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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2406671

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2406671

mercredi 11 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2406671
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSIMON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 septembre 2024, M. A C, représenté par Me Simon, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 27 août 2024 par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer a pris à son encontre une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance.

3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'interdiction qui lui a été faite de se déplacer en-dehors du territoire de Strasbourg ainsi que l'obligation de présentation aux services de police une fois par jour, tous les jours, y compris les dimanches et les jours fériés ;

4°) d'enjoindre à l'administration de réexaminer sa situation en prenant en compte les motifs de l'ordonnance à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros à verser à son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, subsidiairement, de lui verser directement la même somme en cas de refus d'aide juridictionnelle sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est présumée s'agissant des mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance ; au surplus, les mesures imposées portent une atteinte d'une particulière gravité à sa situation personnelle et familiale ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté contesté :

- il est entaché d'une erreur d'appréciation quant à l'existence d'une menace pour l'ordre public ;

- il porte une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et méconnaît ainsi les stipulations de l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure : " Le ministre de l'intérieur peut, après en avoir informé le procureur de la République antiterroriste et le procureur de la République territorialement compétent, faire obligation à la personne mentionnée à l'article L. 228-1 de : 1° Ne pas se déplacer à l'extérieur d'un périmètre géographique déterminé, qui ne peut être inférieur au territoire de la commune. La délimitation de ce périmètre permet à l'intéressé de poursuivre une vie familiale et professionnelle et s'étend, le cas échéant, aux territoires d'autres communes ou d'autres départements que ceux de son lieu habituel de résidence ; 2° Se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, dans la limite d'une fois par jour, en précisant si cette obligation s'applique les dimanches et jours fériés ou chômés ; 3° Déclarer et justifier de son lieu d'habitation ainsi que de tout changement de lieu d'habitation. / L'obligation prévue au 1° du présent article peut être assortie d'une interdiction de paraître dans un ou plusieurs lieux déterminés se trouvant à l'intérieur du périmètre géographique mentionné au même 1° et dans lesquels se tient un événement exposé, par son ampleur ou ses circonstances particulières, à un risque de menace terroriste. Cette interdiction tient compte de la vie familiale et professionnelle de la personne concernée. Sa durée est strictement limitée à celle de l'événement, dans la limite de trente jours. Sauf urgence dûment justifiée, elle doit être notifiée à la personne concernée au moins quarante-huit heures avant son entrée en vigueur. / Les obligations prévues aux 1° à 3° du présent article sont prononcées pour une durée maximale de trois mois à compter de la notification de la décision du ministre. Elles peuvent être renouvelées par décision motivée, pour une durée maximale de trois mois, lorsque les conditions prévues à l'article L. 228-1 continuent d'être réunies. Au-delà d'une durée cumulée de six mois, chaque renouvellement est subordonné à l'existence d'éléments nouveaux ou complémentaires. La durée totale cumulée des obligations prévues aux 1° à 3° du présent article ne peut excéder douze mois. Les mesures sont levées dès que les conditions prévues à l'article L. 228-1 ne sont plus satisfaites. / Toute décision de renouvellement des obligations prévues aux 1° à 3° du présent article est notifiée à la personne concernée au plus tard cinq jours avant son entrée en vigueur. La personne concernée peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat qu'il délègue l'annulation de la décision dans un délai de quarante-huit heures à compter de sa notification. Il est statué sur la légalité de la décision au plus tard dans un délai de soixante-douze heures à compter de la saisine du tribunal. Dans ce cas, la mesure ne peut entrer en vigueur avant que le juge ait statué sur la demande. / En cas de saisine d'un tribunal territorialement incompétent, le délai de jugement de soixante-douze heures court à compter de l'enregistrement de la requête par le tribunal auquel celle-ci a été renvoyée. La mesure en cours demeure en vigueur jusqu'à l'expiration de ce délai, pour une durée maximale de sept jours à compter de son terme initial. La décision de renouvellement ne peut entrer en vigueur avant que le juge ait statué sur la demande. / L'audience est publique. Elle se déroule sans conclusions du rapporteur public. Lorsque la présence du requérant à l'audience est susceptible de méconnaître les obligations résultant de la mesure de surveillance, le requérant peut solliciter un sauf-conduit pour s'y rendre. Le sauf-conduit n'est pas délivré si le déplacement du requérant constitue une menace pour la sécurité et l'ordre publics. / La personne soumise aux obligations prévues aux 1° à 3° du présent article peut, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision, ou à compter de la notification de chaque renouvellement lorsqu'il n'a pas été fait préalablement usage de la faculté prévue au huitième alinéa, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision. Le tribunal administratif statue dans un délai de quinze jours à compter de sa saisine. Ces recours, dont les modalités sont fixées au chapitre III ter du titre VII du livre VII du code de justice administrative, s'exercent sans préjudice des procédures prévues au huitième alinéa du présent article ainsi qu'aux articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code ".

2. Par un arrêté du 27 août 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé à l'encontre de M. C une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance lui interdisant, à compter du 12 septembre 2024 et pour une durée de trois mois, de se déplacer en dehors du territoire de la commune de Strasbourg, lui faisant obligation, pour la même période, de se présenter une fois par jour au commissariat de police de Strasbourg, lui interdisant de se déplacer, sauf autorisation écrite, en dehors d'un périmètre géographique prédéfini dans l'arrêté et lui faisant obligation de justifier de son lieu d'habitation ainsi que de tout changement de celui-ci. L'arrêté du 27 août 2024 interdit également à M. C, entre le 27 novembre et le 11 décembre 2024, de paraître dans le périmètre du marché de noël de Strasbourg et de se trouver, directement ou indirectement, en relation avec un certain nombre d'individus précisément déterminés. M. C demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. () ".

4. En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

5. M. C fait valoir que les mesures lui interdisant de se déplacer en dehors du territoire de la commune de Strasbourg et l'obligeant à pointer chaque semaine au commissariat de police de Strasbourg font obstacle à ce qu'il rejoigne le centre de formation situé à Gennevilliers (92) auprès duquel il est inscrit pour l'année universitaire 2024-2025 pour suivre les cours de licence en cybersécurité qui débutaient à compter de début septembre. Toujours selon M. C, ces mesures lui interdisent également de prospecter des entreprises pour leur proposer sa candidature dans le cadre d'un contrat d'apprentissage.

6. Eu égard à son objet et à ses effets, notamment aux restrictions apportées à la liberté d'aller et venir, une décision prise par l'autorité administrative en application des articles L. 228-1 et L. 228-2 du code de la sécurité intérieure, porte, en principe et par elle-même, sauf à ce que l'administration fasse valoir des circonstances particulières, une atteinte grave et immédiate à la situation de cette personne, de nature à créer une situation d'urgence justifiant que le juge administratif des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, puisse prononcer dans de très brefs délais, si les autres conditions posées par cet article sont remplies, une mesure provisoire et conservatoire de sauvegarde.

7. Toutefois, en vertu des dispositions du dernier alinéa de l'article L. 228-2 du code de la sécurité intérieure, il appartient au juge de statuer sur la requête en annulation d'une décision soumettant à des obligations au titre d'une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance, dans un délai de quinze jours à compter de sa saisine. D'une part, M. C a attendu le 6 septembre 2024 pour introduire le recours prévu par l'article L. 228-2 du code de la sécurité intérieure à l'encontre de l'arrêté du 27 août 2024 alors que cet arrêté lui avait été notifié dès le 28 août. D'autre part, la requête en annulation de l'arrêté du 27 août 2024 dont est saisi le tribunal est inscrite au rôle de l'audience du 17 septembre 2024. Eu égard au caractère très rapproché de cette audience et au délai contraint dont dispose la formation de jugement collégiale pour rendre son jugement sur la légalité de cet arrêté, la demande de suspension ne satisfait pas à la condition d'urgence. Au surplus, il ressort des propres déclarations de M. C tout comme des pièces du dossier que son contrat d'apprentissage en cours avec une entreprise située à Eckbolsheim (67) ne vient à expiration que le 31 octobre 2024 et qu'il doit encore passer en octobre 2024 des épreuves de validation de son BTS, ce qui rend ses allégations selon lesquelles il aurait dû commencer sa formation à Gennevilliers dès début septembre difficilement crédibles.

8. Dans ces circonstances, l'urgence s'attachant à ce que le juge des référés prononce, dans de très brefs délais, une mesure provisoire et conservatoire de sauvegarde de la liberté d'aller et venir et du droit au respect de la vie privée et familiale n'apparaît pas caractérisée.

9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il y ait lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, que ses conclusions à fin de suspension doivent être rejetées, par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : M. C n'est pas admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et à Me Simon. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Strasbourg.

Fait à Strasbourg, le 11 septembre 2024.

Le juge des référés,

A. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Lamoot

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