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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2407525

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2407525

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2407525
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPELLETIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 octobre 2024, et un mémoire, enregistré le 9 octobre 2024, M. A C, détenu à la maison d'arrêt de Strasbourg, représenté par Me Pelletier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté ne lui a pas été notifié dans une langue qu'il comprend ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle a été prise en méconnaissance du principe du respect des droits de la défense ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle porte une atteinte excessive au droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle a été prise en méconnaissance du principe du respect des droits de la défense ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle porte une atteinte excessive au droit au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Therre en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Therre, magistrat désigné ;

- les observations de Me Pelletier, avocate de M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;

- les observations de M. C, assisté de M. G, interprète, qui expose qu'il a déféré à la précédente obligation de quitter le territoire français, en se rendant en Suède, qu'il pensait que l'interdiction judiciaire du territoire français avait été exécutée, et qu'il a de la famille en France.

La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.

Sur les moyens communs :

2. En premier lieu, par un arrêté du 29 août 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin du 30 août 2024, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de M. B F, directeur des migrations et de l'intégration, à Mme E D, cheffe du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer les décisions attaquées. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. F n'aurait pas été absent ou empêché à la date de ces décisions. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C a été entendu par les services de la police nationale, le 29 septembre 2024, de 15 heures 10 à 16 heures 30, notamment sur son âge, sa nationalité, sa situation de famille, et sur les conditions de son séjour en France. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C ait été empêché de présenter ses observations avant que ne soient prises les décisions contestées portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour, ni qu'il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait pu utilement porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prises ces mesures contestées et qui, si elles avaient été communiquées à temps, auraient été susceptibles de faire obstacle aux décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe général des droits de la défense doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. C avant d'édicter à l'encontre de l'intéressé les décisions attaquées.

5. En quatrième lieu, l'arrêté attaqué énonce, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, désignation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français pendant cinq ans. Le moyen tiré du défaut de motivation ne peut dès lors qu'être écarté.

6. En cinquième lieu, les conditions de notification d'une décision administrative étant sans conséquence sur sa légalité, le moyen tiré de ce que les décisions contestées n'auraient pas été notifiées à M. C dans une langue qu'il comprend doit être écarté comme inopérant.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, si M. C, qui ne conteste pas être célibataire et sans enfant à charge, a évoqué, lors de l'audience, la présence de membres de sa famille en France avec lesquels il entretiendrait des liens, il ne produit aucune pièce au soutien de cette allégation, qui ne peut dès lors être tenue pour établie. Par ailleurs, il ne démontre, ni même ne soutient être durablement inséré dans la société française. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation doivent être écartés.

8. En second lieu, M. C n'assortit pas le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur de droit des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, il ne peut qu'être écarté.

Sur la légalité de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

9. M. C ne justifie ni être entré régulièrement sur le territoire français, ni y séjourner de manière régulière. En outre, il ressort du procès-verbal d'audition qu'il n'a pas été en mesure de présenter des documents d'identité et de voyage, ni de justifier d'une résidence effective et permanente. Enfin, eu égard au caractère récent de sa condamnation, par la cour d'appel de Colmar, à une peine de 18 mois d'emprisonnement pour des faits de vol, extorsion par violence, menace ou contrainte de signature, promesse, secret, fonds, valeur ou bien, et d'escroquerie, la préfète du Bas-Rhin a pu, à bon droit, regarder sa présence en France comme constituant une menace pour l'ordre public. Par suite, la préfète n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, en se bornant à faite état de risques potentiellement encourus en cas de retour dans son pays d'origine, sans apporter aucune précision ni produire de pièce, M. C ne démontre pas que la décision fixant le pays de destination méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En second lieu, M. C n'assortit pas le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, il ne peut qu'être écarté.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, M. C n'établit pas la durée de sa présence sur le territoire français. Au demeurant, elle ne peut qu'être limitée, dès lors qu'il allègue être entrée en France en 2021, puis avoir déféré à l'obligation de quitter le territoire français édictée à son encontre le

1er octobre 2021. En outre, il ne justifie d'aucun lien avec la France. Enfin, il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Enfin, son comportement constitue une menace pour l'ordre public, ainsi qu'il a été dit au point 9. Dès lors, la préfète du Bas-Rhin a pu, sans entacher sa décision d'une erreur de droit ou d'une erreur d'appréciation, prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de cinq ans.

13. En second lieu, faute de justifier de liens privés et familiaux en France, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire d'une durée de cinq ans aurait été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du 30 septembre 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Pelletier et au préfet du

Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

A. TherreLa greffière,

C. Lamoot

La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme.

La greffière,

C. Lamoot

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