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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2405189

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2405189

jeudi 16 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2405189
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantALEVROPOULOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 juillet 2024, M. A B, représenté par

Me Alevropoulou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2024 par lequel le préfet du Bas-Rhin lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que son comportement en constitue pas une menace à l'ordre public ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation eu égard à sa situation personnelle et familiale ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision fixant le pays de destination est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 novembre 2024, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Léa Perabo Bonnet a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties, régulièrement averties du jour de l'audience, n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 11 octobre 1986, est entré de façon irrégulière en France le 8 janvier 2015. Il a fait l'objet de deux décisions portant obligation de quitter le territoire français les 25 janvier 2017 et 3 juillet 2019, qu'il n'a pas exécutées. Il a à nouveau sollicité l'admission au séjour au titre de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien en faisant valoir son mariage le 5 juin 2021 avec une ressortissante française, puis par une demande du 22 février 2024, il a également demandé la délivrance d'un titre de séjour " salarié " au titre de l'article 7b de l'accord précité. Par la décision attaquée, dont le requérant demande l'annulation, la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer le titre sollicité.

Sur la légalité du refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin aurait omis de procéder à un examen personnalisé de la situation du requérant et n'aurait pas pris en compte les éléments relatifs à sa situation personnelle avant d'édicter la décision en litige.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, () ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire () peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance ou le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à tout étranger : / 1° N'ayant pas satisfait à l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français dans les formes et les délais prescrits par l'autorité administrative ; / () 2° Ayant commis les faits qui l'exposent à l'une des condamnations prévues aux articles 441-1 et 441-2 du code pénal ; / (). ". L'article 441-2 du code pénal dispose : " Le faux commis dans un document délivré par une administration publique aux fins de constater un droit, une identité ou une qualité ou d'accorder une autorisation est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende. L'usage du faux mentionné à l'alinéa précédent est puni des mêmes peines. () ". Selon l'article 441 -1 du code pénal : " Constitue un faux toute altération frauduleuse de la vérité, de nature à causer un préjudice et accomplie par quelque moyen que ce soit, dans un écrit ou tout autre support d'expression de la pensée qui a pour objet ou qui peut avoir pour effet d'établir la preuve d'un droit ou d'un fait ayant des conséquences juridiques. Le faux et l'usage de faux sont punis de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende ".

5. Pour fonder la décision attaquée, la préfète du Bas-Rhin fait valoir que le requérant est défavorablement connu des services de police, d'une part pour s'être soustrait à l'exécution des deux décisions portant obligation de quitter le territoire français prononcées à son encontre les 25 janvier 2017 et 3 juillet 2019, et d'autre part pour des faits d'usage de faux commis en janvier 2016, de faits de conduite sans permis commis en septembre 2023 et des faits de violences sur une personne étant conjoint commis en juin 2024. M. B, qui ne conteste nullement la matérialité des faits qui lui sont reprochés, se borne à faire valoir qu'aucun de ces faits n'a donné lieu à condamnation pénale et que les fait de faux et usage de faux sont anciens. Toutefois, eu égard notamment au caractère récent et à la gravité des faits commis en 2023 et 2024, c'est à bon droit que la préfète du Bas-Rhin a regardé le comportement de l'intéressé comme constitutif d'une menace à l'ordre public. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. B fait valoir l'ancienneté de son séjour en France, la circonstance qu'il est marié à une ressortissante française depuis 2021 et qu'il travaille en qualité de maçon depuis 2022. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la vie commune du couple a été interrompue suite au placement en garde à vue du requérant le 1er juin 2024, pour les faits de violence commis sur sa conjointe et qu'il a déclaré, à cette occasion, vouloir divorcer et aller vivre chez son frère résidant à Lingolsheim. S'il fait valoir que le couple a repris la vie commune, il n'apporte pas d'élément de nature à établir le caractère stable et durable de la relation. Par ailleurs, la circonstance qu'il a travaillé, sans autorisation, sous couvert d'un contrat de travail à durée déterminée en qualité de carreleur pour la période de juillet 2022 à décembre 2022, puis en qualité de maçon intérimaire pour la période de juin 2023 à mai 2024 n'est pas suffisante pour établir une insertion professionnelle durable. De même, et alors qu'il réside en France depuis plus de 9 ans, il n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'il aurait tissé des liens sur le territoire français. Enfin, l'intéressé ne fait état d'aucune circonstance de nature à s'opposer à ce qu'il retourne dans son pays d'origine, où il dispose d'attaches familiales nombreuses, pour y solliciter un visa de long séjour et ainsi remplir les conditions requises par les dispositions de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien pour se voir délivrer un titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française. Dans ces conditions, la préfète du Bas-Rhin, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

8. Pour les mêmes motifs qu'énoncés au point 7 du présent jugement, M. B n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

9. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Alevropoulou et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Dulmet, présidente,

Mme Perabo Bonnet, première conseillère,

Mme Eymaron, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 16 janvier 2025.

La rapporteure,

L. Perabo Bonnet

La présidente,

A. Dulmet

La greffière,

J. Brosé

La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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