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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2405273

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2405273

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2405273
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantAARPI L'ILL LÉGAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 juillet 2024, Mme A B, représentée par Me Thalinger, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 juin 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " étudiant ", à défaut, de l'admettre provisoirement au séjour et de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur le refus de séjour :

- la décision est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux en ce que la préfète a omis de se prononcer au regard de l'article L. 435-1 et du deuxième paragraphe de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas fait mention de sa scolarité, ni de l'autorité parentale exercée par sa sœur à son égard ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que la préfète s'est crue liée par l'absence de visa mentionné à l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît le deuxième paragraphe de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de ces dispositions ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de ces dispositions ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

Sur la décision octroyant un délai de départ volontaire de trente jours :

- la décision est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 septembre 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme B n'est fondé.

Par ordonnance du 24 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 11 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gros,

- et les observations de Me Hentz, substituant Me Thalinger, avocat de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante ouzbèke, née le 1er décembre 2003, est entrée en France le 9 mars 2020 sous couvert d'un visa court séjour initialement valable jusqu'au 22 avril 2020, et prolongé à deux reprises suite à la pandémie de covid-19. Elle a bénéficié d'une autorisation de séjour valable du 2 juillet 2020 au 9 septembre 2020 et s'est maintenue sur le territoire français après son expiration. Le 14 janvier 2022, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour " étudiant " sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 19 juin 2024, dont elle demande l'annulation, la préfète du Bas-Rhin a refusé de faire droit à sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. /

En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ".

3. Il est constant que Mme B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en faisant valoir la poursuite de ses études en première année de licence de droit à Strasbourg pour l'année 2023/2024. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'elle est entrée en France le 9 mars 2020 à l'âge de seize ans et quatre mois munie d'un visa court séjour et qu'elle s'est inscrite en classe de seconde au sein du lycée des Pontonniers de Strasbourg pour l'année scolaire 2020-2021. Par suite, dès lors que la décision attaquée se borne à faire état de ce que l'intéressée ne peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au seul motif qu'elle ne dispose pas du visa long séjour mentionné aux articles L. 411-1 et L. 412-1 du même code, Mme B est fondée à soutenir que la préfète du Bas-Rhin n'a pas procédé à un examen sérieux de sa demande au regard des dispositions précitées du deuxième paragraphe de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles ne rendent pas opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Dès lors, l'erreur de droit invoquée doit être accueillie.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 19 juin 2024 par laquelle la préfète du Bas-Rhin a refusé de l'admettre au séjour. Par voie de conséquence, l'obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et la décision fixant le pays de destination doivent également être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Le présent jugement implique seulement, eu égard aux motifs sur lesquels il se fonde, que la préfète du Bas-Rhin procède au réexamen de la situation de Mme B. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer la situation de Mme B dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er: L'arrêté de la préfète du Bas-Rhin du 19 juin 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer la situation de Mme B dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Article 3: L'État versera à Mme B une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à Mme A B, à Me Thalinger et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Strasbourg.

Délibéré après l'audience du 25 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gros, président,

M. Cormier, conseiller,

Mme Fuchs Uhl, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

Le président-rapporteur,

T. GROSL'assesseur le plus ancien,

R. CORMIER

Le greffier,

P. SOUHAIT

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à

tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les

parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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