mercredi 4 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2405446 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | AARPI L'ILL LÉGAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 juillet et 1er août 2024,
M. A B, représenté par Me Thalinger, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 18 juillet 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a décidé de le transférer aux autorités slovènes, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'annuler l'arrêté du 18 juillet 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a assigné à résidence dans le département du Bas-Rhin, pour une durée de quarante-cinq jours, avec obligation de présentation ;
4°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin d'enregistrer sa demande d'asile, sous astreinte de 155 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros hors taxe au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou de lui verser directement cette somme en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
S'agissant de la décision de transfert :
- l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence ;
- il méconnaît les dispositions des articles 4 et 5 du règlement (UE) n°604/2013
du 26 juin 2013 ;
- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation, et notamment de l'obligation de quitter le territoire dont il a fait l'objet le 20 mai 2023 et dont il a sollicité l'abrogation ;
- la préfète a méconnu les articles 23 et 24 du règlement (UE) n 604/2013 ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, notamment au regard des droits garantis par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
S'agissant de l'assignation à résidence :
- l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence ;
- la décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision de transfert ;
- elle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
La préfète soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Merri pour statuer sur les litiges relevant des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er août 2024 :
- le rapport de Mme Merri, magistrate désignée ;
- les observations de Me Thalinger, avocat de M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, souligne le parcours de M. B, la circonstance que les services préfectoraux, avisés au plus tard en septembre 2023 de la circonstance que M. B souhaitait solliciter l'asile en France, ne pouvaient édicter la décision de transfert vers les autorités slovènes en juillet 2024 sans méconnaître les articles 23 et 24 du règlement (UE) n° 604/2013 ; il conclut en outre à ce que soit enjoint à la préfète du Bas-Rhin de délivrer à
M. B un formulaire de demande d'asile ;
- les observations de M. B, présent à l'audience ;
- et les observations de Mme D, représentant la préfète du Bas-Rhin.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant guinéen né en 1995, demande l'annulation des arrêtés du 18 juillet 2024 par lesquels la préfète du Bas-Rhin a décidé son transfert aux autorités slovènes et de son assignation à résidence.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur le moyen commun tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées :
3. Par un arrêté du 4 juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin le lendemain, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à Mme C, et en cas d'absence ou d'empêchement de cette dernière, à
Mme E, adjointe à la cheffe du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer les arrêtés de transfert pris en application de la procédure Dublin et les arrêtés portant assignation à résidence. Il ne ressort pas des pièces du dossier que
Mme C n'aurait pas été absente ou empêchée à la date de la décision attaquée. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées doit être écarté.
Sur les autres moyens relatifs à l'arrêté portant transfert aux autorités slovènes :
4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B s'est vu remettre, le 21 juin 2024, la brochure " A. J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande d'asile ' " et la brochure " B. Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' " dans leurs versions en langue française que le requérant comprend, ainsi que le guide du demandeur d'asile. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir qu'il a été privé des informations dont la communication est exigée aux termes des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Le moyen doit par suite être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013:
" 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () / 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".
6. Le requérant a bénéficié d'un entretien individuel auprès des services de la préfecture du Bas-Rhin le 21 juin 2024. Il ressort des pièces du dossier que cet entretien a été conduit en langue française, que M. B a déclaré comprendre. Il ne ressort pas de ce compte-rendu, signé par l'intéressé, que celui-ci n'aurait pas été mis en mesure de faire valoir toute observation qu'il jugeait utile sur sa situation. Il n'est pas davantage établi que cet entretien n'aurait pas été réalisé selon les formes et les conditions posées par l'article 5 précité du règlement (UE) n° 604/2013. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.
7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin aurait procédé à un examen insuffisant de la situation personnelle du requérant. A cet égard,
la circonstance que M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire
le 20 mai 2023, dont il a sollicité l'abrogation le 3 septembre suivant, qu'au demeurant il n'a pas rappelé lors de son entretien du 21 juin 2024, est sans incidence sur sa situation au regard des dispositions du règlement (UE) n° 604/2013. Le moyen soulevé en ce sens doit ainsi être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 23 du règlement (UE) n° 604/2013 :
" 1. Lorsqu'un État membre auprès duquel une personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), a introduit une nouvelle demande de protection internationale estime qu'un autre État membre est responsable conformément à l'article 20, paragraphe 5, et à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), il peut requérir cet autre État membre aux fins de reprise en charge de cette personne. / 2. Une requête aux fins de reprise en charge est formulée aussi rapidement que possible et, en tout état de cause, dans un délai de deux mois à compter de la réception du résultat positif Eurodac (" hit "), en vertu de l'article 9, paragraphe 5, du règlement (UE) n°603/2013 () / 3. Lorsque la requête aux fins de reprise en charge n'est pas formulée dans les délais fixés au paragraphe 2, c'est l'État membre auprès duquel la nouvelle demande est introduite qui est responsable de l'examen de la demande de protection internationale ".
9. Il ressort des pièces des dossiers que la préfète du Bas-Rhin a saisi les autorités slovènes, le 2 juillet 2024, d'une demande de reprise en charge de M. B sur le fondement des dispositions du point b) du paragraphe 1 de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013, soit avant l'expiration du délai de deux mois fixé par les dispositions du paragraphe 2 de l'article 23 du règlement (UE) n° 604/2013, seules applicables à la situation du requérant, et que la réponse de ces autorités est intervenue le 8 juillet suivant, dans le délai fixé par l'article 25 du même règlement.
10. Si la situation de M. B au regard dudit règlement est de nature à remettre en cause la légalité de la décision d'éloignement dont il a fait l'objet le 20 mai 2023, elle ne saurait, à elle seule, le faire regarder comme ayant sollicité l'asile en France à cette date. Dès lors,
les délais mentionnés à l'article 23 précité n'ont pas couru à compter de cette mesure d'éloignement, mais à compter du 21 juin 2024, date à laquelle la préfète du Bas-Rhin a réalisé l'entretien individuel prévu à l'article 5 du même règlement. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que les délais prévus à l'article 23 ont été méconnus.
11. En cinquième lieu, les dispositions de l'article 24 du règlement (UE) n° 604/2013 sont relatives à la " Présentation d'une requête aux fins de reprise en charge lorsque aucune nouvelle demande a été introduite dans l'État membre requérant ". Or il est constant que
M. B a sollicité l'asile auprès des autorités françaises une première fois en 2022 et qu'il a fait l'objet d'une première décision de prise en charge par les autorités slovènes en
décembre 2022, qu'il a exécutée. Dès lors, les dispositions de l'article 24 du règlement (UE) n° 604/2013 ne s'appliquent pas à la situation de M. B. Par suite, le moyen tiré de leur méconnaissance doit être écarté comme inopérant.
12. En sixième et dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation du requérant au regard des droits garantis par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé et il doit par conséquent être écarté.
Sur la légalité de l'arrêté portant assignation à résidence :
13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant assignation à résidence devrait être annulée, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de transfert, ne peut qu'être écarté.
14. En second lieu, M. B, qui est sans charge de famille et qui ne fait état d'aucune activité professionnelle ou personnelle particulière, ne peut dès lors soutenir qu'en l'assignant à résidence dans le département du Bas-Rhin et en lui imposant un pointage hebdomadaire,
la préfète a pris une mesure disproportionnée par rapport aux buts visés, et entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés susvisés de la préfète du Bas-Rhin. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1 : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Thalinger et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressé au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 4 septembre 2024.
La magistrate désignée,
D. Merri
La greffière,
R. Van Der Beek
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
R. Van Der Beek
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026