jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2407337 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | DUSS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 septembre et 9 octobre 2024,
M. D C, représenté par Me Duss, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 septembre 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ;
2°) d'annuler l'arrêté du 21 septembre 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et l'a astreint à se présenter une fois par semaine aux services de la direction départementale de la police aux frontières de Mulhouse ;
3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de procéder à l'effacement de son signalement au système d'information Schengen, sous une astreinte de cinquante euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- le signataire de la décision contestée ne disposait d'aucune délégation de compétence ;
- les garanties liées à la présomption d'innocence et à la protection des données à caractère personnel ont été méconnues ;
- les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues ;
- la décision contestée est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur dans l'appréciation de sa situation ;
- la décision contestée est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision lui refusant un délai de départ volontaire :
- le signataire de la décision contestée ne disposait d'aucune délégation de compétence ;
- les garanties liées à la présomption d'innocence et à la protection des données à caractère personnel ont été méconnues ;
- les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues ;
- la décision contestée est contraire à l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est contraire aux articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur dans l'appréciation de sa situation ;
Sur la fixation du pays de renvoi :
- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prive de base légale la décision contestée ;
- les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues ;
Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
- le signataire de la décision contestée ne disposait d'aucune délégation de compétence ;
- les garanties liées à la présomption d'innocence et à la protection des données à caractère personnel ont été méconnues ;
- les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues ;
- le préfet du Haut-Rhin ne pouvait légalement édicter la décision en litige ;
- elle est entachée d'une erreur dans l'appréciation de sa situation ;
Sur la décision l'assignant à résidence :
- le formulaire prévu par les articles L. 732-7 et R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui a pas été remis ;
- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prive de base légale la décision contestée ;
- la décision contestée est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les stipulations de l'article 6 de cette convention ont également été méconnues ;
- elle est entachée d'une erreur dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2024, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. C n'est fondé.
Le président du tribunal a désigné M. Dhers en application de l'article
L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 octobre 2024 :
- le rapport de M. Dhers, magistrat désigné ;
- les observations de Me Duss, avocat de M. C, qui a repris les moyens et les éléments exposés dans ses écrits.
Le préfet du Haut-Rhin n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né le 13 mars 1996, déclare être entré en France en septembre 2023. Il a fait l'objet d'une interpellation le 20 septembre 2024 à l'issue de laquelle le préfet du Haut-Rhin a, le lendemain, décidé de l'obliger à quitter sans délai le territoire français, fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné, prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et l'a astreint à se présenter une fois par semaine aux services de police. Le requérant demande au tribunal administratif d'annuler ces décisions.
Sur les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions contestées :
2. En premier lieu, par un arrêté du 5 juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet du Haut-Rhin a donné délégation, à M. A B, sous-préfet de Mulhouse, pour signer les décisions de la nature de celles qui sont en litige lorsqu'il est de permanence notamment les samedis. Il est constant que
M. B, signataire des arrêtés en litige, était de permanence le 21 septembre 2024. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que ce dernier ne disposait d'aucune délégation de compétence.
3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que, pour édicter les arrêtés litigieux, le préfet du Haut-Rhin s'est fondé sur la circonstance que M. C avait été interpellé et placé en garde à vue le 20 septembre 2024 pour des faits de vol en réunion dans un entrepôt. Il est constant que la procédure pénale évoquée par le préfet a été portée à sa connaissance par un officier de police judiciaire et aucun élément ne permet de douter que cette transmission n'aurait pas été effectuée sous couvert de sa voie hiérarchique. Au surplus, aucune des dispositions invoquées par le requérant, en particulier celles de l'article R. 170 du code de procédure pénale, ne fait obstacle à ce que le préfet se fonde sur des faits faisant l'objet d'une procédure judicaire qui est en cours pour édicter des mesures d'éloignement et il lui appartient, s'ils sont contestés, de prouver leur matérialité devant le juge administratif. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des garanties liées à la présomption d'innocence et à la protection des données à caractère personnel doit être rejeté.
4. En troisième lieu, il résulte des dispositions du code de procédure pénale, notamment de ses articles 410 et 411, que l'exécution de décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français constituent une excuse valable de non-comparution et que l'absence d'une personne pénalement mise en cause ne fait pas obstacle à ce que sa défense puisse être valablement assurée par un avocat, que l'affaire soit ainsi jugée contradictoirement et qu'elle puisse éventuellement interjeter appel de la décision prise en cas de condamnation. Par ailleurs, M. C, convoqué le 28 avril 2025 pour une procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité, dispose, de la faculté, sur le fondement de l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de solliciter l'abrogation de l'interdiction de retour sur le territoire français et de se trouver, alors, le cas échéant, en mesure de demander à être légalement autorisé à revenir en France pour les besoins de la procédure pénale. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions en litige portent atteinte à ses droits à la défense et à son droit d'assister à son procès et méconnaissent les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
5. En quatrième lieu, M. C ne peut utilement faire valoir que les arrêtés en litige sont entachés d'une erreur de fait au motif qu'il ne trouble pas l'ordre public en France, un tel moyen relevant de la qualification juridique des faits.
6. En cinquième lieu, en se bornant, pour l'essentiel, à faire valoir qu'il est innocent, M. C ne conteste pas sérieusement la matérialité des faits qui lui sont reprochés, cités au point 3, et qui caractérisent un trouble à l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de la commission d'une erreur dans l'appréciation de sa situation doit être écarté.
7. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
M. C, qui n'est entré en France qu'en septembre 2023, ne saurait sérieusement soutenir que les arrêtés contestés sont contraires à ces stipulations en faisant valoir qu'il " justifie d'une réelle volonté d'intégration au sein de la société française ", que certains de ses oncles et tantes vivent à Paris ou à Strasbourg et qu'il est actuellement en concubinage, sans établir au demeurant la réalité de celui-ci.
Sur la décision refusant un délai de départ volontaire à M. C :
8. En premier lieu, M. C, dont l'entrée en France est récente et qui n'y dispose d'aucune attache privée ou familiale solide, n'établit pas que le préfet du Haut-Rhin aurait dû exceptionnellement lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours en application de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. En deuxième lieu, eu égard au comportement de M. C, qui menace l'ordre public, le préfet du Haut-Rhin était, pour ce seul motif, fondé à lui refuser un délai de départ volontaire en application de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. En troisième lieu, le moyen tiré de la commission d'une erreur dans l'appréciation de la situation de M. C doit être écarté pour les motifs exposés aux points précédents.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
11. Les moyens dirigés contre la décision obligeant M. C à quitter le territoire français ayant été écartés, le moyen tiré par la voie de l'exception de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté par voie de conséquence.
Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
12. En premier lieu et pour les motifs exposés aux points précédents, M. C ne justifie d'aucune circonstance humanitaire devant conduire à l'absence d'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
13. En second lieu, le moyen tiré de la commission d'une erreur dans l'appréciation de la situation de M. C doit être écarté pour les motifs exposés aux points précédents.
Sur la décision d'assignation à résidence :
14. En premier lieu, la circonstance que les informations prévues par les dispositions des articles L. 732-7 et R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'auraient pas été délivrées à M. C relève des modalités de notification de l'arrêté portant assignation à résidence dont il fait l'objet et est sans incidence sur la légalité de cet arrêté. Par suite, l'intéressé ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces dispositions.
15. En deuxième lieu, les moyens dirigés contre la décision obligeant M. C à quitter le territoire français ayant été écartés, le moyen tiré par la voie de l'exception de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté par voie de conséquence.
16. En troisième lieu, le moyen tiré de la commission d'une erreur dans l'appréciation de la situation de M. C doit être écarté pour les motifs exposés aux points précédents.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation des décisions litigieuses du 21 septembre 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
Le vice-président désigné,
S. Dhers
La greffière,
R. Van Der Beek
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
R. Van Der Beek
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026