jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2406660 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SELARL LEONEM |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 9 septembre 2024 sous le n° 2406660 et un mémoire complémentaire du 1er octobre 2024, M. C A, retenu au centre de rétention administrative de Geispolsheim (67118), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
- ces décisions sont insuffisamment motivées ;
- la compétence de leur signataire n'est pas établie ;
- ces décisions ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- il ne s'est vu remettre ni les informations utiles en vue de l'enregistrement de sa demande d'asile ni la liste prévue par les dispositions de l'article R. 521-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'une erreur de fait ;
- il doit être regardé comme sollicitant une demande d'asile qui n'est pas dilatoire ;
- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :
- la préfète du Bas-Rhin s'est crue en situation de compétence liée ;
- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
- il ne présente pas de risque de fuite ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- cette décision doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention contre la torture et autres traitements cruels et inhumains ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français durant trois ans :
- cette décision doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant aux circonstances humanitaires et à sa durée ;
- elle a été prise en méconnaissance du droit constitutionnel d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 septembre 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
La préfète du Bas-Rhin fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
II. Par une requête, enregistrée le 12 septembre 2024 sous le n° 2406777 et un mémoire complémentaire enregistré le 1er octobre 2024, M. C A, retenu au centre de rétention de Geispolsheim (67118), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 9 septembre 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a maintenu en rétention.
Il soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la compétence de son signataire n'est pas établie ;
- elle ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;
- elle lui a été notifiée tardivement ;
- il n'a pas bénéficié d'un interprète pour présenter sa demande d'asile ;
- la décision est entachée d'erreur de droit au regard de l'article R. 754-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dans l'application de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une erreur d'appréciation quant au caractère dilatoire de sa demande d'asile et quant à ses garanties de représentation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
La préfète du Bas-Rhin fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention contre la torture et autres traitements cruels et inhumains ou dégradants, adoptée à New-York le 10 décembre 1984
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Bronnenkant en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bronnenkant, magistrate désignée,
- les observations de Me Arab, avocate de M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;
- et les observations de M. A, présent à l'audience et assisté de M. B interprète en langue pachto.
La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant afghan né le 27 mai 1998, est entré en France a une date inconnue. Il a présenté une demande d'asile le 2 septembre 2020 qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 18 janvier 2022. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français du préfet du Val d'Oise le 8 mai 2022 qu'il n'a pas exécuté. Interpellé le 7 septembre 2024, il a fait l'objet le même jour d'une obligation de quitter le territoire français sans délai fixant le pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans dont il demande l'annulation dans la requête n°2406660. Placé en rétention le même jour, le tribunal judiciaire a confirmé la prolongation de cette rétention par ordonnance du 12 septembre 2024. Le 9 septembre 2024, le requérant a indiqué qu'il souhaitait solliciter l'asile. Par un arrêté du même jour, dont le requérant demande l'annulation dans la requête 2406777, la préfète du Bas-Rhin a décidé de le maintenir en rétention.
2. Les affaires nos 2406660 et 2406777 concernent la situation d'un même individu et ont fait l'objet d'une instruction commune. Dès lors, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 2 septembre 2021 :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
3. En premier lieu la préfète du Bas-Rhin a, par un arrêté du 29 août 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le lendemain, donné délégation à Mme D à l'effet de signer les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées seraient entaché d'incompétence doit être écarté.
4. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de leur motivation doit être écarté.
5. En dernier lieu, les conditions de notification d'une décision administrative étant sans incidence sur sa légalité, la circonstance, à la supposer établie, que les décisions attaquées auraient été notifiées à M. A dans une langue qu'il ne comprend pas, ne peut être utilement invoquée. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, si le requérant allègue être entré très récemment en France, alors qu'il y a déjà effectué une demande d'asile en 2022, qu'il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement la même année et qu'il a été interpellé à plusieurs reprises entre 2021 et 2023 pour des faits d'usage de stupéfiants, de port d'arme blanche, de vente à la sauvette et de violence dans un moyen de transport collectif, il n'apporte aucun commencement de preuve à l'appui de ses allégations. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit par suite être écarté.
7. En deuxième lieu et d'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, à la détermination de l'Etat responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement ". Aux termes de l'article L. 521-7 du même code : " Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile dont les conditions de délivrance et de renouvellement sont fixées par décret en Conseil d'Etat. La durée de validité de l'attestation est fixée par arrêté du ministre chargé de l'asile. / La délivrance de cette attestation ne peut être refusée au motif que l'étranger est démuni des documents et visas mentionnés à l'article L.311-1. Elle ne peut être refusée que dans les cas prévus aux c ou d du 2° de l'article L. 542-2. / Cette attestation n'est pas délivrée à l'étranger qui demande l'asile à la frontière ou en rétention ". Enfin, aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " () 2° Lorsque le demandeur : () c) présente une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen ; d) fait l'objet d'une décision définitive d'extradition vers un Etat autre que son pays d'origine ou d'une décision de remise sur le fondement d'un mandat d'arrêt européen ou d'une demande de remise par une cour pénale internationale (..) ".
8. D'autre part, aux termes de l'article R. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () lorsqu'un étranger, se trouvant à l'intérieur du territoire français, demande à bénéficier de l'asile, l'enregistrement de sa demande relève du préfet de département () ", et aux termes de l'article R. 521-4 du même code : " Lorsque l'étranger se présente en personne auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, des services de police ou de gendarmerie ou de l'administration pénitentiaire, en vue de demander l'asile, il est orienté vers l'autorité compétente. () Ces autorités fournissent à l'étranger les informations utiles en vue de l'enregistrement de sa demande d'asile et dispensent pour cela la formation adéquate à leurs personnels ".
9. Les dispositions précitées ont pour effet d'obliger l'autorité de police ou de gendarmerie à transmettre au préfet, et ce dernier à enregistrer, une demande d'admission au séjour lorsqu'un étranger, à l'occasion de son interpellation, formule une première demande d'asile. Hors les cas concernant l'hypothèse d'un ressortissant étranger formulant sa demande d'asile à la frontière ou en rétention, et hors les cas prévus aux c et d du 2° de l'article L. 542-2 précité, le préfet saisi d'une première demande d'asile est ainsi tenu de délivrer au demandeur l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7 précité. Ces dispositions font donc nécessairement obstacle à ce que l'autorité administrative prenne une mesure d'éloignement à l'encontre de l'étranger qui, avant le prononcé d'une telle mesure, a clairement exprimé le souhait de former une demande d'asile devant les services de police ou de gendarmerie lors de son interpellation, même s'il ne s'est pas volontairement présenté devant eux, et sans égard au caractère éventuellement dilatoire d'une telle demande.
10. En l'espèce, il ressort des procès-verbaux de ses auditions par les services de police, le 7 septembre 2024, qu'après avoir déclaré être entré en France très récemment et vouloir " l'asile en France et travailler ", M. A a reconnu avoir déjà sollicité l'asile en France en 2022, sans s'être rendu à deux convocations auprès de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides sous un alias. Compte tenu des conditions dans lesquelles cette déclaration a été formulée, M. A ne peut être regardé comme ayant entendu solliciter le réexamen de sa demande d'asile au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, l'autorité de police n'était pas tenue de transmettre à la préfète du Bas-Rhin cette demande, laquelle n'était pas tenue de l'enregistrer. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit et de la méconnaissance du principe constitutionnel du droit d'asile doit être écarté.
11. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, que M. A est, ainsi qu'il a déjà été dit, défavorablement connu des services de police et constitue une menace pour l'ordre public. S'il a présenté une demande d'asile en 2020, attestant de sa présence sur le territoire français à cette date, il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 8 mai 2022 à laquelle il n'a pas déférée et s'est maintenu sur le territoire français depuis, sans chercher à régulariser sa situation. Il est célibataire et sans enfant et ne se prévaut d'aucune attache personnelle ou familiale en France, ni d'une insertion sociale ou professionnelle particulière. Enfin, toute sa famille réside en Afghanistan. Ainsi, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France et à la circonstance qu'il constitue une menace pour l'ordre public, la décision l'obligeant à quitter le territoire français n'a pas porté à sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne l'absence de délai de départ volontaire :
12. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision.". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :/ 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
13. Contrairement à ce qu'il soutient, il ne ressort pas de la décision attaquée que la préfète du Bas-Rhin se serait crue en situation de compétence liée pour lui refuser un délai de départ volontaire.
14. Pour refuser à M. A l'octroi d'un délai de départ volontaire, la préfète du
Bas-Rhin s'est fondée sur les dispositions précitées en relevant qu'il existait un risque que le requérant se soustrait à la mesure d'éloignement prise à son encontre, compte tenu de son entrée irrégulière en France, de sa soustraction à une précédente mesure d'éloignement et qu'il ne disposait pas de justificatif de domicile ni de document d'identité en cours de validité. Par suite, c'est sans méconnaitre les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la préfète du Bas-Rhin a pu lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne le pays de destination :
15. En premier lieu, dès lors qu'il résulte des points précédents que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, il n'est pas davantage fondé à solliciter l'annulation, par voie de conséquence, de la décision fixant le pays de destination.
16. En deuxième, si le requérant soutient dans ses écritures qu'il encourt des risques de traitement inhumains et dégradants en cas de retour en Afghanistan, il n'apporte aucun élément précis et circonstancié de nature à établir de tels risques, alors au demeurant qu'à la barre il a clairement indiqué qu'il est venu en France pour des motifs strictement économiques.
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :
17. En premier lieu, dès lors qu'il résulte des points précédents que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, il n'est pas davantage fondé à solliciter l'annulation, par voie de conséquence, de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
18. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. (). ".
19. Compte tenu notamment de la nature de ses liens avec la France, de son intégration, et de la menace à l'ordre public qu'il représente, c'est à bon droit que la préfète a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Sur la légalité de l'arrêté maintenant le requérant en rétention :
20. En premier lieu la préfète du Bas-Rhin a, par un arrêté du 29 août 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le lendemain, donné délégation à Mme D à l'effet de signer la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées seraient entaché d'incompétence doit être écarté.
21. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte toutes les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
22. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur sa légalité.
23. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A son arrivée au centre de rétention, l'étranger reçoit notification des droits qu'il est susceptible d'exercer en matière de demande d'asile. A cette fin, il peut bénéficier d'une assistance juridique et linguistique. Lui sont notamment indiquées les conditions de recevabilité d'une demande d'asile formée en rétention prévues à l'article L. 754-1 ". Aux termes de l'article R. 744-17 du même code : " L'administration met un interprète à la disposition des étrangers maintenus en centre ou en local de rétention administrative qui ne comprennent pas le français, dans le seul cadre des procédures d'éloignement dont ils font l'objet et des demandes d'asile ". Aux termes de l'article R. 744-20 de ce code : " Pour permettre l'exercice effectif de leurs droits par les étrangers maintenus dans un centre de rétention administrative, le ministre chargé de l'immigration conclut une convention avec une ou plusieurs personnes morales ayant pour mission d'informer les étrangers et de les aider à exercer leurs droits ".
24. Si M. A soutient qu'il n'a pas bénéficié d'une assistance linguistique mise à disposition par l'administration, la méconnaissance des dispositions précitées a pour seul effet de faire obstacle à ce que le délai au terme duquel la demande d'asile est considérée comme irrecevable puisse courir, mais est sans incidence sur la légalité de la décision en litige qui se borne à prononcer le maintien en rétention administrative du demandeur le temps de l'examen de sa demande d'asile. En tout état de cause, il ressort du procès-verbal de notification des droits en rétention et en matière d'asile, que, dès son arrivée au centre de rétention administrative le 7 septembre 2024, M. A a été informé, par le truchement d'un interprète en langue pachto qu'il comprend comme cela est mentionné sur le procès-verbal de placement en rétention signé par l'intéressé, de ce qu'il pouvait bénéficier d'un interprète pendant toute la période de la rétention et d'une assistance linguistique pour préparer sa demande d'asile. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ait demandé vainement à être aidé d'un interprète pour rédiger sa demande d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent doit être écarté.
25. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 754-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger remet sa demande d'asile à l'autorité dépositaire, conformément à l'article R. 754-6, celle-ci en informe sans délai le préfet qui a ordonné le placement en rétention afin qu'il se prononce sur le maintien en rétention conformément au premier alinéa de l'article L. 754-3. ".
26. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de la décision attaquée et des écritures du requérant lui-même, que ce dernier, qui s'est vu notifier son placement en rétention administrative le 7 septembre 2024, a, le 9 septembre 2024, indiqué aux services du centre de rétention de Geispolsheim vouloir déposer une demande d'asile. S'il est constant que le dossier de sa demande d'asile n'a été enregistré au greffe du centre de rétention que le 10 septembre 2024, soit postérieurement au prononcé, le 9 septembre 2024, de l'arrêté de maintien en rétention, cette circonstance n'a pas été de nature à priver l'intéressé d'une garantie et à exercer une influence sur le sens de la décision le maintenant en rétention le temps nécessaire à l'examen de sa demande par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Informée dès le 9 septembre de l'intention de M. A de solliciter l'asile, la préfète du Bas-Rhin disposait, en effet, des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé et pouvait ainsi, et en tout état de cause, examiner si sa demande d'asile était présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 754-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
27. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A, qui est entré irrégulièrement en France à une date inconnue, a présenté une première demande d'asile en 2020sans se rendre aux deux convocations de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, et sans chercher à solliciter le réexamen de cette demande pendant toute la durée de son séjour irrégulier en France, mais seulement le 9 septembre 2024, soit deux jours après son arrivée au centre de rétention administrative. Dans ces conditions, la préfète du Bas-Rhin, qui a pu à juste titre estimer que la demande d'asile formulée par M. A n'avait d'autre objet que de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement formée à son encontre, n'a pas fait une inexacte appréciation des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en décidant son maintien en rétention.
28. Il ressort de tout ce qui précède que les requêtes de M. A doivent être rejetées.
D E C I D E :
Articler 1er : Les requêtes de M. A sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Décision communiquée aux parties le 3 octobre 2024.
La magistrate désignée,
H. Bronnenkant La greffière,
C. Lamoot
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. Lamoot, 24067770
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026