jeudi 1 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2405233 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | GUEDDARI BEN AZIZA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 19 et 24 juillet 2024,
M. A B, représenté par M. D demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 18 juillet 2024 par la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix ans ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les quinze jours de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire :
- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- la décision contestée est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
Sur la fixation du pays de renvoi :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste et disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juillet 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York
le 26 janvier 1990 ;
-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-le code des relations entre le public et l'administration ;
-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
-le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Weisse-Marchal en application des dispositions de l'article L. 614-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Weisse-Marchal, magistrate désignée ;
- les observations de Me Gueddari Ben Aziza, avocate de M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens. Elle fait valoir, en outre qu'il était en situation régulière jusqu'en 2024 et qu'il n'a pas pu demander le renouvellement de son titre de séjour en étant incarcéré. Elle indique que sa fille a fait des démarches pour régulariser sa situation en produisant le numéro de son dossier de demande d'admission au séjour.
Elle soutient qu'il s'est réconcilié avec son épouse et ses enfants et que, dès lors, le risque de récidive est faible. Elle indique qu'il est propriétaire de la maison où vit sa famille et qu'il souhaite pouvoir assister au mariage de sa fille.
- et les observations de M. B, assisté de M. C, interprète en langue tamoul, qui affirme avoir pris conscience de ses actes en prison et s'être réconcilié avec son épouse et ses enfants.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré, pour le compte de M. B, a été enregistrée le
25 juillet 2024 .
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant sri-lankais, né le 10 décembre 1974, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 18 juillet 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix ans.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.
Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / (). ".
5. Il ressort des termes de la décision qu'elle comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et traduit un examen particulier de la situation personnelle du requérant. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant doivent être écartés.
6. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ".
7. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dernières stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
8. Pour soutenir que la préfète a méconnu les stipulations précitées, le requérant, qui est entré irrégulièrement en France en 1996 à l'âge de 21 ans et n'a pas déféré à deux précédentes mesures d'éloignement en 1997 et 1998, fait valoir qu'il est sur le territoire français depuis 28 ans à la date de la décision contestée, dont 21 ans en situation régulière après avoir obtenu, en qualité de conjoint de réfugiée, une carte de séjour provisoire valable du 4 mars 2003 au 3 mars 2004 puis une carte de résident régulièrement renouvelée jusqu'au 3 mars 2024.
Il se prévaut également de son statut d'époux et de père. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, qui purge actuellement une peine d'emprisonnement de 5 ans dont un an avec sursis probatoire pendant trois ans avec interdiction de contact avec la victime et de paraître au domicile familial pour des faits de violence conjugale devant mineur, en état d'ivresse et en récidive, n'a plus de titre de séjour depuis le 4 mars 2024 et n'avait pas demandé son renouvellement à la date de la décision attaquée. Il ressort également des pièces du dossier qu'il est sans ressources, ne justifie pas d'une insertion particulière dans la société française, ni de liens intenses avec ses deux aînés qui sont majeures et qu'il s'est vu retirer l'autorité parentale sur sa fille mineure, née le 7 octobre 2008, par le jugement du tribunal judiciaire de Mulhouse du 15 décembre 2021 qui l'a condamné à la peine sus-mentionnée. Auparavant,
M. B avait déjà été incarcéré à deux reprises, du 18 octobre 2017 au 12 mars 2018 puis du 28 avril 2020 au 10 août 2021 pour des faits similaires. Le jugement du tribunal correctionnel de Mulhouse en date du 30 avril 2020 fait état de violences sur son épouse avec menace et usage d'un couteau ayant entraîné une incapacité totale de travail de cinq jours de cette dernière. Il est, par ailleurs, indiqué dans le jugement du 15 décembre 2021 que les " éléments qui ressortent du positionnement sur les faits de l'intéressé et de sa personnalité sont particulièrement inquiétant, outre la gravité qui ressort notamment de la violence extrême du coup porté avec le plat du pied au visage de son épouse, de la présence des enfants mineurs, M. B ne remet pas une seconde en question son comportement, passé comme présent, laissant peu de doute sur sa capacité, dans un futur proche, à évoluer dans son positionnement et, par là à ne pas commettre de nouveau faits ". Si le requérant soutient qu'il a pris conscience de ses actes, qu'il s'est réconcilié avec son épouse et ses enfants qui lui ont rendu visite au centre de détention, les infractions précitées qui sont répétées, graves et rapprochées traduisent un comportement très violent et, par conséquent, une menace à l'ordre public. Surtout, tout risque de récidive ne peut être écarté dès lors qu'il n'est pas divorcé de son épouse et qu'une reprise de la vie commune du couple serait envisagée à sa sortie de prison selon ses dires à l'audience. Dans ces conditions, la préfète, qui a pris la décision contestée sur le fondement des 1°, 2° et 5° de l'article L. 611-1°du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer que sa présence en France constituait une menace actuelle à l'ordre public suffisamment grave pour que la mesure d'éloignement litigieuse ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts d'intérêt public en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Sur l'absence de délai de départ volontaire et la fixation du pays de destination :
9. Les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire ayant été écartés, les moyens tirés par la voie de l'exception de l'illégalité de cette décision ne peuvent qu'être écartés par voie de conséquence.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article
L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
11. En premier lieu, la décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est dès lors régulièrement motivée.
12. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète aurait omis de procéder à un examen personnalisé de la situation du requérant et n'aurait pas pris en compte les éléments relatifs à sa situation personnelle avant d'édicter la décision en litige. La préfète a notamment retracé le parcours pénal du requérant, détaillé sa situation administrative, pris en compte les éléments relatifs à sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.
13. En troisième lieu, compte tenu des conditions de séjour de l'intéressé telles que rappelées au point 8, il n'est pas établi qu'en fixant à dix ans, dès lors que M. B, multi récidiviste, représente une menace grave pour l'ordre public, la durée de son interdiction de retour sur le territoire français, la préfète du Bas-Rhin aurait commis une erreur d'appréciation.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à
Me Gueddari Ben Aziza, et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er août 2024.
La magistrate désignée,
C. Weisse-MarchalLa greffière,
R. Van Der Beek
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
R. Van Der Beek
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026