mercredi 21 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2405973 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5e chambre |
| Avocat requérant | SELARL CHAVKHALOV |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 août 2024, et un mémoire en réplique, enregistré le 20 août 2024, M. A C, représenté par Me Chavkhalov, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 juillet 2024 par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer a pris à son encontre une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du
10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'incompétence ;
- la décision, qui se contente d'affirmations générales, n'est pas suffisamment motivée ;
- le ministre de l'intérieur et des outre-mer a à tort considéré que son comportement constitue une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics, qu'il entretient des liens de manière habituelle avec des personnes ou organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme, et adhère à des thèses incitant à de tels actes, de sorte que l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure a été méconnu ;
- les éléments invoqués par le ministre dans sa décision reposent sur une erreur de fait, ainsi qu'en atteste par ailleurs le résultat négatif de la visite domiciliaire et de son véhicule ;
- les mesures de contrôle et de surveillance portent une atteinte particulièrement importante sur sa vie privée et familiales et sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 août 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.
Un mémoire en défense, enregistré le 19 août 2024, présenté par le ministre de l'intérieur et des outre-mer, justifie de la signature de la décision attaquée et de la délégation de signature de l'auteur de cette décision. Il n'a pas été communiqué à M. C en application des dispositions de l'article L. 773-9 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-le code de la sécurité intérieure ;
-le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de M. Pouget-Vitale, rapporteur ;
-les conclusions de Mme Milbach, rapporteure publique,
-les observations de Me Chavkhalov, avocat de M. C, qui formule une demande d'aide juridictionnelle provisoire, et insiste sur le fait que les accusations du ministre demeurent floues et ne sont aucunement étayées, que la visite domiciliaire n'a mis en évidence aucun élément suspect, que le voyage de M. C à Nice était exclusivement touristique, que M. C a toujours respecté la loi française depuis son entrée sur le territoire en 2019 et qu'il ne soutient aucune action terroriste.
-les observations de M. C.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application du deuxième alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 29 juillet 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé à l'encontre de M. C une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance régie par les articles L. 228-1 et suivants du code de la sécurité intérieure lui interdisant, pour une durée de trois mois, de se déplacer en dehors du territoire de la commune de Woippy, sauf autorisation, lui faisant obligation, pour une même durée, de se présenter une fois par jour au commissariat de police de Metz à 14h00, lui interdisant de se déplacer en dehors d'un périmètre géographique prédéfini, lui faisant obligation de justifier de son lieu d'habitation ainsi que de tout changement de celui-ci. Par sa requête, M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure : " Aux seules fins de prévenir la commission d'actes de terrorisme, toute personne à l'égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics et qui soit entre en relation de manière habituelle avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme, soit soutient, diffuse, lorsque cette diffusion s'accompagne d'une manifestation d'adhésion à l'idéologie exprimée, ou adhère à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes peut se voir prescrire par le ministre de l'intérieur les obligations prévues au présent chapitre ". L'article L. 228-2 du même code prévoit que : " Le ministre de l'intérieur peut, après en avoir informé le procureur de la République de Paris et le procureur de la République territorialement compétent, faire obligation à la personne mentionnée à l'article L. 228-1 de : / 1° Ne pas se déplacer à l'extérieur d'un périmètre géographique déterminé, qui ne peut être inférieur au territoire de la commune. La délimitation de ce périmètre permet à l'intéressé de poursuivre une vie familiale et professionnelle et s'étend, le cas échéant, aux territoires d'autres communes ou d'autres départements que ceux de son lieu habituel de résidence ; / 2° Se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, dans la limite d'une fois par jour, en précisant si cette obligation s'applique les dimanches et jours fériés ou chômés ; / 3° Déclarer son lieu d'habitation et tout changement de lieu d'habitation. / Les obligations prévues aux 1° à 3° du présent article sont prononcées pour une durée maximale de trois mois à compter de la notification de la décision du ministre () / La personne soumise aux obligations prévues aux 1° à 3° du présent article peut, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision, ou à compter de la notification de chaque renouvellement lorsqu'il n'a pas été fait préalablement usage de la faculté prévue au huitième alinéa, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision. Le tribunal administratif statue dans un délai de quinze jours à compter de sa saisine. Ces recours, dont les modalités sont fixées au chapitre III ter du titre VII du livre VII du code de justice administrative, s'exercent sans préjudice des procédures prévues au huitième alinéa du présent article ainsi qu'aux articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code. ".
5. Il résulte de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure que ces mesures doivent être prises aux seules fins de prévenir la commission d'actes de terrorisme et sont subordonnées à deux conditions cumulatives, la première tenant à la menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics résultant du comportement de l'intéressé, la seconde aux relations qu'il entretient avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme ou, de façon alternative, au soutien, à la diffusion ou à l'adhésion à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes.
6.
Pour prendre sa décision, le ministre de l'intérieur et des outre-mer, après avoir caractérisé la menace terroriste pesant sur le pays depuis plusieurs mois, a estimé que le comportement du requérant, son adhésion à l'islam radical et ses relations au sein de la mouvance radicale tchétchène justifiaient, dans le but de prévenir la commission d'actes de terrorisme perpétrés par la mouvance dite endogène, le prononcé d'une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance, comportant les obligations et interdictions mentionnées au point 1.
7. A l'appui de son appréciation, le ministre de l'intérieur et des outre-mer produit une note des services de renseignement, qui indique que M. C présente un profil radicalisé, en lien avec des individus pro-islamistes, dont certains concernés par une procédure judiciaire en lien avec le terrorisme, conduite par les autorités belges. Toutefois, d'une part, cette note ne contient aucun élément permettant de caractériser la nature, l'intensité et la fréquence des liens que le requérant entretiendrait avec de tels individus, et ne permet pas davantage de mettre en évidence une pratique rigoriste de la religion musulmane par M. C.
8. D'autre part, s'il est reproché au requérant d'avoir effectué courant juillet 2024 des repérages au niveau de la promenade des anglais à Nice, théâtre d'un attentat terroriste commis le 14 juillet 2016, aucun élément ne permet de considérer que le voyage de M. C dans cette commune aurait été mené dans un but autre que touristique, et ce alors que les photographies de ce voyage produites par le requérant ne révèlent rien d'anormal. A ce titre, si la note des services de renseignement indique que " l'étude de l'empreinte numérique de l'entourage du requérant permet de détecter un intérêt inhabituel pour l'attentat de Nice ", ces constatations, qui concernent l'entourage de M. C, demeurent vagues. De même, la note des services de renseignement n'explicite pas en quoi les photographies prises par le requérant d'un lieu " à plus de dix kilomètres de son domicile ", sans plus de précision, constitueraient une action de repérage.
9. Enfin, s'il est reproché au requérant d'avoir un lien avec M. B, ressortissant russe faisant l'objet d'une interdiction d'entrée et de séjour sur le territoire français prise le 22 mai 2024, en application de l'article L. 321-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort de cette décision que cet individu ne réside pas sur le territoire français, et il n'est ni établi ni même allégué que la visite domiciliaire effectuée chez M. C, qui a consisté en une fouille à l'issue infructueuse de son domicile, de son véhicule et des téléphones portables et tablette de la famille, aurait mis en évidence des échanges récents entre cet individu et M. C, ni même entre le requérant et un des individus mentionnés au point 7.
10. Compte tenu de ce qui précède, il n'est pas établi que le comportement de M. C, dont il est constant qu'il n'a fait l'objet d'aucune condamnation ni même procédure judiciaire, représente une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics. Il n'est pas davantage établi que le requérant entretient des relations avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme ou qu'il soutient, diffuse ou adhère à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou qu'il fait l'apologie de tels actes. Il s'ensuit qu'en prenant contre le requérant une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance en se fondant sur des faits non suffisamment établis, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a commis une erreur d'appréciation.
11. Il s'ensuit que l'arrêté du 29 juillet 2024 doit, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, être annulé.
Sur les frais liés au litige :
12. M. C a obtenu, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve de l'admission définitive du requérant à l'aide juridictionnelle et que Me Chavkhalov renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Chavkhalov de la somme de 1 500 euros. Dans l'hypothèse où M. C ne serait pas admis à l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera versée directement.
DECIDE :
Article 1er : M. C est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 29 juillet 2024 du ministre de l'intérieur et des outre-mer est annulé.
Article 3 : L'Etat versera à Me Chavkhalov, conseil de M. C, la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C, la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros sera versée directement à ce dernier.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Metz.
Délibéré après l'audience du 20 août 2024, à laquelle siégeaient :
M. Victor Pouget-Vitale, premier conseiller, présidant la formation de jugement en application de l'article R. 222-17 du code de justice administrative,
M. Alexandre Therre, premier conseiller,
Mme Sabine Dobry, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 août 2024.
Le rapporteur, faisant fonction
de président,
V. Pouget-Vitale
L'assesseur le plus ancien,
A. Therre
Le greffier,
C. Bohn
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026