vendredi 27 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2407091 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ASSFAM – GROUPE SOS SOLIDARITÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 et 26 septembre 2024, M. C F, retenu au centre de rétention de Geispolsheim (67118), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 septembre 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix ans.
Il soutient que :
Sur toutes les décisions :
- la compétence de leur signataire n'est pas établie ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :
- son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- il ne présente pas de risque de fuite ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix ans :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité qui affecte l'obligation de quitter le territoire français ;
- la durée de cette interdiction est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 septembre 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
La préfète fait valoir que les moyens invoqués par le requérant sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouzar en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience :
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bouzar, magistrat désigné ;
- les observations de Me Badoc, substituée à Me Andreini, avocate de M. F, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;
- et les observations de M. F.
La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. F, ressortissant marocain né en 1982, entré régulièrement en France en 1986 avec ses parents, y a résidé sous couvert d'une carte de séjour temporaire de 2000 à 2001, puis d'une carte de résident de 2001 à 2011. Le 8 octobre 2018, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de renouveler son titre de séjour. A la suite de son interpellation le 18 septembre 2024, la préfète du Bas-Rhin, par un arrêté du 19 septembre 2024, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix ans. Par la présente requête, M. F demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.
Sur les moyens communs aux décisions attaquées :
2. En premier lieu, par un arrêté du 29 août 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin du 30 août 2024, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de M. A E, directeur des migrations et de l'intégration, à Mme D B, cheffe du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer les décisions attaquées. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E n'aurait pas été absent ou empêché à la date de ces décisions. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de leur signataire doit être écarté.
3. En deuxième lieu, chacune des décisions contestées comporte de manière suffisante les considérations de droit et de fait qui les fondent. Par suite, le moyen tiré de ce que ces décisions sont insuffisamment motivées doit être écarté comme manquant en fait.
4. En dernier lieu, les conditions de notification d'une décision administrative étant sans incidence sur sa légalité, la circonstance alléguée que les décisions attaquées n'ont pas été notifiées au requérant dans une langue qu'il comprend, alors au demeurant que M. F comprend le français, sont sans incidence sur leur légalité.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
5. D'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ".
6. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Il ressort de l'arrêté attaqué que, pour adopter la mesure d'éloignement attaquée, la préfète du Bas-Rhin a relevé non seulement que M. F s'est vu refuser le renouvellement de son titre de séjour, mais également que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a fait l'objet de onze condamnations judiciaires de 2001 à 2018, notamment le 16 mai 2008 pour vol avec violence ayant entraîné la mort, M. F ayant alors été condamné à dix-huit ans de réclusion criminelle par la cour d'assises du Bas-Rhin. Ses autres condamnations à des peines de prison ont été prononcées notamment pour violence commise en réunion, dégradation du bien d'autrui et menace de mort réitérée, crime ou délit contre les personnes ou les biens, à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique, ou encore, pour la condamnation la plus récente, violence dans un local administratif ou aux abords lors de l'entrée ou la sortie du public suivie d'une incapacité supérieure à huit jours.
8. Si M. F soutient qu'il est le père de trois enfants de nationalité française et que, s'il est séparé de sa compagne, ils sont restés en très bons termes, il ne ressort pas cependant des pièces du dossier, en dépit des deux attestations produites, qu'il participe à leur entretien et à leur éducation. S'il est vrai cependant qu'il réside en France depuis de nombreuses années, il ne peut toutefois faire état d'autres liens personnels et familiaux, la seule production du passeport de son père étant à cet égard insuffisante. Enfin, ainsi qu'exposé précédemment, M. F a été condamné à de nombreuses reprises à des peines de prison pour des atteintes aux personnes et aux biens. Même si sa dernière condamnation date de 2018, dans la mise en balance qu'il convient toutefois d'opérer entre la menace que la présence du requérant représente pour l'ordre public et la vie privée et familiale qu'il invoque, l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre ne peut être regardée comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but d'ordre public poursuivi. Il s'ensuit que M. F n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée a méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :
9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ".
10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été exposé précédemment que M. F n'est pas fondé à soutenir que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public.
11. En second lieu, s'il soutient qu'il ne présente pas de risque de fuite, la décision attaquée n'est pas fondée sur ce motif. Par suite, ce moyen est inopérant.
Sur la décision fixant le pays de destination :
12. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
13. Le requérant, qui soutient que la décision contestée méconnaît ces stipulations, n'apporte cependant aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.
Sur la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :
14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. F n'est pas fondé à exciper de l'illégalité alléguée de l'obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français.
15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ".
16. Pour adopter à l'encontre de M. F une interdiction de retour sur le territoire français de dix ans, la préfète du Bas-Rhin a relevé que l'intéressé, en situation irrégulière depuis le 8 octobre 2018, est présent en France depuis trente-huit ans et a séjourné vingt-trois ans en détention, dès lors qu'il a été condamné dès l'âge de quinze ans, que son comportement s'est ancré dans la délinquance jusqu'à sa condamnation à dix-huit ans de réclusion criminelle, et qu'il a été condamné à d'autres reprises ainsi qu'exposé plus haut. S'agissant de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, la préfète a relevé que ceux-ci sont circonscrits à ses enfants dont il n'a pas la charge et que la persistance de ces liens n'est pas établie. Enfin, la préfète a relevé que l'intéressé, dont la présence en France représente une menace grave pour l'ordre public, n'a pas fait valoir de circonstances humanitaires.
17. Si M. F soutient qu'il justifie de considérations humanitaires en se prévalant à nouveau de la présence en France de ses trois enfants de nationalité française et de ce qu'il a vécu de nombreuses années en France, cependant, ainsi qu'exposé précédemment, la persistance des liens avec ses enfants n'est pas établie et il ne peut faire état d'autres liens personnels ou familiaux sur le territoire français. Dans les circonstances de l'espèce, compte tenu des pièces produites au dossier, il n'est pas établi qu'en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix ans, la préfète du Bas-Rhin a commis une erreur d'appréciation.
18. En dernier lieu, pour les motifs déjà exposés, M. F n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
19. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. F ne peut qu'être rejetée.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C F et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Décision communiquée aux parties le 27 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
M. Bouzar La greffière,
G. Trinité
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
G. Trinité
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026