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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2405467

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2405467

lundi 16 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2405467
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantDODOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Dodou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 juin 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est entaché d'erreurs de fait ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet du Haut-Rhin n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 août 2024, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jordan-Selva,

- les observations de Me Dodou, avocat de M. A,

- les observations de M. A, présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant guinéen né en 1996, est entré en France selon ses déclarations en mai 2017, en vue de solliciter l'asile. La confrontation de ses empreintes avec la base de données européenne Eurodac a révélé que ses empreintes étaient identiques à celles relevées par les autorités suisses le 23 mai 2017, qui ont refusé sa réadmission au motif qu'une demande de réadmission vers l'Espagne avait été faite. M. A a fait l'objet d'un arrêté ordonnant son transfert aux autorités espagnoles, qui l'ont repris en charge le 19 septembre 2017. A une date indéterminée, M. A est revenu en France. La France étant devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, celle-ci a été instruite par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) qui l'a rejetée le 8 octobre 2018. A la suite du rejet définitif de sa demande par décision de la Cour nationale du droit d'asile le 31 mai 2019, M. A a fait l'objet d'un arrêté du 10 décembre 2019 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A s'est maintenu sur le territoire français et a fait l'objet, le 16 mars 2021 d'un nouvel arrêté par lequel le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et prononcé une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans. Par un arrêt du 25 janvier 2022, la Cour administrative d'appel de Lyon a définitivement rejeté le recours de M. A contre l'arrêté préfectoral du 16 mars 2021. Le 10 avril 2024, M. A a déposé auprès des services de la préfecture du Haut-Rhin une demande d'admission exceptionnelle au séjour en se prévalent de ses liens privés et familiaux en France et notamment du fait qu'il a été adopté le 24 mars 2023 par un ressortissant français. Par un arrêté du 26 juin 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet du Haut-Rhin a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

2. En premier lieu, en se bornant à soutenir que ses empreintes décadactylaires ont été relevées en octobre 2017 par les services de la préfecture de la Haute-Vienne, le requérant ne justifie pas d'une présence continue en France depuis cette date. Il est constant que sa demande d'asile a été enregistrée auprès de l'OFPRA en février 2018, date de sa dernière entrée sur le territoire français, comme le précise la décision attaquée. Si cette dernière mentionne par ailleurs que l'intéressé a résidé au Maroc entre 2015 et 2019, et non 2018, cette erreur de plume est restée sans incidence sur l'appréciation de sa situation par le préfet. De même, la circonstance que l'arrêté en litige mentionne par erreur des décisions de justice rendue par le Tribunal administratif de Strasbourg et la Cour administrative de Nancy, au lieu des juridictions sises à Grenoble et Lyon, ces erreurs de plume n'ont aucune incidence sur la légalité des décisions attaquées. Le moyen tiré des erreurs de fait doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Haut-Rhin n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A.

4. En troisième lieu, aux termes de L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

5. M. A se prévaut de la durée de sa présence en France, soit plus de six ans à la date de la décision en litige et de son adoption simple par un ressortissant français par jugement du 24 mars 2023 du tribunal judiciaire de Mulhouse. Toutefois, d'une part, cette adoption simple ne rompt pas les liens de filiation avec sa famille biologique, à savoir son père biologique, sa mère, son frère et sa sœur qui résident en Guinée, pays dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 19 ans. D'autre part, cette adoption simple par un ressortissant français ne lui confère pas, par elle-même, de droit au séjour. Il est constant que la durée de présence en France du requérant découle de la durée de l'examen de sa demande d'asile et de son maintien irrégulier sur le territoire français, en dépit du rejet définitif de cette demande et de deux précédentes mesures d'éloignement prononcées en 2019 et en 2021. Par ailleurs, le préfet soutient sans être contredit que M. A est défavorablement connu des services de police pour des faits de violences conjugales commis en 2021. Il ressort des pièces du dossier que, depuis l'arrêt de sa formation suivie en 2019 pour devenir jardinier paysagiste, M. A s'est investi ponctuellement dans des missions de bénévolat au cours des années 2020 et 2021. Toutefois, s'il se prévaut d'une promesse d'embauche en qualité d'opérateur de production émise en juillet 2023 par la société GIDA basée à Wittenheim et de son projet de devenir aide-soignant, il n'apporte pas d'éléments justifiant d'une particulière insertion professionnelle. Dans ces conditions, en dépit des nombreuses attestations de soutien produites par le requérant, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels les décisions attaquées ont été prises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

6. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () "

7. M. A se prévaut des mêmes considérations que celles rappelées au point 5, lesquelles ne sont pas de nature à caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le préfet du Haut-Rhin n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre sur ce fondement.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dhers, président,

M. Boutot, premier conseiller,

Mme Jordan-Selva, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 16 décembre 2024.

La rapporteure,

S. Jordan-Selva

Le président,

S. Dhers

La greffière,

D. Hirschner

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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