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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2405621

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2405621

jeudi 27 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2405621
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantGRÜN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 31 juillet 2024 sous le n° 2405621, Mme A D, représentée par Me Grün, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 juillet 2024 par lequel le préfet de la Moselle a retiré son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office, et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an ; subsidiairement, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, subsidiairement une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ; à défaut, de lui enjoindre de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 900 euros à verser à son avocate en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision de retrait de son attestation de demande d'asile est insuffisamment motivée et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français a été signée par une personne non habilitée à cette fin ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendue ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- il a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- en l'obligeant à quitter le territoire français alors que son recours est pendant devant le Cour nationale du droit d'asile, le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 6§1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision relative au délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la mesure d'éloignement doit être suspendue en application des articles L. 752-5 et L. 743-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 décembre 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 novembre 2024.

II. Par une requête enregistrée le 31 juillet 2024 sous le n° 2405622, M. E, représenté par Me Grün, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 juillet 2024 par lequel le préfet de la Moselle a retiré son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an ; subsidiairement, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, subsidiairement une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ; à défaut, de lui enjoindre de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 900 euros à verser à son avocate en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision de retrait de son attestation de demande d'asile est insuffisamment motivée et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français a été signée par une personne non habilitée à cette fin ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendue ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- il a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- en l'obligeant à quitter le territoire français alors que son recours est pendant devant le Cour nationale du droit d'asile, le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 6§1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision relative au délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la mesure d'éloignement doit être suspendue en application des articles L. 752-5 et L. 743-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 décembre 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 novembre 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

M. Rees a lu son rapport lors de l'audience publique, où aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées, nos 2405621 et 2405622, sont présentées par un couple d'étrangers et portent sur des décisions relatives à leur séjour en France. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".

3. Par deux décisions du 25 novembre 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé l'aide juridictionnelle totale aux requérants. Par suite, leurs conclusions tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet.

Sur les décisions de retrait des attestations de demande d'asile :

4. En premier lieu, les arrêtés contestés énoncent les considérations de fait et de droit sur lesquelles le préfet s'est fondé pour retirer à chacun des requérants son attestation de demande d'asile. Ils sont ainsi régulièrement motivés.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 () ". Aux termes de son article L. 531-24 : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : / 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 ; () ". Aux termes de son article L. 542-3 : " Lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 ou L. 542-2, l'attestation de demande d'asile peut être () retirée () ".

6. Les requérants étant ressortissants de la Géorgie, pays d'origine sûr, leurs demandes d'asile ont été examinées en procédure accélérée et leur droit au maintien sur le territoire français a pris fin lorsque l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté leurs demandes. La circonstance qu'ils aient formé un recours contre ces décisions devant la Cour nationale du droit d'asile ne saurait, par elle-même, suffire à établir que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en procédant au retrait de leurs attestations de demande d'asile sans attendre qu'elle se prononce.

Sur les obligations de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, le directeur adjoint de l'immigration et de l'intégration de la préfecture était, en l'absence ou l'empêchement du directeur de l'immigration et de l'intégration, habilité à signer les décisions contestées en vertu d'une délégation de signature consentie par le préfet de la Moselle par arrêté du 14 mai 2024, régulièrement publié. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur de l'immigration et de l'intégration n'était pas absent ou empêché. Les décisions contestées ont donc été régulièrement signées par son adjoint.

8. En deuxième lieu, les arrêtés contestés énoncent les considérations de fait et de droit sur lesquelles le préfet s'est fondé pour faire obligation aux requérants de quitter le territoire français. Ils sont ainsi régulièrement motivés.

9. En troisième lieu, la motivation des arrêtés contestés permet de vérifier que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation de chacun des requérants.

10. En quatrième lieu, le droit d'être entendu, partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, qui se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, ne saurait être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise après que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou si l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du défaut de reconnaissance de cette qualité ou de ce bénéfice. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu à l'occasion de l'examen de sa demande de reconnaissance de sa qualité de réfugié. Lorsqu'il sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection internationale, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, l'intéressé ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de la reconnaissance de la qualité de réfugié, n'impose pas à l'autorité administrative de le mettre à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus définitif de reconnaissance de la qualité de réfugié ou de l'octroi du bénéfice de la protection subsidiaire.

11. Les obligations de quitter le territoire en litige ayant été prises sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après le rejet des demandes d'asile des requérants, l'administration n'avait pas à le mettre à même de présenter spécifiquement des observations sur cette mesure. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que les requérants aient été privés de la possibilité de présenter des éléments pertinents susceptibles d'avoir une influence sur le contenu des décisions en litige. Dans ces conditions, ils ne sont pas fondés à soutenir que leur droit à être entendus a été méconnu.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. Mme D et M. C, ressortissants géorgiens nés respectivement en 1952 et 1951, sont entrés en France en avril 2022, soit à peine plus de deux ans avant les arrêtés contestés. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils y possèdent d'autre attache que l'un l'autre ou qu'ils s'y soient particulièrement intégrés, ni qu'ils soient dépourvus de toute attache dans leur pays d'origine, où ils vivaient avant de venir en France. Dans ces conditions, ils ne sont pas fondés à soutenir que le préfet a porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a décidé de les obliger à quitter le territoire français. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit donc être écarté.

14. En sixième lieu, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de ses décisions sur la situation personnelle des requérants n'est assorti d'aucune précision, ce qui ne permet pas au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

15. En septième lieu, les stipulations de l'article 6 § 1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'étant pas applicables aux décisions contestées, les moyens tirés de leur méconnaissance ne peuvent qu'être écartés.

Sur les décisions relatives au délai de départ volontaire :

16. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas () ".

17. Il résulte de ces dispositions que le préfet n'a pas à motiver spécifiquement les raisons pour lesquelles il n'accorde pas un délai supérieur au délai de droit commun de trente jours lorsque l'étranger n'en a pas sollicité le bénéfice. Les requérants ne soutenant même pas avoir sollicité un délai de départ plus long, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions contestées ne peut qu'être écarté.

18. En second lieu, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de ses décisions sur la situation personnelle des requérants n'est assorti d'aucune précision, ce qui ne permet pas au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

Sur les décisions fixant le pays de destination :

19. En premier lieu, les arrêtés contestés énoncent les considérations de fait et de droit sur lesquelles le préfet s'est fondé pour fixer le pays à destination duquel les requérants pourront être éloignés. Ils sont ainsi régulièrement motivés.

20. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est assorti d'aucune précision quant aux risques encourus par les requérants en cas de retour dans leur pays, ce qui ne permet pas au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

Sur les interdictions de retour sur le territoire français :

21. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

22. En premier lieu, il ressort des énonciations des arrêtés contestés que le préfet a régulièrement motivé ses décisions au regard de chacun des quatre critères fixés à l'article L. 612-10 précité, ce qui permet, en outre, de vérifier qu'il s'est prononcé sur chacun d'entre eux et n'a, ainsi, commis aucune erreur de droit.

23. En second lieu, pour les mêmes raisons que celles indiquées aux points 13 et 14, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.

Sur la suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français :

24. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ".

25. Les requérants n'apportent aucun élément sérieux de nature à justifier leur maintien sur le territoire durant l'examen des recours qu'ils ont formés devant la Cour nationale du droit d'asile.

26. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D et M. C, ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions aux fins d'injonction, d'astreinte et d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, et pour le reste leurs conclusions à fin de suspension, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme D et M. C tendant à l'attribution de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes susvisées est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et M. B C, au préfet de la Moselle et à Me Grün. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Rees, président,

Mme Dobry, première conseillère,

Mme Poittevin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2025.

Le rapporteur,

P. REES L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

S. DOBRY

La greffière,

V. IMMELÉ

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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