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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2405540

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2405540

mardi 13 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2405540
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSELARL CHAVKHALOV

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a examiné la demande de suspension de la décision du 5 juillet 2024 du directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) retirant la carte professionnelle d'agent de sécurité de M. C. Le juge des référés a rejeté la requête, estimant que la condition d'urgence n'était pas satisfaite, car les nécessités de l'ordre public liées aux faits reprochés primaient sur la situation personnelle et professionnelle du requérant. La solution retenue s'appuie sur l'article L. 521-1 du code de justice administrative, qui exige à la fois une urgence et un doute sérieux sur la légalité de la décision, conditions non remplies en l'espèce.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 juillet et 6 août 2024,

M. A C, représenté par Me Chavkhalov, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 5 juillet 2024 par laquelle le directeur du conseil national des activités privées de sécurité a procédé au retrait de sa carte professionnelle d'agent de sécurité ;

2°) d'enjoindre au directeur du conseil national des activités privées de sécurité de lui délivrer une carte professionnelle d'agent privé de sécurité dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros hors taxe au bénéfice de son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que le retrait litigieux le met dans l'impossibilité de poursuivre son activité professionnelle d'agent de sécurité et le place dans une situation de précarité ; il n'est, en outre, pas éligible aux allocations chômage, ni au revenu de solidarité active compte tenu de son âge ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la décision a été adoptée sans procédure contradictoire préalable, le privant ainsi d'une garantie essentielle ;

- la décision est insuffisamment motivée en fait ;

- elle se fonde sur des faits matériellement inexacts ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que la situation d'urgence justifiant que soit retirée sa carte professionnelle n'est en l'espèce pas établie, le conseil national des activités privées de sécurité ayant au demeurant mis près de deux mois pour lui retirer sa carte une fois les agissements qui lui sont reprochés portés à sa connaissance ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 et 7 août 2024, le directeur du conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite dès lors notamment que la seule cessation d'une activité professionnelle ne suffit pas à la caractériser et que, compte tenu des éléments reprochés à l'intéressé, les nécessités de l'ordre public s'opposent à ce qu'une urgence, au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, soit constatée ;

- aucun des moyens soulevés n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en qualité de juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 août 2024 tenue en présence de Mme Van der Beek, greffière d'audience :

- le rapport de M. B ;

- les observations de Me Chavkhalov, représentant M. C, présent à l'audience, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et insiste sur le fait que les agissements reprochés au requérant ne sont pas établis par les pièces du dossier, et que les conditions légales requises pour procéder au retrait de sa carte professionnelle ne sont pas réunies.

Le conseil national des activités privées de sécurité n'était présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Une note en délibéré pour M. C a été enregistrée le 8 août 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. C demande au juge des référés de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 5 juillet 2024 par laquelle le directeur du conseil national des activités privées de sécurité a procédé au retrait de sa carte professionnelle d'agent de sécurité qui lui avait été délivrée le 20 mars 2024 et qui était valable jusqu'au 20 mars 2029.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : ()

2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation,

par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; () / Le respect de ces conditions est attesté par la détention d'une carte professionnelle délivrée selon des modalités définies par décret en Conseil d'Etat. () / En cas d'urgence, le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité peut retirer la carte professionnelle. () ".

5. Si, pour justifier de l'urgence à suspendre la décision en litige, M. C fait valoir que le retrait de sa carte professionnelle d'agent de sécurité privée aura pour effet de le priver de son emploi et de sa seule source de revenus, et de ce qu'il ne pourra pas bénéficier d'une prise en charge au titre de l'assurance chômage ni du revenu de solidarité active, il est néanmoins constant que l'intéressé n'exerce une activité professionnelle que depuis le 1er mai 2024, soit environ deux mois à la date de la décision litigieuse. Par ailleurs, et surtout, le conseil national des activités privées de sécurité fait état de ce qu'il a été porté à sa connaissance que M. C a été signalé en raison des liens qu'il entretient avec la mouvance islamiste radicale tchétchène. Il ressort de l'avis d'incompatibilité émis le 4 juin 2024 par le service national des enquêtes administratives ainsi que d'une " note blanche " émanant des services de renseignement, que l'intéressé est également connu défavorablement pour des faits de violence et de troubles à l'ordre public, et qu'il a ainsi notamment tenté de perturbé le départ de la " Gay Pride " en juin 2018 à Nancy, qu'il a été contrôlé à Dijon en 2020 alors qu'il se rendait à un rassemblement de soutien à la communauté tchétchène locale dans le cadre de violences intracommunautaires avec des jeunes issus de la communauté maghrébine, ou encore qu'il se serait affiché sur les réseaux sociaux avec des armes. Alors que la France est en train d'accueillir de grands évènements sportifs dans le cadre de la tenue des Jeux olympiques et paralympiques de 2024 dans le dispositif de sécurité desquels les agents de sécurité privée seront particulièrement mobilisés, les agissements précités, et notamment les liens du requérant avec la mouvance islamiste radicale, suffisamment établis par les éléments produits en défense, sont de nature à représenter une menace pour la sécurité publique incompatible avec le maintien de la carte d'agent de sécurité privée. Par suite, l'ensemble de ces éléments, et notamment les nécessités de l'ordre public, s'opposent à ce qu'une urgence, au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, soit constatée au cas d'espèce.

6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, la requête présentée par M. C sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être rejetée. Par voie de conséquence, doivent être également rejetées les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C, à Me Chavkhalov et au conseil national des activités privées de sécurité.

Fait à Strasbourg, le 13 août 2024.

Le juge des référés,

A. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. Van Der Beek

N°2405540

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