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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2406802

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2406802

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2406802
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTCHIAKPE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 et 28 septembre 2024, Mme A B épouse C, représentée par Me Tchiakpe, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 16 juillet 2024 par laquelle le préfet de la Moselle a refuser d'instruire sa demande d'admission au séjour en qualité de parent d'enfant français ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir et de lui remettre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ou une autorisation de prolongation d'instruction l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la décision contestée l'empêche de régulariser sa situation en France ;

- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée les moyens tirés de ce que : elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ; elle méconnaît les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ; elle méconnaît les dispositions des articles R. 431-10, R. 431-11 et R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce qu'elle est fondée sur l'absence de justification de la nationalité française de son enfant, faute de production d'un passeport en cours de validité, d'une carte nationale d'identité ou d'un certificat de nationalité française de l'enfant de moins de six mois, pièces exigées par l'annexe 10 de ce code, alors que, l'acte de naissance de l'enfant, la carte nationale d'identité de son père et le certificat de nationalité de ce dernier ayant été fournis et permettant de justifier de la nationalité française de l'enfant, l'absence de ces pièces ne rendait pas impossible l'instruction de la demande ; elle méconnaît les articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré 19 septembre 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que l'urgence n'est pas caractérisée et que la décision contestée ne fait pas grief à la requérante.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rees, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 4 octobre 2024 en présence de Mme Rivalan, greffière d'audience, M. Rees a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Thiakpe, avocat de Mme B, présente à l'audience.

Le préfet de la Moselle n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la fin de non-recevoir :

1. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : () 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. () ". L'article R. 431-12 du même code dispose que : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. / () ". Ainsi que le précise l'article L. 431-3 de ce code, la délivrance d'un tel récépissé ne préjuge pas de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour. Selon l'article R. 431-11 de ce code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ", cet arrêté dressant une liste de pièces pour chaque catégorie de titre de séjour.

2. Le refus d'enregistrer une demande de titre de séjour motif pris du caractère incomplet du dossier ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir lorsque le dossier est effectivement incomplet, en l'absence de l'un des documents mentionnés à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou lorsque l'absence d'une pièce mentionnée à l'annexe 10 à ce code, auquel renvoie l'article R. 431-11 du même code, rend impossible l'instruction de la demande.

3. L'annexe 10 au code prévoit que doivent être fournis en première demande d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, notamment, des " justificatifs de la nationalité française de l'enfant : passeport en cours de validité, carte nationale d'identité ou certificat de nationalité française de l'enfant de moins de six mois ".

4. La décision contestée est fondée sur le caractère incomplet du dossier de demande, en l'absence de production de ces éléments.

5. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et n'est d'ailleurs pas contesté, que Mme B, à l'appui de sa demande, a fourni, outre l'acte de naissance de l'enfant, qui mentionne son père, la carte nationale d'identité et le certificat de nationalité française de ce dernier. Alors que, selon l'article 18 du code civil, " est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français ", l'absence de production des éléments mentionnés au point 3 ne rendait ainsi pas impossible l'instruction de la demande et, par suite, ne permettait pas au préfet de regarder le dossier de demande comme étant effectivement incomplet.

6. Dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est d'ailleurs même pas allégué, que manquaient au dossier de demande d'autres éléments obligatoires ou indispensables pour son instruction, le préfet n'est pas fondé à soutenir que son refus d'enregistrer la demande de titre de séjour de Mme B ne constitue pas une décision faisant grief. La fin de non-recevoir qu'il lui oppose doit donc être écartée.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

7. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

8. D'une part, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue dès lors qu'il serait fait état d'un moyen de nature à créer un doute sérieux sur sa légalité.

9. Alors qu'il est constant que la requérante, ressortissant mauricienne, est l'épouse d'un ressortissant français avec lequel elle a eu un enfant, la décision contestée, qui du reste intervient à la suite d'un premier refus d'enregistrement, le 3 mai 2024, d'une demande d'admission au séjour en qualité de conjointe de Français présentée le 26 février 2024, l'empêche de régulariser sa situation administrative en France, où est établie sa cellule familiale. Compte tenu de ces circonstances, il y a lieu de considérer que l'urgence, au sens des dispositions précitées, est caractérisée.

10. D'autre part, en l'état de l'instruction, pour la même raison que celle indiquée au point 5, apparaît propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions rappelées au point 1.

11. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision contestée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. L'exécution de la présente ordonnance implique nécessairement que le préfet se prononce sur la situation de Mme B et lui remette, dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour. Il y a lieu de lui enjoindre de se prononcer dans un délai d'un mois suivant la notification de la présente ordonnance, et de remettre ledit récépissé à l'intéressée sans délai à compter de la même date. L'exécution de la présente ordonnance n'implique pas, en revanche, que ce récépissé fût assorti d'une autorisation de travail.

Sur les frais de l'instance :

13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Mme B en application de L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1 : L'exécution de la décision du préfet de la Moselle du 16 juillet 2024 est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Moselle de procéder à l'examen de la demande de Mme B dans un délai d'un mois suivant la notification de la présente ordonnance, et de remettre ledit récépissé à l'intéressée sans délai à compter de la même date.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B la somme de 1 500 (mille cinq-cents) euros en application de L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente décision sera notifiée à Mme A B épouse C et au ministre de l'intérieur. Copie en sera adressé au préfet de la Moselle.

Fait à Strasbourg, le 10 octobre 2024.

Le juge des référés,

P. REES

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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