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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2407299

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2407299

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2407299
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantKONÉ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 septembre 2024 au tribunal administratif de Nancy, transmise par une ordonnance d'une magistrate désignée par le président de ce tribunal du

26 septembre 2024 au tribunal administratif de Strasbourg, et un mémoire, enregistré

le 7 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Koné, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 septembre 2024 par lequel le préfet de

Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ;

3°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous une astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- le signataire de la décision contestée ne disposait d'aucune délégation de compétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet de Meurthe-et-Moselle n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- la décision en litige ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;

- il ne pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français puisqu'il peut bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- la décision contestée est contraire aux dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision lui refusant un délai de départ volontaire :

- le signataire de la décision contestée ne disposait d'aucune délégation de compétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;

- il ne présente aucun risque de fuite et ne menace pas l'ordre public ;

Sur la fixation du pays de renvoi :

- le signataire de la décision contestée ne disposait d'aucune délégation de compétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;

- elle est contraire à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est contraire à l'article 8 de cette convention ;

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- le signataire de la décision contestée ne disposait d'aucune délégation de compétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;

- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prive de base légale la décision contestée ;

- elle est entachée d'une erreur dans l'appréciation de sa situation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 4 et 8 octobre 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Le président du tribunal a désigné M. Dhers en application de l'article

L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Dhers, vice-président désigné, a été entendu au cours de l'audience publique du 9 octobre 2024.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant monténégrin né le 3 mai 2006, est entré en France en 2015 avec ses parents. Après son placement en garde à vue le 17 septembre 2024, le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois, par un arrêté du

19 septembre suivant. Le requérant, alors placé au centre de rétention de Metz, puis libéré par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Metz du 24 septembre 2024 a été assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois, par un arrêté du même jour, du préfet de la Moselle, et demande au tribunal administratif l'annulation de l'arrêté du 17 septembre 2024 du préfet de Meurthe-et-Moselle.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. B à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la décision obligeant M. B à quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance () de la carte de séjour temporaire () ". Aux termes de l'article L. 423-21 de ce code : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui justifie par tout moyen avoir résidé habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans avec au moins un de ses parents se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an () ". Aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ".

4. Pour faire obligation à M. B de quitter le territoire français, le préfet de la Meurthe-et-Moselle s'est fondé sur le 2° et le 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, le requérant fait valoir, sans être contesté, qu'il a déposé le 15 juillet 2024 une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et il produit à l'appui de cette affirmation un accusé de réception comportant cette date. Dans ces conditions, et malgré la dangerosité du requérant, le préfet de Meurthe-et-Moselle ne pouvait légalement lui faire obligation de quitter le territoire français, dès lors qu'il n'avait pas explicitement rejeté sa demande de titre de séjour.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision en litige et, par voie de conséquences, celles qui lui sont subséquentes.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prescrire au préfet de Meurthe-et-Moselle de délivrer une autorisation provisoire de séjour à M. B dans le délai de

sept jours à compter de la notification du présent jugement et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de cette date. Il n'y a pas lieu d'assortir ces injonctions d'une astreinte.

Sur l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

7. M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Koné, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à

Me Koné de la somme de 1 200 euros hors taxe. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme précitée sera versée au requérant.

D E C I D E :

Article 1 : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 19 septembre 2024, par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a fait obligation à M. B de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de délivrer une autorisation provisoire de séjour à M. B dans le délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Il est enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la situation de

M. B dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.

Article 5 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et que Me Koné, avocate du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Koné la somme de 1 200 (mille deux cents) euros hors taxe au titre des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme précitée sera versée au requérant.

Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Koné, au préfet de Meurthe-et-Moselle et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Metz.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

Le vice-président désigné,

S. Dhers

La greffière,

R. Van Der Beek

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle et au préfet de la Moselle en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. Van Der Beek

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