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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2405370

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2405370

mardi 30 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2405370
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCASANO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 juillet 2024, M. A C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 juin 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités croates.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Eymaron en application des dispositions de l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Eymaron, magistrate désignée ;

- les observations de Me Casano, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête. Elle soulève, en outre, les moyens tirés de ce qu'il n'est pas justifié de la consultation du fichier Eurodac, de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué, de ce qu'il serait entaché d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- les observations de M. C, assisté de Mme B, interprète en langue turque.

La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, la décision attaquée vise le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et précise que la consultation du fichier Eurodac ayant révélé que M. C avait sollicité l'asile auprès des autorités croates, celles-ci ont été saisies d'une demande de repries en charge et ont donné leur accord, le 5 juin 2024, sur le fondement de l'article 20-5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

2. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la direction de l'asile a, le 17 mai 2024, informé la préfète du Bas-Rhin de ce que les recherches entreprises sur le fichier Eurodac avaient donné un résultat positif et de ce que les empreintes de M. C étaient identiques à celles relevées par les autorités croates le 9 mai 2024. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'il n'est pas justifié de la consultation du fichier Eurodac préalablement au prononcé de l'arrêté attaqué.

3. En troisième lieu, la circonstance que l'arrêté de transfert comporte une erreur quant à la date à laquelle a été remise à M. C son attestation de demande d'asile en procédure Dublin est sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait doit être écarté.

4. En dernier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ". La mise en œuvre par les autorités françaises de l'article 17 doit être assurée à la lumière des exigences définies par le second alinéa de l'article 53-1 de la Constitution, aux termes duquel : " les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif ". Aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'Etat d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre Etat ". La faculté laissée à chaque Etat membre, par l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 précité, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

5. M. C, ressortissant turc d'origine kurde entré en France en mai 2024, se prévaut de la présence en France de ses deux frères, tous deux bénéficiaires du statut de réfugié. Toutefois, les pièces versées au dossier et les éléments apportés lors de l'audience publique ne suffisent pas à établir que les liens qu'entretiendrait M. C avec ses deux frères, respectivement présents en France depuis 2020 et 2022, seraient d'une intensité telle qu'ils justifieraient qu'il soit fait usage de la clause discrétionnaire prévue par les dispositions précitées. Par ailleurs, M. C, par ses seules allégations, ne démontrent pas que les autorités croates ne seraient pas en mesure de traiter sa demande d'asile dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la préfète aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013.

6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. C doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juillet 2024.

La magistrate désignée,

A.-L. Eymaron La greffière,

L. Rivalan

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

L. Rivalan

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