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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2405356

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2405356

lundi 9 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2405356
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJU MW (6)
Avocat requérantGUEDDARI BEN AZIZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoire enregistrés les 23 juillet, 4 août et 2 septembre 2024, Mme C D, représentée par Me Gueddari Ben Aziza, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 juillet 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a retiré l'attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de son éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

4°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur les décisions portant retrait de l'attestation de demande d'asile et obligation de quitter le territoire français :

- elles sont entachées d'un vice d'incompétence, Mme B ne justifiant pas d'une délégation de signature ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- le droit d'être entendu a été méconnu ainsi que le principe du respect des droits de la défense ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux de sa situation familiale et personnelle ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle a un conjoint disposant d'une carte de résident avec lequel elle vit en concubinage et un enfant né en 2022 ;

- elles sont entachées d'une erreur de fait et de droit ;

- elles méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Sur la décision portant fixation du pays de destination :

- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée

- elle se fonde sur une décision illégale.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle se fonde sur une décision illégale ;

- elle justifie de circonstances qui font obstacle à la décision.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 août 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. E en application de l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative et de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 septembre 2024 à 11 heures :

- le rapport de M. E, magistrat-désigné,

- les observations de Me Schalk, substituant Me Guedddari Ben Aziza, représentant Mme D, assistée d'un interprète en langue russe, M. F.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur le retrait de l'attestation de demande d'asile et l'obligation de quitter le territoire français :

1.En premier lieu, par un arrêté du 13 juin 2024, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 14 juin 2024, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à Mme B, à l'effet de signer les obligations de quitter le territoire français prises, comme en l'espèce, sur le fondement de l'article L. 611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en cause manque en fait et doit être écarté. .

2. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision qu'elle comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et traduit un examen particulier de la situation personnelle du requérant. Les moyens ainsi soulevés ne peuvent qu'être écartés.

3. En troisième lieu, dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français fait suite au refus de la reconnaissance de la qualité de réfugié ou du bénéfice de la protection subsidiaire à l'étranger et à l'absence du bénéfice du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1, L. 542-2 et L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le droit d'être entendu n'implique pas, dans ce cas, que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressée à même de présenter ses observations tant orales qu'écrites de façon spécifique en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français qu'il est amené à prendre à son encontre, dès lors qu'elle a déjà été entendue, comme en l'espèce, dans le cadre de sa demande d'asile. Et que rien ne faisait obstacle à ce qu'elle apporte tous les éléments relatifs à sa situation personnelle à l'administration. Par suite, le moyen soulevé tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu issu des principes généraux du droit de l'Union européenne tel qu'énoncé au 2° de l'article 41 et à l'article 51 de la charte des droits fondamentaux et du respect des droits de la défense doit être écarté.

4. En quatrième lieu, Mme D, de nationalité russe et d'origine tchétchène, est entrée en France le 11 avril 2021 selon ses déclarations. Elle affirme qu'elle vit avec un ressortissant russe dont elle a eu un enfant en 2022 sans justifier de l'antériorité de la relation. Si elle fait savoir qu'elle a déposé une demande de titre de séjour le 25 août 2023, une telle demande, au demeurant entreprise tardivement, a été déclarée irrecevable faute pour le dossier d'avoir été complété. Elle n'établit pas, par ailleurs, qu'elle n'aurait plus aucunes relations personnelles ou familiales dans son pays d'origine où vivent, selon ses propres déclarations lors de l'audience, ses deux autres enfants mineurs âgés de 10 et 8 ans, ses parents et la plupart de ses frères et sœurs. Dans ces conditions, la décision en cause, n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale et, à supposer le moyen dirigé contre la présente décision, elle ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs et pour les mêmes motifs, elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

5. En cinquième lieu, la décision n'a pas pour effet de séparer l'enfant mineur de sa mère et le rapprochera de sa famille maternelle. Si, en revanche, il sera séparé quelque temps de son père, ayant le statut de réfugié en France, une telle séparation temporaire n'est que la conséquence de l'absence de démarches en temps utile de l'intéressée à laquelle il appartiendra alors de les entreprendre pour un retour régulier auprès de son compagnon.

Sur la décision portant fixation du pays de destination :

6. En premier lieu, il ressort de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français est régulière. Dès lors le moyen tiré de son illégalité soulevé à l'encontre de la fixation du pays de destination ne peut qu'être écarté.

7. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision qu'elle comporte des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée.

8. En troisième lieu, Mme D qui au demeurant, s'est vu opposer un rejet de sa demande de protection internationale par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, n'apporte pas d'éléments probants, notamment sur les risques réels et personnels qu'elle courrait en cas de retour en Russie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Par ailleurs et pour les mêmes motifs, la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant interdiction de retour et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens :

9. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a eu un enfant avec un ressortissant russe bénéficiant de la qualité de réfugié en France. Par suite, l'interdiction de retour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et doit être annulée.

10. Il résulte de ce qui précède que le surplus des conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

11. Le présent jugement n'appelant pas de mesures d'exécution particulière, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

12. Mme D étant admise provisoirement à l'aide juridictionnelle, ses conclusions à fin d'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent, dans les circonstances de l'espèce, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: Mme D est admise provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2: L'interdiction de retour est annulée.

Article 3: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4: Le présent jugement sera notifié à Mme C D, à Me Gueddari Ben Aziza et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

M. E

La greffière,

B. Delage

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

,

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