mercredi 28 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2405910 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SELARL CHAVKHALOV |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 9 et 13 août 2024, M. A C, représenté par Me Chavkhalov, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 juillet 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a retiré sa carte de résident, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a prononcé une interdiction de retour en France pour une durée de cinq ans et a procédé à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'informations Schengen ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou subsidiairement de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros hors taxe à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la compétence du signataire de l'arrêté attaqué n'est pas établie ;
Sur la décision portant retrait de la carte de résident :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant retrait de la carte de résident ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 432-12 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît le principe de non-refoulement des réfugiés ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît le principe de non-refoulement des réfugiés ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa durée ;
Sur la décision portant signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 août 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Vicard en application des articles L. 614-3, L. 921-1 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Vicard, magistrate désignée ;
- et les observations de Me Chavkhalov, avocat de M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens, en insistant d'une part sur l'erreur de droit entachant la décision de retrait de la carte de résident, en ce qu'elle aurait dû être fondée sur les dispositions de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non sur celles de l'article L. 424-6, d'autre part sur l'erreur de droit entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français en ce que l'article L. 432-12 du code précité exclut l'application de l'article L. 611-1 aux retraits de carte de résident fondés sur l'article L. 432-4 ;
- et les observations de M. C, qui indique regretter ses antécédents judiciaires et souhaiter désormais fonder une famille et construire son avenir en France.
La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant russe né en 1997, est entré en France le 27 janvier 2012, à l'âge de 14 ans en compagnie de ses parents, reconnus réfugiés par la Cour nationale du droit d'asile le 6 octobre 2014. M. C a été maintenu dans sa qualité de réfugié à titre personnel par une décision de l'Office français des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 27 janvier 2017. Par une décision du 26 mars 2024, l'OFPRA a mis fin au statut de réfugié de M. C. Le recours formé contre cette décision a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile le 7 juin 2024. Par un arrêté du 30 juillet 2024, dont le requérant demande l'annulation, la préfète du Bas-Rhin lui a retiré sa carte de résident valable jusqu'au 8 mars 2027, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour en France pour une durée de cinq ans et a procédé à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. C à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la compétence du signataire de l'arrêté attaqué :
4. Par un arrêté du 4 juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin du 5 juillet 2024, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. B, directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer tous les actes relevant des attributions dévolues à cette direction, à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figurent pas les décisions contestées. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
En ce qui concerne la décision portant retrait de la carte de résident :
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, qui protègent d'une atteinte disproportionnée le droit au respect de la vie privée et familiale, l'étranger qui invoque la protection due à ce droit doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
6. M. C se prévaut de l'ancienneté de sa présence en France, de l'intensité de ses liens familiaux sur le territoire français et conteste constituer une menace grave pour l'ordre public en raison de ses condamnations pénales. Il est constant que l'intéressé, entré en France le 27 janvier 2012 en compagnie de ses parents, alors qu'il était âgé de quatorze ans, est présent sur le territoire depuis plus de douze ans et y a séjourné régulièrement depuis le 6 octobre 2014, date à laquelle ses parents ont obtenu le statut de réfugiés, avant qu'il n'obtienne lui-même une carte de résident le 9 mars 2017. S'il se prévaut de la présence sur le territoire français de ses parents, de ses quatre frères et de sa sœur, il n'apporte cependant aucun élément de nature à justifier qu'il entretiendrait avec eux des liens stables et intenses. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait noué des liens forts avec la France et qu'il serait dépourvu de toute attache dans son pays d'origine, où résident deux tantes et des cousines paternelles avec lesquelles il a déclaré avoir conservé des contacts occasionnels. Par ailleurs, la seule production aux débats d'un contrat de travail à durée indéterminée conclu le 14 juin 2024 en qualité de peintre en bâtiment et d'un bulletin de paie du mois de juillet 2024 ne permettent pas, au regard du caractère très récent de ce contrat, de justifier d'une insertion professionnelle réelle et significative. Enfin, il ressort d'un extrait de son casier judiciaire que M. C a été condamné au moins à dix reprises entre mai 2017 et septembre 2023, et notamment en 2017 à une peine de huit mois d'emprisonnement, dont le sursis a été totalement révoqué, pour des faits de violence commis en réunion suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, à une peine de quinze mois d'emprisonnement en 2019 pour des faits, commis en récidive, de vol avec violence n'ayant pas entraîné une incapacité totale de travail, à une peine de huit mois d'emprisonnement en 2019 pour des faits, commis en récidive, d'extorsion par violence, menace ou contrainte de signature, et à une peine de quinze mois d'emprisonnement en septembre 2023 pour des faits de vol, commis en récidive, avec violence n'ayant pas entraîné une incapacité totale de travail. Dans ces conditions, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et au regard de la nature, de la gravité, du nombre et de la réitération des faits pour lesquels le requérant a été condamné, commis jusqu'à une période très récente et qui doivent être pris en compte pour apprécier son insertion dans la société française, la décision attaquée n'a pas porté au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant retrait de la carte de résident, ne peut qu'être écarté.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / ; 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ". Aux termes de l'article L. 424-6 de ce code : " Lorsqu'il est mis fin au statut de réfugié par décision définitive de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou par décision de justice ou lorsque l'étranger renonce à ce statut, la carte de résident prévue aux articles L. 424-1 et L. 424-3 est retirée. (). Sous réserve de menace grave à l'ordre public ou que l'intéressé ne soit pas retourné volontairement dans le pays qu'il a quitté ou hors duquel il est demeuré de crainte d'être persécuté, la carte de résident ne peut être retirée en application du premier alinéa quand l'étranger est en situation régulière depuis au moins cinq ans. ". Et aux termes de l'article L. 432-4 du même code : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. Une carte de résident ou la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " peut, par décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public. ". Enfin, aux termes de l'article L. 432-12 du code précité : " L'article L. 611-1 n'est pas applicable lorsque l'étranger titulaire d'une carte de résident se voit : / () / 2° Retirer sa carte de résident en application de l'article L. 432-4. ".
9. Les dispositions de l'article L. 424-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile régissent spécifiquement les conditions de retrait de la carte de résident de l'étranger, dont le statut de réfugié a pris fin. Il résulte de ces dispositions, qui ne contiennent aucun renvoi à l'article L. 432-4 du code précité régissant de manière générale les conditions de retrait des titres de séjour, que la carte de résident de l'étranger, dont le statut de réfugié a pris fin notamment par une décision définitive de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, ne peut être retirée quand l'étranger est en situation régulière depuis au moins cinq ans, sauf en cas de menace grave à l'ordre public.
10. En l'espèce, il est constant que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a mis fin au statut de réfugié de M. C par une décision du 26 mars 2024, devenue définitive, et que le requérant était en situation régulière sur le territoire français depuis au moins cinq ans. Il ressort de l'arrêté litigieux que pour lui retirer sa carte de résident, la préfète du Bas-Rhin a considéré que la présence de l'intéressé sur le territoire français représentait une menace grave à l'ordre public, au regard de ses antécédents judiciaires, tels que décrits au point 6. Dans ces conditions, en fondant sa décision sur le fondement de l'article L. 424-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète n'a pas commis d'erreur de droit. Elle n'a pas davantage méconnu, en édictant sa décision faisant obligation au requérant de quitter le territoire français, les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que l'article L. 432-12 de ce même code n'exclut pas leur application aux cas de retrait d'une carte de résident fondés sur les dispositions de l'article L. 424-6. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 432-12 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doivent être écartés.
11. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
12. D'une part, il appartient à l'étranger qui conteste son éloignement de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure incriminée était mise à exécution, il serait exposé à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou aux articles 4 et 19 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Toutefois, ainsi qu'il ressort de l'arrêt du 15 avril 2021 de la Cour européenne des droits de l'homme K.I. contre France (n° 5560/19), le fait que la personne ait la qualité de réfugié est un élément qui doit être particulièrement pris en compte par les autorités. Dès lors, la personne à qui le statut de réfugié a été retiré, mais qui a conservé la qualité de réfugié, ne peut être éloignée que si l'administration, au terme d'un examen approfondi de sa situation personnelle prenant particulièrement en compte cette qualité, conclut à l'absence de risque pour l'intéressé de subir un traitement prohibé par les stipulations précitées dans le pays de destination.
13. D'autre part, ainsi qu'il ressort de l'arrêt du 15 février 2024 de la Cour européenne des droits de l'homme U. contre France (n° 53254/20) concernant la situation générale dans la région du Nord-Caucase, bien que soient rapportées de graves violations des droits de l'homme en Tchétchénie, la situation n'est pas telle que tout renvoi en Fédération de Russie constituerait une violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, la protection offerte par l'article 3 ne peut entrer en jeu que si le requérant est en mesure d'établir qu'il existe des motifs sérieux de croire qu'il présenterait un intérêt tel pour les autorités qu'il serait susceptible d'être détenu et interrogé par celles-ci à leur retour. Ainsi, l'autorité administrative doit déterminer si le renvoi du requérant en Fédération de Russie entraînerait, dans le cas particulier de l'espèce, un risque réel de mauvais traitements au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'appréciation du risque pour le requérant doit se faire sur une base individuelle tout en gardant à l'esprit le fait que les personnes présentant un profil correspondant à certaines catégories de la population du Nord-Caucase et plus spécialement de Tchétchénie, d'Ingouchie ou du Daghestan telles que les membres de la lutte armée de la résistance tchétchène, les personnes considérées par les autorités comme tels, leurs proches, les personnes les ayant assistés d'une manière ou d'une autre, les civils contraints par les autorités à collaborer avec elles ainsi que les personnes soupçonnées ou condamnées pour des faits de terrorisme, sont plus susceptibles que les autres d'attirer l'attention des autorités. À ce titre, s'il appartient en principe au requérant de produire des éléments susceptibles de démontrer qu'il existe des raisons sérieuses de penser qu'en cas d'exécution de la mesure d'éloignement incriminée, il serait exposé à un risque réel de subir des traitements contraires à l'article 3 précité, lorsque de tels éléments sont soumis, il incombe à l'autorité administrative de dissiper les doutes éventuels à ce sujet.
14. Si le requérant soutient que l'administration n'a pas procédé à un examen approfondi de sa situation personnelle prenant particulièrement en compte sa qualité de réfugié, il ressort des termes mêmes de l'arrêté litigieux que la préfète du Bas-Rhin, constatant qu'il avait conservé cette qualité en dépit de la perte du statut de réfugié, a relevé qu'aucun élément de son dossier ne permettait de considérer que " les problèmes " rencontrés par son père avec les autorités tchétchènes, seraient encore d'actualité, douze ans après leur départ de Russie, que le requérant ne soutenait ni même n'alléguait figurer sur la liste des personnes recherchées par les autorités russes pour des activités terroristes ou extrémistes, que par ailleurs aucune information sensible sur son profil, et notamment sur son passé judiciaire et son ancien statut de réfugié, n'a été communiquée aux autorités russes, qu'il n'a fait l'objet d'aucune demande d'extradition, qu'enfin rien ne démontre qu'il ferait l'objet d'une procédure judiciaire en Russie ou que les autorités russes manifesteraient un intérêt particulier pour lui. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'administration n'aurait pas procédé à un examen approfondi de sa situation personnelle au regard de sa qualité de réfugié et aurait, par suite, méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que le principe de non- refoulement des réfugiés. Ce moyen ne peut dès lors qu'être écarté.
15. En quatrième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux expliqués au point 6 du présent jugement, le moyen dirigé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
17. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux expliqués aux points 11 à 14 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que du principe de non-refoulement des réfugiés, doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
18. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, ne peut qu'être écarté.
19. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
20. Il résulte de ces dispositions que lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
21. M. C soutient que la préfète du Bas-Rhin n'a pas tenu compte de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France ni de ses liens familiaux. Il ressort toutefois des termes mêmes de la décision contestée que pour fixer à cinq ans la durée de l'interdiction de retour prononcée à l'encontre du requérant, la préfète du Bas-Rhin a pris en compte la durée de sa présence en France, soit douze ans à la date de la décision attaquée, l'existence de liens limités à ses parents, qui sont présents sur le territoire, l'absence d'insertion dans la société française et la menace pour l'ordre public que constitue sa présence en France. Dans le cadre de l'instance, le requérant ne produit aucun élément de nature à démontrer qu'il entretiendrait avec les membres de sa famille présents sur le territoire des liens stables et intenses. Il ne justifie pas davantage, par la seule production aux débats d'un contrat de travail à durée indéterminée conclu le 14 juin 2024 et d'un bulletin de paie du mois de juillet 2024, d'une insertion professionnelle réelle et significative. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait noué des liens particulièrement forts avec la France. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :
22. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
23. En second lieu, aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire. ".
24. Il résulte des dispositions précitées que le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen est la conséquence directe de la décision portant interdiction de retour. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation est inopérant.
25. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions du requérant tendant à l'annulation des décisions en litige doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Chavkhalov et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 août 2024.
La magistrate désignée,
C. VicardLa greffière,
G. Trinité
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
G. Trinité
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026