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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2407345

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2407345

mardi 26 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2407345
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique (2)
Avocat requérantADIB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 septembre 2024, renvoyée par ordonnance du tribunal administratif de Lille du 27 septembre 2024, et par un mémoire, enregistré le 22 novembre 2024, M. A B, représenté par Me Adib, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 juin 2024 par lequel le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai, et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

5°) de lui faire bénéficier d'un avocat commis d'office et d'un interprète.

Il soutient que :

- les décisions contestées ont été prises par une personne non habilitée à cette fin, sont insuffisamment motivées et ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

- l'obligation de quitter le territoire français porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- le refus de délai de départ volontaire n'est pas justifié, dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public, qu'il ne présente pas de risque de fuite et qu'il justifie de garanties de représentation suffisantes ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la durée de l'interdiction de retourner sur le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen de ses garanties de représentation avant de le placer en rétention.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rees, président, en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés à cet article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. Rees a lu son rapport à l'audience tenue le 22 novembre 2024 en présence de Mme Immelé, greffière d'audience, et entendu les observations de Me Adib, avocate de M. B.

Le préfet du Nord n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de M. B à l'aide juridictionnelle.

Sur les autres demandes :

3. En premier lieu, en vertu d'un arrêté régulièrement publié du préfet du Nord du 4 avril 2024, l'adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière était, en l'absence ou l'empêchement de cette dernière, habilitée à signer les décisions contestées. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière n'était pas absente ou empêchée. Dès lors, les décisions ne sont pas entachées d'incompétence.

4. En deuxième lieu, l'arrêté en litige comporte un énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions contestées. Ces dernières sont ainsi, nonobstant l'absence de visa du procès-verbal d'audition du requérant du 25 juin 2024, régulièrement motivées.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code précise : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

6. D'une part, le préfet n'a pas retenu que le comportement du requérant constituerait une menace pour l'ordre public. C'est donc de manière inutile que l'intéressé fait valoir qu'il n'en est rien. D'autre part, la seule circonstance que M. B ait déclaré une " adresse valide " ne suffit pas à établir que ses garanties de représentation sont suffisantes. Au surplus, le requérant ne conteste pas être entré irrégulièrement en France, n'avoir pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et avoir explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français, et il ne fait aucun doute que le préfet aurait également refusé de lui accorder un délai de départ volontaire s'il s'était fondé uniquement sur ces considérations-ci.

7. En quatrième lieu, en se bornant à faire état de la présence en France de sa sœur, sans autre précision, le requérant n'établit pas que, par sa durée, l'interdiction qui lui est faite de retourner sur le territoire français porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise.

8. En dernier lieu, la légalité d'une décision administrative s'apprécie, en excès de pouvoir, à la date de son édiction, laquelle est, par définition, antérieure à celle de sa publicité. Par conséquent, l'irrégularité de la notification de l'arrêté contesté, alléguée par le requérant, est sans incidence sur la légalité des décisions qu'il porte. Par ailleurs, les moyens tirés de ce que l'obligation de quitter le territoire français porte atteinte au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale et de ce que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne sont assortis d'aucune précision, ce qui ne permet pas au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Enfin, les conclusions de la requête n'étant pas dirigées contre la décision de placement en rétention, le moyen soulevé à l'encontre de cette dernière est sans objet.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction, d'astreinte et d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : M. B admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet du Nord et à Me Adib. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe, le 26 novembre 2024.

Le magistrat désigné,

P. REES

La greffière,

V. IMMELE

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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