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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2407401

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2407401

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2407401
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBERRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er octobre 2024, Mme B C et M. A D, représentés par Me Berry, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 septembre 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Strasbourg a refusé de leur accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil en qualité de demandeurs d'asile ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de leur accorder sans délai le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, et notamment de l'allocation pour demandeur d'asile, à compter du 26 septembre 2024, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de leur situation individuelle, en ce qui concerne leur vulnérabilité ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, l'OFII n'ayant pas tenu compte de leur situation de vulnérabilité ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leur vulnérabilité ;

- elle est privée de base légale, dès lors que l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers n'est pas conforme à la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2024, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C et M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Therre en application des dispositions des articles L. 922-2 et L. 555-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Therre, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Chebbale, substituant Me Berry, avocate de Mme C et de M. D, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et soutient en outre qu'il ressort des termes de la décision en litige que l'OFII s'est estimé en situation de compétence liée du fait d'une demande de réexamen de la demande d'asile, que les requérants justifient d'une situation de vulnérabilité, leur enfant souffrant d'une pathologie du larynx requérant un suivi spécialisé en otorhinolaryngologie et M. D étant atteint de diabète, leur situation étant de plus particulièrement précaire, notamment en l'absence de toute solution d'hébergement d'urgence, et que cette situation de vulnérabilité n'a pas été suffisamment prise en compte avant l'édiction de la décision en litige, le retour de l'avis du médecin coordonnateur de zone de l'OFII n'ayant pas été attendu alors même qu'ils ont transmis deux certificats médicaux dressés par le médecin qui les a examinés.

L'OFII n'était pas représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; / () / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". En outre, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. () ". En vertu de l'article L. 522-3, l'évaluation de la vulnérabilité vise notamment à identifier les mineurs et les personnes atteintes de maladies graves. Enfin, aux termes de l'article R. 522-2 du même code : " Si, à l'occasion de l'appréciation de la vulnérabilité, le demandeur d'asile présente des documents à caractère médical, en vue de bénéficier de conditions matérielles d'accueil adaptées à sa situation, ils sont examinés par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui émet un avis ".

2. Mme C et M. D, ressortissants géorgiens entrés en France en dernier lieu le 12 septembre 2024, selon leurs déclarations, accompagnés de leurs deux enfants mineurs nés en 2019 et 2020, ont sollicité le réexamen de leur demande d'asile le 26 septembre 2024.

Par la décision contestée, édictée le même jour, l'OFII leur a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, au motif qu'ils présentent une demande de réexamen de leur demande d'asile.

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme C et M. D ont bénéficié d'un entretien personnel, notamment en vue d'évaluer leur vulnérabilité, le 26 septembre 2024. Lors de cet entretien, deux certificats médicaux vierges leur ont été remis, en vue d'un avis à émettre par le médecin coordonnateur de zone de l'OFII, l'un pour M. D, et l'autre pour la fille des requérants, née en 2020, souffrant de troubles au larynx qui ont justifié, précédemment,

la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'au 27 août 2023. Il ressort également des pièces du dossier que ces deux certificats médicaux vierges ont été complétés par un médecin généraliste qui a examiné M. D et sa fille le jour même, soit le 26 septembre 2024.

Les requérants soutiennent, sans être contredits, que ces deux certificats médicaux n'ont pas été pris en compte, la décision leur refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ayant été édictée le 26 septembre 2024. Alors que l'OFII ne justifie pas que le médecin coordonnateur de zone avait effectivement formalisé et transmis un avis sur la situation de M. D et de sa fille mineure, il ne peut être considéré comme établi, eu égard à l'absence de tout délai entre la rédaction des deux certificats médicaux et l'édiction de la décision en litige, que cette décision a été prise après que le médecin de l'OFII s'est prononcé et que les services de l'OFII ont, le cas échéant, procédé à un examen suffisant de ses avis. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de leur situation individuelle, en ce qui concerne leur vulnérabilité.

4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision de l'OFII en date du 26 septembre 2024 doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement que la situation de Mme C et de M. D soit réexaminée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au directeur général de l'OFII de procéder à ce réexamen dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une mesure d'astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu d'admettre provisoirement Mme C et M. D à l'aide juridictionnelle. Par suite, leur avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Berry, avocate de Mme C et de M. D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de ses clients à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Berry d'une somme de 1 000 euros, hors taxe. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne leur serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme C et à M. D.

D E C I D E

Article 1er : Mme C et M. D sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision du 26 septembre 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mme C et à M. D est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder à un réexamen de la situation de Mme C et de M. D dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme C et de M. D à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Berry renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Berry, avocate de Mme C et de M. D, une somme de 1 000 (mille) euros hors taxe en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme C et de M. D par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme globale de 1 000 (mille) euros sera versée à Mme C et à M. D.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à M. A D,

à Me Berry et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

A. TherreLa greffière,

R. Van Der Beek

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme.

La greffière,

R. Van Der Beek

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