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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2405698

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2405698

mercredi 21 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2405698
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantETTEDGUI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a rejeté la requête de M. C, ressortissant libyen, contestant l'arrêté du préfet de la Moselle du 23 juillet 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de cinq ans. Le tribunal a écarté les moyens d’incompétence et d’insuffisance de motivation, et a jugé que la décision ne méconnaissait pas l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, faute pour le requérant d’établir la continuité de sa présence en France ou l’existence d’attaches privées et familiales solides. La solution retenue est le rejet de l’ensemble des conclusions de la requête, y compris la demande de frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 juillet 2024, M. A C, représenté par Me Rosa, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 juillet 2024 par lequel le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans et a décidé en conséquence de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'erreur d'appréciation s'agissant de la menace qu'il représente pour l'ordre public ;

- est entachée d'erreur d'appréciation s'agissant du risque de fuite ;

la décision fixant le pays de destination :

- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire ;

- est entachée d'erreur d'appréciation quant aux circonstances humanitaires dont il justifie ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 août 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Dobry en application des articles L. 614-3, L. 921-1 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dobry, magistrate désignée ;

- les observations de Me Zimmermann, substituant Me Rosa, avocat de M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- les observations de M. C, assisté de Mme D, interprète en langue arabe.

Le préfet de la Moselle, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant libyen né le 10 décembre 1996, a fait l'objet d'un arrêté pris le 23 juillet 2024, qu'il conteste par la présente requête, par lequel le préfet de la Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par un arrêté du 14 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Moselle le 15 mai 2024, le préfet de la Moselle a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de M. E, directeur de l'immigration et de l'intégration, à Mme B, cheffe du bureau de l'éloignement et de l'asile, à l'effet de signer les actes relevant du bureau de l'éloignement et de l'asile. Dès lors qu'il n'est pas établi que M. E n'aurait pas été absent ou empêché à la date de la décision contestée, le moyen tiré de l'incompétence de son auteure doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision contestée comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, s'agissant notamment de la situation personnelle de M. C, ce nonobstant une erreur de nom dans l'arrêté. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, par suite, être écarté.

4. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. C soutient être entré en France en 2014 en tant qu'étudiant, s'y être maintenu depuis lors et y avoir désormais toutes ses attaches. La seule production d'un certificat de scolarité par an entre 2015 et 2020, attestant de son inscription à l'université pour ces années-là, et de bulletins de salaire pour une période de huit mois en 2023, ne permet toutefois pas d'établir la continuité de sa présence sur le territoire depuis 2014. M. C ne produit par ailleurs aucun élément relatif aux liens qu'il serait susceptible d'avoir noués sur le territoire. Par suite, il n'établit pas qu'il aurait désormais en France le centre de ses intérêts privés et familiaux et il n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées ne peut dès lors qu'être écarté.

Sur la légalité de la décision refusant un délai de départ volontaire :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision refusant un délai de départ volontaire devrait être annulée, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". En outre, l'article L. 612-3 dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il () ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

8. Pour caractériser la menace pour l'ordre public que constituerait le comportement du requérant, le préfet de la Moselle se borne à relever qu'il a fait l'objet d'un placement en détention provisoire pour des faits d'abus de biens sociaux. En l'absence de toute autre mise en cause de M. C dans une procédure pénale et de toute précision quant aux faits ayant justifié son placement en détention provisoire, cette circonstance, si elle permet de retenir l'existence d'indices graves ou concordant de la commission par M. C des faits qui lui sont reprochés, est insuffisante à considérer par elle-même que son comportement constituerait une menace pour l'ordre public.

9. En revanche, M. C ne conteste pas s'être soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement, et la production d'une attestation d'hébergement, à une adresse différente de celle apparaissant sur ses bulletins de salaire, ne suffit pas à établir qu'il disposera d'une résidence effective et stable lors de sa mise en liberté. Par suite, le préfet de la Moselle n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en retenant qu'il existait un risque que M. C se soustraie à la décision d'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet.

10. Il résulte de l'instruction que le préfet de la Moselle, s'il n'avait pas inexactement retenu que le comportement du requérant constituait une menace pour l'ordre public, aurait pris la même décision de refus de délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-2 précité n'est pas de nature à entraîner l'annulation de la décision contestée.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

11. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour devrait être annulée, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire, ne peut qu'être écarté

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ".

14. Aucune des circonstances invoquées par M. C n'est susceptible de caractériser une circonstance humanitaire au sens des dispositions précitées. Le moyen tiré de leur méconnaissance doit dès lors être écarté.

15. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C aux fins d'annulation de l'arrêté du 23 juillet 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 août 2024.

La magistrate désignée,

S. DobryLa greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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