mardi 10 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2406252 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | AARPI L'ILL LÉGAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 22 et 27 août 2024, M. E D, représenté par Me Thalinger, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 2 août 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités suédoises, responsables de l'examen de sa demande d'asile ainsi que l'arrêté du même jour par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a assigné à résidence dans le département du Bas-Rhin pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer un formulaire de demande d'asile, sous astreinte de 155 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros hors taxe en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, cette somme devant lui être versée en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
Sur la décision de transfert :
- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;
- il n'a pas bénéficié, dans une langue qu'il comprend, de l'information prévue par les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il n'a pas bénéficié d'un entretien individuel confidentiel, en présence d'un interprète et d'un agent qualifié, conformément aux dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ; les autorités suédoises ayant été saisies et accepté sa reprise en charge avant l'entretien, ces mêmes dispositions ont été méconnues dès lors que l'entretien a pour objet de faciliter la détermination de l'Etat responsable ;
- la décision attaquée, qui ne procède pas d'un examen particulier de sa situation, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est également entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation dès lors que l'arrêté attaqué mentionne que le seul fait que les autorités suédoises ont accepté de le reprendre en charge n'établit pas qu'elles le renverront vers son pays d'origine sans lui laisser préalablement la possibilité de solliciter le réexamen de sa demande d'asile, alors qu'il avait informé la préfecture de ce qu'il avait sollicité à deux reprises le réexamen de sa demande d'asile et que les autorités suédoises avaient pris à son encontre une décision d'éloignement ; la préfète aurait dû faire usage des dispositions de l'article 34 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et solliciter des autorités suédoises des informations sur l'état de la procédure de sa demande d'asile et vérifier leur intention d'exécuter la décision d'éloignement prise à son encontre vers l'Afghanistan ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013
du 26 juin 2013 ;
- elle méconnaît par ricochet les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les stipulations de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
Sur la décision d'assignation à résidence :
- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité qui affecte la décision de transfert ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 août 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
La préfète fait valoir que les moyens invoqués par M. D sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouzar en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bouzar, magistrat désigné ;
- les observations de Me Thalinger, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;
- et les observations de M. D, assisté de M. B, interprète en langue dari.
La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente, ni représentée.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant afghan né en 2000, a sollicité en France la reconnaissance de la qualité de réfugié. La consultation du fichier Eurodac a permis d'établir que l'intéressé avait préalablement sollicité l'asile auprès des autorités allemandes et suédoises. Ces autorités ont été saisies le 15 avril 2024 d'une demande de reprise en charge à laquelle les autorités suédoises ont donné leur accord le 22 avril 2024. Par deux arrêté du 23 mai 2024, la préfète du Bas-Rhin a ordonné le transfert de M. D aux autorités suédoises, responsables de l'examen de sa demande d'asile et l'a assigné à résidence. Par un jugement du 14 juin 2024, la magistrate désignée du tribunal a annulé l'arrêté ordonnant son transfert ainsi que, par voie de conséquence, l'arrêté d'assignation à résidence, au motif qu'il n'était pas établi que l'entretien dont avait bénéficié
M. D avait été mené par une personne qualifiée en vertu du droit national au sens de
l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Après réexamen de sa situation, par un nouvel arrêté du 2 août 2024, la préfète du Bas-Rhin a ordonné à nouveau le transfert de M. D aux autorités suédoises, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Par un arrêté du même jour, la préfète du Bas-Rhin l'a assigné à résidence dans le département du Bas-Rhin pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. D demande au tribunal de prononcer l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. D, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur l'arrêté de transfert :
4. En premier lieu, par un arrêté du 4 juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin le 5 juillet 2024, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de M. G, directeur des migrations et de l'intégration, à Mme C, cheffe du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière et en cas d'absence ou d'empêchement de cette dernière, à Mme A F, cheffe du pôle régional Dublin, à l'effet de signer les décisions prises en application de la procédure Dublin. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. G et Mme C n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté.
5. En deuxième lieu, l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride dispose que : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. / 3. La Commission rédige, au moyen d'actes d'exécution, une brochure commune ainsi qu'une brochure spécifique pour les mineurs non accompagnés, contenant au minimum les informations visées au paragraphe 1 du présent article. Cette brochure commune comprend également des informations relatives à l'application du règlement (UE)
n° 603/2013 et, en particulier, à la finalité pour laquelle les données relatives à un demandeur peuvent être traitées dans Eurodac. () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que, lors du dépôt de la demande d'asile de M. D, le 5 mars 2024, ce dernier s'est vu remettre les brochures " A. J'ai demandé l'asile dans l'UE - quel pays sera responsable de ma demande d'asile ' " et " B. Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", comportant l'ensemble des informations prévues à l'article 4
du règlement (UE) n° 604/2013 ainsi que le guide du demandeur d'asile. Tous ces documents étaient rédigés en langue persane et dari, que le requérant parle et comprend. Ainsi, M. D n'est pas fondé à soutenir que les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 auraient été méconnues.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () / 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. /
6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type () ".
8. S'il ne résulte ni des dispositions précitées ni d'aucun principe que devrait figurer sur le compte-rendu de l'entretien individuel la mention de l'identité de l'agent qui a mené l'entretien, il appartient à l'autorité administrative, en cas de contestation sur ce point, d'établir par tous moyens que l'entretien a bien, en application des dispositions précitées de l'article 5.5 du règlement du 26 juin 2013, été " mené par une personne qualifiée en vertu du droit national ".
9. D'une part, M. D a bénéficié d'un nouvel entretien individuel auprès des services de la préfecture du Bas-Rhin, le 19 juillet 2024, conduit en persan, que l'intéressé parle et comprend. Si le compte-rendu de l'entretien ne mentionne pas le nom et la qualité de l'agent l'ayant mené, il indique néanmoins qu'il a été réalisé par une personne qualifiée en vertu du droit national, dont font nécessairement partie les agents recevant les étrangers au sein du guichet unique des demandeurs d'asile de la préfecture du Bas-Rhin. Ce compte-rendu comporte, en outre,
la signature et les initiales de l'agent ayant conduit l'entretien de M. D, revêtue du cachet de la préfecture du Bas-Rhin. M. D n'apporte aucun élément susceptible de sérieusement remettre en cause de telles indications et de faire douter du respect des exigences posées par les dispositions précitées de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013.
10. D'autre part, la circonstance que le nouvel entretien se soit déroulé après que les autorités suédoises ont donné leur accord à la reprise en charge du requérant ne s'explique que par l'annulation du premier arrêté de transfert dont a été l'objet le requérant, ainsi qu'exposé au point 1. Il n'en résulte aucune méconnaissance des dispositions précitées de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 34 du règlement (UE) n° 604/2013 :
" 1. Chaque Etat membre communique à tout Etat membre qui en fait la demande les données à caractère personnel concernant le demandeur qui sont adéquates, pertinentes et raisonnables pour : / a) la détermination de l'Etat membre responsable ; / b) l'examen de la demande de protection internationale ; / c) la mise en œuvre de toute obligation découlant du présent règlement. / Les informations visées au paragraphe 1 ne peuvent porter que sur : / () / g) la date d'introduction d'une éventuelle demande de protection internationale antérieure, la date d'introduction de la demande actuelle, l'état d'avancement de la procédure et, le cas échéant, la teneur de la décision prise ".
12. Si M. D soulève le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 34 du règlement (UE) n° 604/2013 au motif que la préfète du Bas-Rhin n'aurait pas interrogé les autorités suédoises sur leur intention de l'éloigner à destination de l'Afghanistan,
un tel moyen est cependant inopérant dès lors que les dispositions de cet article, qui ouvrent aux États membres la faculté de se communiquer mutuellement des informations relatives aux demandeurs de protection internationale, ne permettent pas à ces demandeurs d'exiger cette communication. De plus, si M. D soutient qu'il avait informé la préfète du Bas-Rhin des décisions successives des autorités suédoises rejetant ses demandes d'asile ainsi que les recours exercés contre ces décisions, il ressort des pièces du dossier que le courriel rédigé en ce sens pour solliciter des services de la préfecture l'application de l'article 17 du règlement, leur a été a adressé le 8 août 2024, soit postérieurement à la date de signature de l'arrêté attaqué, date à laquelle il convient de se placer pour apprécier sa légalité. S'il soutient également avoir évoqué ces éléments dans le cadre de la précédente instance ayant donné lieu au jugement du 14 juin 2024 mentionné au point 1, il ne produit cependant aucun élément pour l'établir, en particulier le jeu d'écritures alors produit devant la magistrate désignée. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir qu'en n'en faisant pas mention dans l'arrêté, la préfète du Bas-Rhin n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation.
13. En cinquième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 :
" 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ". La faculté laissée à chaque Etat membre, par l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 précité, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
14. Il ressort des pièces du dossier que M. D a vu sa demande d'asile présentée en Suède le 20 janvier 2016 rejetée par les autorités de ce pays, ainsi que sa demande de réexamen formulée le 22 juillet 2020. M. D a introduit une nouvelle demande d'asile en Suède
le 7 novembre 2022, qui a également été rejetée. Une décision d'éloignement a été prise à son encontre, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire suédois de deux ans, décision devenue définitive le 12 décembre 2023. Sa demande de titre de séjour l'autorisant à travailler a également été rejetée. Enfin, il a été convoqué le 16 janvier 2024 par l'office des migrations pour l'exécution de son éloignement vers l'Afghanistan.
15. Il ressort également des pièces du dossier que M. D, appartenant à l'ethnie Hazara, soutient courir des risques de persécution dans son pays d'origine compte tenu de son homosexualité et de son " occidentalisation " résultant de son séjour en Europe occidentale depuis plusieurs années. Il ressort cependant des pièces du dossier que M. D faisait état des mêmes motifs de risques de persécutions devant les autorités suédoises responsables de l'examen de sa demande d'asile, lesquelles ont rejeté ses deux demandes. M. D n'apporte aucun élément nouveau à l'appui de sa demande d'asile ni aucune critique sur une éventuelle défaillance des autorités suédoises dont il résulterait qu'en ne faisant pas application des dispositions précitées de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013, la préfète du Bas-Rhin aurait commis une erreur manifeste d'appréciation. Dès lors, ce moyen doit être écarté.
16. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont le libellé est repris à l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
17. M. D soutient que, ayant été définitivement débouté de sa demande d'asile en Suède, son renvoi dans ce pays entrainerait par ricochet son renvoi dans son pays d'origine, l'Afghanistan, où il craint des persécutions tant en raison de son appartenance à l'ethnie Hazara que de son homosexualité et de son " occidentalisation ". Toutefois, l'arrêté contesté n'a ni pour objet, ni pour effet d'éloigner l'intéressé vers l'Afghanistan, mais seulement de prononcer son transfert en Suède. Par ailleurs, la Suède, Etat membre de l'Union européenne, est partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Or les extraits d'articles de presse et de rapports internationaux produits par l'intéressé et faisant état d'attaques à l'encontre des membres de l'ethnie Hazara, ainsi que la circonstance que la Cour nationale du droit d'asile reconnaît la qualité de réfugié aux ressortissants afghans appartenant à cette ethnie, ne constituent pas des éléments permettant d'établir qu'il existerait des défaillances systémiques en Suède dans la procédure d'asile. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées ne peut qu'être écarté.
18. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
19. Si M. D invoque la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention, il n'apporte cependant aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.
Au surplus, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est entré très récemment en France où, bien que licencié d'un club de foot, il ne peut justifier de liens personnels et familiaux suffisamment anciens, stables et intenses.
Sur l'arrêté d'assignation à résidence :
20. En premier lieu, par un arrêté du 4 juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin le 5 juillet 2024, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de M. G, directeur des migrations et de l'intégration, à Mme C, cheffe du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière et en cas d'absence ou d'empêchement de cette dernière, à Mme A F, cheffe du pôle régional Dublin, à l'effet de signer les décisions d'assignation à résidence prises en application des articles L. 731-1 et L. 751-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. G et
Mme C n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté.
21. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de l'arrêté de transfert à l'encontre de la mesure d'assignation à résidence.
22. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 751-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En cas d'assignation à résidence en application de l'article L. 751-2, les dispositions des articles () L. 733-1 à L. 733-4 () sont applicables ". Aux termes de l'article L. 733-1 du code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie ". Aux termes de l'article L. 733-2 : " L'autorité administrative peut, aux fins de préparation du départ de l'étranger, lui désigner, en tenant compte des impératifs de la vie privée et familiale, une plage horaire pendant laquelle il demeure dans les locaux où il réside, dans la limite de trois heures consécutives par période de vingt-quatre heures ". Il revient au juge administratif de s'assurer que les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative sur le fondement de ces dispositions, sont adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent.
23. L'arrêt contesté fait interdiction à M. D, assigné à résidence dans le département du Bas-Rhin pendant quarante-cinq jours, de sortir de ce département sans autorisation, lui fait obligation d'être présent sur son lieu d'hébergement du lundi au vendredi, entre 8 heures et
11 heures et, enfin, de se présenter les mardis, hors jours fériés, à 15 heures à l'HUDA ASF à Benfeld, auprès des agents de force de l'ordre pour y confirmer sa présence. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ou serait disproportionné.
24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1 : M. D est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à Me Thalinger et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
M. Bouzar La greffière,
L. Rivalan
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
R. Van Der Beek
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026