mercredi 21 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2405610 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ETTEDGUI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 juillet 2024, M. B D C demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 29 juillet 2024 notifié le même jour en tant que la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité ne bénéficiant pas d'une délégation de signature ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation en droit et en fait ;
- les droits de la défense ont été méconnus ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de la situation personnelle du requérant ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la préfète a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. D C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive 2008/115/CE du Parlement et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Klipfel en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Klipfel, magistrate désignée, qui soulève quatre moyens d'ordre public, sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, tirés de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire, de la décision fixant un pays de destination et de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans, ces décisions n'ayant pas été contestées dans le délai de recours contentieux ;
- les observations de Me Zimmermann, substituant Me Ettedgui, avocat de M. D C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et soutient en outre que :
* il demande l'annulation, en plus de la décision portant obligation de quitter le territoire français, de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire, de la décision fixant un pays de destination et de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans ;
* la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour doit être annulée car la commission du titre de séjour n'a pas été saisie alors que l'intéressé réside en France depuis plus de dix ans, il existe un défaut d'examen de sa situation personnelle dans la mesure où il réside en France depuis plus de quarante ans, qu'il est père de trois enfants qui résident en France, qu'il n'est jamais allé en République démocratique du Congo et qu'il a eu plusieurs titres de séjour préalablement, l'intéressé ne constitue pas une menace à l'ordre public car sa dernière condamnation ne revêt pas une gravité telle qu'elle justifierait les décisions querellées et la préfecture connaît bien le casier judiciaire de l'intéressé ;
* la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans doit être annulée car elle viole les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- les observations de M. D C qui indique qu'il se sent français, résidant en France depuis l'âge de deux ans.
La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D C, ressortissant congolais, actuellement écroué à la maison d'arrêt de Strasbourg, est entré en France le 1er mars 1986, alors qu'il était mineur. Depuis sa majorité, M. D C a bénéficié de plusieurs titres de séjour en raison de ses attaches privées et familiales, du 10 août 2001 au 9 août 2002, puis de deux titres d'une année renouvelés du 8 avril 2010 au 7 avril 2012, puis du 30 mai 2016 au 20 août 2018. Il a enfin été pourvu d'un titre d'une année du 11 février 2020 au 10 février 2021. Le 21 avril 2022, M. D C a sollicité la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle. Par un arrêté du 29 juillet 2024, la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé un pays de destination et lui a interdit tout retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / ().". Aux termes de l'article 61 du décret susvisé du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () / L'admission provisoire est accordée par la juridiction compétente ou son président ou par le président de la commission mentionnée à l'article L. 432-13 ou à l'article L. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".
3. Aux termes de l'article R. 922-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut, au plus tard avant le début de l'audience, demander qu'un avocat soit désigné d'office. Il en est informé par le greffe du tribunal au moment de l'introduction de sa requête. L'étranger détenu, qui en a déjà été informé par l'autorité administrative compétente dès la notification de l'obligation de quitter le territoire français conformément à l'article L. 613-5-1, se voit rappeler cette information par le greffe du tribunal au moment de l'introduction de sa requête. Quand l'étranger a demandé qu'un avocat soit désigné d'office, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné en informe aussitôt le bâtonnier de l'ordre des avocats près le tribunal judiciaire dans le ressort duquel se situe la salle d'audience où il est prévu qu'il siège à la date de la demande. Le bâtonnier effectue la désignation sans délai. ".
4. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. D C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour, portant refus d'accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour :
5. Aux termes des dispositions de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que la décision relative au séjour, la décision relative au délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent, le cas échéant, peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 911-1. " Aux termes de l'article L. 614-3 du même code : " Par dérogation à l'article L. 614-1, lorsque l'étranger est détenu, la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que la décision relative au séjour, la décision relative au délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent, le cas échéant, peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 921-1. " Aux termes de l'article L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision fixant le pays de renvoi peut être contestée dans le même recours que la décision d'éloignement qu'elle vise à exécuter. Lorsqu'elle a été notifiée après la décision d'éloignement, la décision fixant le pays de renvoi peut être contestée alors même que la légalité de la décision d'éloignement a déjà été confirmée par le juge administratif ou ne peut plus être contestée. " Aux termes de l'article L. 921-1 du même code : " Lorsqu'une disposition du présent code prévoit qu'une décision peut être contestée selon la procédure prévue au présent article, le tribunal administratif peut être saisi dans le délai de sept jours à compter de la notification de la décision. Sous réserve de l'article L. 921-4, il statue dans un délai de quinze jours à compter de l'introduction du recours. "
6. Il ressort des pièces du dossier que les quatre décisions en litige du 29 juillet 2024 ont été notifiées à l'intéressé le même jour. Les conclusions à fin d'annulation de ces décisions ont été formées par son conseil à la barre le jour de l'audience, soit le 8 août 2024. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de ces décisions n'ont pas été formées dans un délai de sept jours à compter de la notification des décisions contestées. Les décisions attaquées n'ayant pas été contestées dans le délai de recours contentieux, les conclusions à fin d'annulation de ces décisions sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, par un arrêté du 4 juillet 2024, régulièrement publié le 5 juillet 2024 au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. A E, directeur des migrations et de l'intégration à l'effet de signer notamment la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit être écarté.
8. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
9. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.
10. En quatrième lieu, les moyens découlant de cases cochées dans un formulaire type sans aucune précision complémentaire et tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît le principe du respect des droits de la défense, est entachée d'une erreur de droit et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ne sont pas assortis de précisions suffisantes permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
12. S'il est constant que M. D C réside en France depuis sa minorité, qu'il a vécu la plus grande partie de sa vie en France, qu'il est le père de trois enfants résidant habituellement sur le territoire national, il est également constant, comme le fait valoir la préfète en défense, que l'intéressé a fait l'objet de seize condamnations pénales dont quinze à de la prison ferme entre 2002 et 2024, pour un total de quatre-vingt-dix-huit mois d'emprisonnement, soit plus de huit années. Par ailleurs, il ne démontre pas exercer une activité professionnelle, ne justifie d'aucune intégration particulière en France et n'établit pas être dépourvu de toutes attaches familiales et personnelles dans son pays d'origine. S'il fait valoir que ses parents résident en France, il n'a pas vocation à vivre avec eux. Il n'établit pas non plus à la date de la décision attaquée contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, ni ne justifie de la réalité et l'intensité de ses liens avec eux alors qu'il est en détention. Dans ces circonstances, eu égard au caractère récent des faits pour lesquels M. D C, a été condamné par la juridiction répressive, au nombre de condamnations pénales dont il a fait l'objet et au risque important de récidive, la préfète a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer que sa présence en France constituait une menace actuelle à l'ordre public suffisamment grave pour que la mesure d'éloignement litigieuse ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts d'intérêt public en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation formulées par M. D C doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1 : M. D C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D C, à Me Ettedgui et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 août 2024.
La magistrate désignée,
V. KlipfelLa greffière,
G. Trinité
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
G. Trinité
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026