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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2407529

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2407529

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2407529
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGHARZOULI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 octobre 2024, et deux mémoires complémentaires enregistrés le 8 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Gharzouli, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2024 par lequel le préfet de la Moselle lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'annuler l'arrêté du 1er octobre 2024 par lequel le préfet de la Moselle l'a assigné à résidence dans le département de la Moselle pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et, subsidiairement, de réexaminer sa situation et de lui délivrer durant ce réexamen une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il ne présente pas une menace pour l'ordre public ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité affectant l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle n'est pas motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité affectant l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

- elle n'est pas motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité affectant l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 octobre 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Richard en application de l'article

L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard, magistrat désigné ;

- les observations de Me Gharzouli, avocate de M. B, présent à l'audience, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soutient que la décision de refus de titre de séjour est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé au regard de l'absence de tout problème depuis l'année 2022, l'intervention du divorce avec sa femme et le règlement de la question de la garde des enfants ainsi que des contrats de travail obtenus au bénéfice de l'autorisation de travail qui lui a été délivrée. Elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants.

Le préfet de la Moselle, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

2. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard à l'urgence, il y a lieu d'admettre M. B à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Pour prendre, par son arrêté du 27 septembre 2024, le refus de titre de séjour assorti de l'obligation de quitter le territoire français en litige à l'encontre de M. B, le préfet de la Moselle se fonde sur la menace persistante que représente l'intéressé pour l'ordre public compte tenu de sa condamnation en dernier lieu le 14 décembre 2022 à une peine d'amende pour circulation en octobre 2022 avec un véhicule sans assurance. Le préfet rappelle que M. B avait par ailleurs fait l'objet d'une condamnation le 11 juillet 2018 à une peine de dix mois d'emprisonnement dont huit mois avec sursis pour des faits de violences sans incapacité et menaces de mort entre 2015 et 2018, sursis partiellement révoqué en raison de la réitération de violence sur conjoint le 24 mars 2022 avec incapacité ne dépassant pas huit jours, en présence d'un mineur, qui lui a valu une peine de huit mois d'emprisonnement dont six mois avec sursis probatoire, la peine ayant été exécutée au 9 janvier 2023. Il ressort toutefois également des pièces du dossier, des précisions données et des attestations versées que le divorce intervenu entre les intéressés le 3 février 2023 a mis fin au comportement de M. B, lequel lui a valu ses condamnations passées, ce dont atteste Mme B qui rappelle que son ex-époux exerce avec investissement ses responsabilités parentales, issues du jugement de divorce portant sur les droits de garde de ses trois enfants et ses versements de pension alimentaire qu'il respecte scrupuleusement. M. B soutient pour sa part sans être sérieusement contesté qu'il a exercé une activité professionnelle de façon quasi continue depuis 2018, qu'il réside en France depuis 2011, qu'il a bénéficié d'une autorisation de travail en 2024 soit quelques mois avant le refus de titre de séjour assorti de l'obligation de quitter le territoire français opposé sur le fondement de la menace à l'ordre public dans le cadre de l'arrêté du 27 septembre 2024, alors qu'aucun fait répréhensible ne pouvait lui être reproché depuis deux ans. Un récépissé lui a d'ailleurs été délivré à nouveau le 26 août 2024 sans qu'il soit fait état d'éléments relatifs à une menace persistante à l'ordre public. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir qu'en décidant de lui refuser le renouvellement de son titre de séjour et de l'obliger à quitter le territoire français sans délai, le préfet de la Moselle, qui ne justifie en outre pas de la menace actuelle réelle et constante à l'ordre public dont il se prévaut, a entaché sa décision, dans les circonstances particulières de l'espèce d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. B.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision de refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français sans délai qui en résulte, ainsi que, par voie de conséquence, de l'interdiction de retour sur le territoire français et de l'assignation à résidence prononcées à son encontre.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution/ La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

6. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

7. L'annulation prononcée pour le motif énoncé au point 3 implique nécessairement, sauf changement de circonstances intervenu dans l'intervalle lié au comportement de M. B, que le préfet de la Moselle délivre une carte de séjour " vie privée et familiale " au requérant dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement ainsi qu'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans les meilleurs délais à compter de la même notification.

Sur les frais liés au litige :

8. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Gharzouli renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle et sous réserve que M. B soit admis définitivement au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Gharzouli de la somme de 1 200 euros hors taxe.

D E C I D E :

Article 1 : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les arrêtés du préfet de la Moselle du 27 septembre 2024 sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Moselle de délivrer à M. B une carte de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois, ainsi qu'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans les meilleurs délais à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'État versera une somme de 1 200 (mille deux cents) euros hors taxe à Me Gharzouli, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que M. B soit admis définitivement au bénéfice de l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Gharzouli renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Gharzouli et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judicaire de Thionville.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

M. Richard

La greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité0

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