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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2406786

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2406786

mercredi 25 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2406786
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGUY-FAVIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 et 17 septembre 2024, M. B A, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 septembre 2024 par lequel le préfet de la Haute-Saône a prolongé, pour une durée de deux ans, l'interdiction qui lui est faite de retourner sur le territoire français.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'acte attaqué ;

- la décision attaquée ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;

- la durée d'interdiction est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 septembre 2024, le préfet de la Haute-Saône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Jordan-Selva en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jordan-Selva, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Guy-Favier, avocate de M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

Le préfet de la Haute-Saône, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant palestinien né en 1999, a fait l'objet, le 1er août 2023, d'un arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis portant obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Le 9 septembre 2024, il a été placé en garde à vue par les services du commissariat de police de Vesoul (Haute-Saône) pour des faits de viol et de violences avec arme. Par deux arrêtés du 10 septembre 2024, le préfet de la Haute-Saône a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français faite à M. A pour une durée de deux ans, et l'a placé en rétention. M. A demande au tribunal d'annuler la décision portant prolongation d'interdiction de retour sur le territoire français.

2. En premier lieu, l'arrêté contesté est signé par M. C, directeur de la citoyenneté, de l'immigration et des libertés publiques qui, par un arrêté du 9 septembre 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Haute-Saône, disposait d'une délégation du préfet de la Haute-Saône à l'effet de signer la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Les décisions () d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

4. La décision contestée comporte la mention de l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.

5. En troisième lieu, les conditions de notification de la décision portant prolongation d'interdiction de retour sur le territoire français, nécessairement postérieures à son édiction, sont sans incidence sur la légalité de la légalité de cette décision, qui s'apprécie à la date à laquelle celle-ci a été prise. Le moyen tiré de l'irrégularité de la notification est inopérant.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; () Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public. "

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A a fait l'objet, le 1er août 2023, d'une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Il ressort également des pièces du dossier que le requérant, qui est entré en France en 2022 selon ses déclarations, s'y maintient de manière irrégulière et sous diverses identités. Il n'est par ailleurs pas contesté que le requérant est défavorablement connu des services de police et de gendarmerie pour de multiples délits commis en 2023 et 2024. Il est constant qu'il est célibataire et sans enfant, et qu'il n'a pas déféré à la mesure d'éloignement prise à son encontre. Il ressort enfin des pièces du dossier qu'il a été interpellé et placé en garde à vue le 9 septembre 2024 pour des faits de viol et de violences avec arme. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, la décision par laquelle le préfet de la Haute-Saône a prolongé de deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français faite à M. A n'est pas disproportionnée. La décision attaquée n'ayant pas pour objet ni pour effet de fixer le pays à destination duquel M. A pourra être renvoyé d'office en exécution de la mesure d'éloignement devenue définitive, le requérant ne peut utilement se prévaloir de l'existence de circonstances humanitaires qui seraient caractérisées par la situation actuelle en Palestine. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Saône, a pu, sans commettre d'erreur de droit, ni d'erreur d'appréciation, prolonger son interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux années.

8. En dernier lieu, si M. A soutient que l'interdiction de retour porte atteinte à son droit de demander l'asile, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ait exprimé la volonté, au cours de son séjour en France ou lors de son audition par les services de police, de solliciter une protection internationale. Dès lors, le moyen doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A aux fins d'annulation de l'arrêté du 10 septembre 2024 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Haute-Saône. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2024.

La magistrate désignée,

S. Jordan-Selva

La greffière,

C. Lamoot

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Saône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Lamoot

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