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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2405583

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2405583

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2405583
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e chambre
Avocat requérantOLSZAKOWSKI JONAS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I°) Par une requête n°2405583, enregistrée le 30 juillet 2024, M. C A, représenté par Me Olszakowski, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2024, par lequel le préfet de la Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé un pays de destination et lui a interdit tout retour en France pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer une carte de séjour à compter de la date de notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai déterminé, au besoin sous astreinte.

Il soutient que :

Sur le refus de titre de séjour :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision attaquée doit être annulée en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 août 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 31 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 septembre 2024.

II°) Par une requête n°2405584, enregistrée le 30 juillet 2024, Mme D A née B, représentée par Me Olszakowski, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2024, par lequel le préfet de la Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé un pays de destination et lui a interdit tout retour en France pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer une carte de séjour à compter de la date de notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai déterminé, au besoin sous astreinte.

Elle soutient que :

Sur le refus de titre de séjour :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision attaquée doit être annulée en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 août 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A née B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 31 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 septembre 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Klipfel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A, ressortissants albanais, sont entrés irrégulièrement en France le 10 janvier 2019 selon leurs dires. Le 10 octobre 2022, M. et Mme A ont sollicité leur admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par des arrêtés du 5 juillet 2024, dont les requérants sollicitent l'annulation, le préfet de la Moselle a refusé de leur délivrer un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé un pays de destination et leur a interdit tout retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

2. Les requêtes n° 2405583 et n° 2405584, présentées respectivement par M. et Mme A, sont relatives à la situation d'un couple de ressortissants étrangers et présentent à juger des questions connexes. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / ().". Aux termes de l'article 61 du décret susvisé du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () / L'admission provisoire est accordée par la juridiction compétente ou son président ou par le président de la commission mentionnée à l'article L. 432-13 ou à l'article L. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

4. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. et Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les refus de titre de séjour attaqués :

5. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ".

6. En présence d'une demande de régularisation déposée, sur le fondement de ces dispositions, par un étranger dont la présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

7. Les requérants font valoir qu'ils résident en France depuis 2019, qu'ils sont intégrés, ainsi qu'en témoignent notamment leur engagement associatif et les cours de français qu'ils suivent. M. et Mme A se prévalent en outre de promesses d'embauche comme agent d'entretien. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la durée de leur présence en France ne s'explique que par les vaines démarches qu'ils ont entreprises afin d'obtenir l'asile et un titre de séjour. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils seraient démunis d'attaches familiales dans leur pays d'origine où ils ont vécu la majeure partie de leur vie et où la cellule familiale peut se reconstituer. Ils ne font pas davantage état d'une insertion particulière en France qui imposerait que leur soit délivré un titre de séjour. Dès lors, le préfet de la Moselle n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'admission au séjour de M. et Mme A ne répondait pas à des considérations humanitaires et n'était pas davantage justifiée par des motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne les obligations de quitter le territoire français en litige :

8. Eu égard à ce qui précède, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ne peut pas être accueilli.

En ce qui concerne les interdictions de retour sur le territoire français attaquées :

9. Le moyen dirigé contre les obligations de quitter le territoire français prises à l'encontre des époux A ayant été écarté, le moyen tiré de ce que les interdictions de retour sur le territoire français devraient être annulées par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions ne peut pas être accueilli.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions des requêtes présentées par M. et Mme A ne peuvent qu'être rejetées y compris les conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1 : M. et Mme A sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. et Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Mme D A née B, à Me Olszakowski et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Carrier, président,

Mme Bronnenkant, première conseillère,

Mme Klipfel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

La rapporteure,

V. KLIPFEL

Le président,

C. CARRIER

La greffière,

S. SIAMEY

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 2405583, 2405584

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