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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2407530

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2407530

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2407530
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPELLETIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 4 octobre 2024, le magistrat désigné du tribunal administratif de Nancy a transmis au Tribunal la requête de Mme B C.

Par une requête, enregistrée le 28 septembre 2024, et un mémoire, enregistré le 9 octobre 2024, Mme B C, représentée par Me Pelletier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;

- en méconnaissance des dispositions de l'article 467 du code civil, la décision en litige n'a pas également été notifiée à son curateur ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, en ce qui concerne la personne faisant l'objet de la mesure d'éloignement ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte atteinte portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, son comportement ne constituant pas une menace à l'ordre public et ne traduisant pas un risque de fuite ;

- la décision fixant le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision prononçant une interdiction de circulation sur le territoire français est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en ce qui concerne sa durée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2024, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Therre en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Therre, magistrat désigné ;

- les observations de Me Pelletier, avocate de Mme C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et qui soutient en outre que le préfet ne pouvait légalement pas obliger l'intéressée à quitter le territoire français, dès lors qu'elle a exercé des activités professionnelles en France, et que faute d'engagement de toute poursuite pénale à l'issue d'un placement en garde à vue, découlant d'une vengeance d'une connaissance envers elle, son comportement personnel ne constitue pas, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ;

- les observations de Mme C, assistée de M. E, interprète, et d'un représentant de l'Association pour la protection des majeurs, qui expose que son placement en garde à vue est dû à une dispute avec l'une de ses connaissances qu'elle a refusé d'héberger et qui a alors appelé les services de police, ces faits n'ayant pas donné lieu à l'engagement d'une procédure pénale.

Le préfet du Haut-Rhin n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme C, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressée à l'aide juridictionnelle.

Sur les moyens communs :

2. En premier lieu, par un arrêté du 5 juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Haut-Rhin du même jour, le préfet du Haut-Rhin a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de M. G D, directeur de l'immigration, de la citoyenneté et de l'égalité, à Mme F A, cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement, à l'effet de signer notamment les décisions attaquées. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D n'aurait pas été absent ou empêché à la date de ces décisions. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué énonce, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, désignation du pays de renvoi et interdiction de circulation sur le territoire français pendant un an. Le moyen tiré du défaut de motivation ne peut dès lors qu'être écarté.

4. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision administrative étant sans conséquence sur sa légalité, le moyen tiré de ce que les décisions contestées n'auraient pas été notifiées à Mme C dans une langue qu'elle comprend doit être écarté comme inopérant.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, si le préfet du Haut-Rhin a orthographié, dans l'arrêté en litige, le prénom de l'intéressée " Liminata ", et non " B " ainsi qu'il ressort de son passeport et de plusieurs pièces qu'elle produit, cette simple erreur de plume reste sans incidence sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la mesure aurait visé une autre personne que la requérante. Par suite, le moyen tiré d'une erreur de fait doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il ne ressort ni des mentions de l'arrêté contesté, et notamment pas de l'erreur de plume sur son prénom, ni des pièces du dossier que le préfet du Haut-Rhin n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme C avant d'édicter à l'encontre de l'intéressée la décision en litige.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () ". Aux termes de l'article L. 233-1 de ce code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3° ". Enfin, aux termes de l'article R. 233-1 du même code : " Les ressortissants qui remplissent les conditions mentionnées à l'article L. 233-1 doivent être munis de leur carte d'identité ou de leur passeport en cours de validité. / 'assurance maladie mentionnée à l'article L. 233-1 doit couvrir les prestations prévues aux articles L. 160-8, L. 160-9 et L. 321-1 du code de la sécurité sociale. / Lorsqu'il est exigé, le caractère suffisant des ressources est apprécié en tenant compte de la situation personnelle de l'intéressé. En aucun cas, le montant exigé ne peut excéder le montant forfaitaire du revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles. / La charge pour le système d'assistance sociale que peut constituer le ressortissant mentionné à l'article L. 233-1 est évaluée en prenant notamment en compte le montant des prestations sociales non contributives qui lui ont été accordées, la durée de ses difficultés et de son séjour ".

8. Pour obliger Mme C, ressortissante roumaine, à quitter le territoire français, le préfet du Haut-Rhin a estimé que le comportement de cette dernière était de nature à menacer l'ordre public, dont la préservation constitue un intérêt fondamental de la société, de manière actuelle, réelle et suffisamment grave, en considérant qu'elle avait été interpellée et placée en garde à vue le 27 septembre 2024, pour des faits de violence avec arme et en état d'ivresse. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a été interpellée pour avoir exercé des violences envers l'une de ses connaissances, qui portait des griffures sous l'œil gauche et au front, que suite à son interpellation, elle a commis des outrages envers les agents de police présents, et qu'elle a refusé de se soumettre à un test d'alcoolémie lors de son arrivée dans les locaux des services de police. Toutefois, la requérante a fait valoir, lors de l'audience publique, sans être contredite, que ces violences ont été commises lors d'une dispute avec cette connaissance qu'elle avait refusé d'héberger malgré ses demandes insistantes. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que des poursuites pénales auraient été engagées pour ces faits, le Procureur de la République ayant décidé, au vu de l'enquête de police, de mettre fin à la garde à vue et de la remettre aux autorités administratives. Alors qu'aucun autre acte pénalement répréhensible ne lui est reproché, les seuls faits survenus le 27 septembre 2024 ne peuvent, à eux seuls, faire regarder le comportement d'ensemble de la requérante comme représentant une menace réelle, actuelle et suffisamment grave au sens des dispositions précitées.

9. Toutefois, le préfet du Haut-Rhin s'est également fondé, pour édicter la mesure d'éloignement, sur les circonstances qu'elle n'est ni salariée, ni étudiante, qu'elle ne justifie pas exercer une activité professionnelle en France, qu'elle ne fait état d'aucune source de revenus propres suffisants, et qu'en l'absence de tels revenus, elle ne garantit pas ne pas constituer une charge déraisonnable pour le système social français. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'attestation de paiement de la Caisse d'allocations familiales (CAF), que Mme C perçoit le revenu de solidarité active et l'allocation personnalisée au logement, pour un montant de 803,16 euros en septembre 2024. En outre, si elle se prévaut d'une activité professionnelle, elle reconnaît elle-même que celle-ci, en qualité d'aide à domicile de personnes âgées, est demeurée ponctuelle. Elle n'établit, ni même n'allègue exercer une activité professionnelle à la date de la décision en litige. Aussi, la requérante ne dispose pas de ressources suffisantes pour ne pas être une charge pour le système d'assistance sociale dès lors qu'elle ne perçoit que des prestations sociales, ces allocations ne pouvant être prises en compte dans le calcul des ressources dans la mesure où elles constituent des prestations sociales non contributives. Par ailleurs, si elle se prévaut de formation suivies en France, elle ne produit aucune pièce de nature à établir cette allégation. Elle n'établit pas davantage, ni même ne fait valoir être inscrite dans un établissement dispensant un enseignement ou une formation professionnelle, au sens du 3° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle ne justifie ainsi pas remplir l'une des conditions prévues par l'article L. 233-1 pour avoir le droit de séjourner en France pour une durée de plus de trois mois. Il suit de là que le préfet a pu, sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation, se fonder sur les dispositions du 1° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour l'obliger à quitter le territoire français. Enfin, il résulte de l'instruction que le préfet du Haut-Rhin aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que ce seul motif.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Si Mme C, née en 1991, soutient être entrée en France en 2004 alors qu'elle était âgée de treize ans, elle ne l'établit pas, la pièce produite la plus ancienne étant datée de 2016. Elle ne justifie de plus pas résider de manière habituelle et continue sur le territoire français depuis 2016. En outre, elle se prévaut de son mariage avec un ressortissant français, en 2016. Elle admet cependant être séparée de son mari. Faute de vie commune avec celui-ci, de manière durable et jusqu'à la date de la décision en litige, elle ne justifie ainsi pas d'une telle attache en France. Par ailleurs, elle ne produit aucune pièce au soutien de ses allégations sur les liens privés qu'elle aurait noués en France. Enfin, elle ne justifie pas, ainsi qu'il a été dit au point 9, d'une insertion professionnelle durable. Aussi, la décision attaquée ne porte pas atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet du

Haut-Rhin aurait, en adoptant cette décision, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ou entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 467 du code civil : " La personne en curatelle ne peut, sans l'assistance du curateur, faire aucun acte qui, en cas de tutelle, requerrait une autorisation du juge ou du conseil de famille. / Lors de la conclusion d'un acte écrit, l'assistance du curateur se manifeste par l'apposition de sa signature à côté de celle de la personne protégée. / A peine de nullité, toute signification faite à cette dernière l'est également au curateur ".

13. La décision en litige n'entre pas dans le champ de la catégorie des actes visés par ces dispositions et ne peut être regardée comme un acte de la vie civile, au sens des dispositions du code civil relatives aux majeurs en curatelle, nécessitant l'assistance de son curateur. Par suite, le moyen tiré de l'absence de notification de l'arrêté attaqué au curateur de la requérante ne peut qu'être écarté.

Sur la légalité de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

14. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux citoyens de l'Union européenne : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".

15. Pour supprimer le délai de départ volontaire, le préfet du Haut-Rhin s'est fondé sur une situation d'urgence, caractérisée par l'absence d'un document d'identité valide et de justification d'une adresse personnelle stable, ainsi que sur le trouble grave et actuel à l'ordre public que représente son comportement. Toutefois, d'une part, eu égard à ce qui a été dit au point 8, le comportement de Mme C en France ne peut être regardé comme représentant une menace d'une telle nature pour l'ordre public. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée est titulaire d'un passeport délivré par les autorités roumaines, valable jusqu'au 7 septembre 2033. En outre, elle justifie d'un domicile, à la date de la décision en litige, dans un logement indépendant situé à Mulhouse, pour la location duquel elle a conclu un contrat de bail le 20 juillet 2022. Compte tenu du caractère stable de cette adresse, au demeurant mentionnée sur plusieurs pièces de nature différente produite par la requérante, le préfet ne saurait retenir un risque de fuite, faute de garanties de représentation suffisantes. Par suite, faute de situation d'urgence avérée, le préfet ne pouvait légalement lui refuser l'octroi du délai de départ volontaire d'un mois prévu par les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

16. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

17. La requérante ne fait état d'aucune circonstance de nature à établir qu'elle ne pourrait pas retourner dans son pays d'origine sans encourir de risques. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Haut-Rhin aurait méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

18. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11, et alors que Mme C ne démontre, ni même ne soutient être dépourvue de tout lien privé ou familial dans son pays d'origine, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :

19. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11, et alors que Mme C ne justifie pas de la durée de son séjour en France, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

20. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en fixant la durée de l'interdiction de circulation à une année, le préfet du Haut-Rhin aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

21. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que l'arrêté du préfet du Haut-Rhin en date du 27 septembre 2024 ne doit être annulé qu'en tant qu'il refuse l'octroi d'un délai de départ volontaire à Mme C pour quitter le territoire français.

Sur les frais liés au litige :

22. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par Mme C sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du préfet du Haut-Rhin en date du 27 septembre 2024 est annulé uniquement en tant qu'il refuse l'octroi d'un délai de départ volontaire à Mme C pour quitter le territoire français.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à l'Association pour la protection des majeurs, à Me Pelletier et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Mulhouse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

A. TherreLa greffière,

C. Lamoot

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme.

La greffière,

C. Lamoot

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