le vice de procédure allégué ne peut qu'être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 du décret du 30 juillet 1987 précité : " I.- Le conseil médical départemental est composé : / () / 2° En formation plénière : / a) Des membres mentionnés au 1° ; / b) De deux représentants de la collectivité ou de l'établissement public désignés dans les conditions prévues à l'article 4-1 ; / c) De deux représentants du personnel, désignés dans les conditions prévues à l'article 4-2. / () / Un médecin est désigné par le préfet parmi les médecins titulaires pour assurer la présidence du conseil médical () ".
6. Le principe d'impartialité, qui s'impose à toute autorité administrative, fait obstacle à ce que participe à la séance du conseil médical départemental toute personne susceptible d'avoir un intérêt personnel à l'affaire examinée ou une animosité particulière à l'égard de la personne concernée.
7. En l'espèce, si Mme Wenger, vice-présidente de la communauté d'agglomération, a signé la décision attaquée et a également siégé au sein du conseil médical départemental du 26 avril 2024, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ait eu un intérêt personnel à l'affaire ou qu'elle ait manifesté une animosité particulière à l'égard de Mme C. Par ailleurs, si elle a également signé, d'une part, le courrier du 8 décembre 2023 convoquant Mme C à l'entretien préalable à l'engagement d'une procédure disciplinaire et, d'autre part, la décision de révocation prise à l'issue de cette procédure, ces actes sont rédigés en termes mesurés et n'ont pas été pris dans le cadre de la procédure de reconnaissance d'imputabilité au service initiée par la requérante. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure entachant la composition du conseil médical départemental en raison de la participation de Mme Wenger doit être écarté.
8. En quatrième lieu, si Mme Wenger a également signé le rapport administratif adressé au conseil médical départemental, il ressort des termes mêmes de ce document que sa teneur est mesurée, et ne comportait pas d'élément médical. De même, si Mme B, directrice des ressources humaines et de l'innovation, qui avait participé à l'entretien litigieux du 25 septembre 2023, a signé le courrier du 15 janvier 2024 saisissant le médecin expert, cet acte est rédigé en termes mesurés et, en tout état de cause, n'était pas de nature à influencer le médecin expert, qui statue en toute indépendance et au vu de l'ensemble des pièces qui lui sont soumises par les parties. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaît le principe d'impartialité doit être écarté.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 822-18 du code général de la fonction publique : " Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service ". Aux termes de l'article L. 822-21 du même code : " Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à : / 1° Un accident reconnu imputable au service tel qu'il est défini à l'article L.822-18 () ".
10. Constitue un accident de service, un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci. Sauf à ce qu'il soit établi qu'il aurait donné lieu à un comportement ou à des propos excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, lequel peut conduire le supérieur hiérarchique à adresser aux agents des recommandations, remarques, reproches ou à prendre à leur encontre des mesures disciplinaires, un entretien, notamment d'évaluation, entre un agent et son supérieur hiérarchique, ne saurait être regardé comme un événement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service, quels que soient les effets qu'il a pu produire sur l'agent.
11. La requérante fait valoir que l'entretien du 25 septembre 2023 ne peut pas être regardé comme ayant été mené par son supérieur hiérarchique, dès lors qu'elle relève du seul directeur général des services de la commune d'accueil et que la directrice des ressources humaines et de l'innovation de la communauté d'agglomération de Haguenau n'avait pas la qualité de supérieure hiérarchique. Toutefois, étant mise à disposition de la commune par la communauté d'agglomération de Haguenau, la requérante ne peut sérieusement soutenir que l'entretien qu'elle a eu avec la directrice des ressources humaines et de l'innovation de la communauté d'agglomération de Haguenau ne s'inscrivait pas dans le cadre d'une relation hiérarchique.
12. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu'à l'issue de l'entretien, Mme C a repris le service, de 13h15 à 17h00, et qu'elle n'a consulté son médecin traitant que le lendemain. Elle ne produit, aucun élément, de nature à venir confirmer que l'entretien aurait été marqué par des éclats de voix ou des propos excessifs de la part de la directrice des ressources humaines et de l'innovation. Le médecin expert, qui conclut dans son rapport du 5 février 2024 à l'absence de lien direct et certain avec l'entretien du 25 septembre 2023, indique au contraire que, devant lui, Mme C a admis qu'aucun propos déplacé ou agressif n'avait été échangé. En outre, si la requérante soutient qu'elle a subi des pressions pour démissionner lors de cet entretien, il ressort des pièces du dossier que ce n'est que dans le courrier du 20 octobre 2023 qu'il est fait état, pour la première fois, d'une alternative présentée à la requérante quant aux suites possibles à réserver à sa situation. Dans ces conditions, alors que le conseil médical départemental a émis un avis défavorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident, il n'est pas établi que l'entretien en litige a donné lieu à un comportement ou des propos excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que la communauté d'agglomération de Haguenau a refusé d'imputer au service l'accident dont elle a été victime.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 24 mai 2024, ainsi que par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction présentées par la requérante, doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté d'agglomération de Haguenau, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme C au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme C la somme demandée par la communauté d'agglomération de Haguenau au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la communauté d'agglomération de Haguenau présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la communauté d'agglomération de Haguenau.
Délibéré après l'audience du 2 septembre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Haudier, présidente,
Mme Foucher, première conseillère,
M. Muller, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2025.
Le rapporteur,
O. Muller
La présidente,
G. Haudier
La greffière,
B. Delage
La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N° 2405146 2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026