mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2407531 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | GHARZOULI |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 4 octobre 2024, le magistrat désigné du tribunal administratif de Nancy a transmis au tribunal la requête de M. B A.
Par cette requête, enregistrée le 27 septembre 2024, alors retenu au centre de rétention administrative de Metz, et un mémoire complémentaire, enregistré le 8 octobre 2024, M. A, représenté par Me Gharzouli, doit être regardé comme demandant au tribunal dans le dernier état de ses écritures et au regard de l'arrêté attaqué joint à la requête :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 26 septembre 2024 par lequel le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer un titre de séjour, à défaut de réexaminer sa situation et dans l'attente de ce réexamen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, respectivement dans un délai d'un mois et de de quinze jours à compter de la notification du jugement ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- les décisions sont insuffisamment motivées, sont entachées d'incompétence et ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :
- il ne présente aucune menace pour l'ordre public ni de risque de fuite ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité affectant l'obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité affectant l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la durée ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 octobre 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu :
- l'ordonnance du 2 octobre 2024 du juge des libertés et de la détention du tribunal judicaire de Metz prononçant l'assignation à résidence de M. A ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Richard en application de l'article
L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Richard, magistrat désigné ;
- les observations de Me Gharzouli, avocate de M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soutient en outre que l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant avec les mêmes éléments que ceux soumis dans le cadre des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les observations de M. A.
Le préfet de la Moselle, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré, présentée par le préfet de la Moselle, a été enregistrée le 9 octobre 2024.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".
2. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard à l'urgence, il y a lieu d'admettre M. A à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A, ressortissant marocain, réside en France depuis son entrée comme mineur en 1993. Pour l'obliger à quitter le territoire français sans délai par son arrêté du 26 septembre 2024, le préfet de la Moselle s'est fondé sur l'absence de renouvellement de titre de séjour de l'intéressé, son dossier ayant été considéré comme incomplet en 2021, sans qu'il poursuive ses démarches en vue de régulariser sa situation notamment lorsqu'il lui a été indiqué qu'il devait redéposer une nouvelle demande de titre de séjour et non une simple demande de renouvellement de son titre. Il est également indiqué dans l'arrêté en litige que le requérant ne subvenait pas aux besoins et à l'éducation de ses enfants. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. A, lequel est lui-même présent en France depuis plus de trente ans, est le père d'un enfant français de six ans, C, qui a été placé auprès du service d'aide sociale à l'enfance et qu'il exerce régulièrement ses droits de visite de façon investie et cela depuis le 7 mars 2022 selon les termes de l'attestation du conseiller du pôle protection de l'enfance du département de la Moselle. Il ressort également du jugement en assistance éducative du 28 avril 2023 qui a prolongé le placement de l'enfant pour une durée de deux ans, que la mère de l'enfant et ancienne compagne de M. A, a vu ses droits réservés compte tenu du non-respect des consignes et préconisations des services de l'aide sociale à l'enfance dans le cadre de ses visites à son fils et que les prestations familiales doivent désormais être versées à M. A qui a justifié de son sérieux pour l'accompagnement de son fils dans le cadre de ce placement. Le requérant est invité à exercer son droit de visite deux fois par mois au minimum et l'accompagnement pourra être levé et permettre des sorties entre le requérant et son fils avec l'aval du service d'aide sociale à l'enfance selon les constatations effectuées lors des visites à venir. Il ressort au demeurant des pièces du dossier que M. A n'a plus commis d'infraction depuis février 2022, lesquelles infractions étaient en lien avec son état de dépendance alcoolique, qu'il justifie avoir stabilisé sa situation personnelle et s'être désormais investi de manière exemplaire dans une association sportive depuis 2022 dans l'attente d'une régularisation lui permettant de travailler ce qui témoigne de sa volonté d'exercer ses droits parentaux de manière crédible et pérenne, à l'égard d'Abdel-Malek notamment. Le préfet de la Moselle relève d'ailleurs qu'il ne présente pas une menace pour l'ordre public jusqu'à présent et qu'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement auparavant. Dans ces conditions, compte tenu du comportement de M. A depuis 2022 et de ce que la mesure l'obligeant à quitter le territoire français conduit nécessairement à le séparer de son fils C, lequel est pour l'heure dans la nécessité de bénéficier de l'investissement affectif de son père, le requérant est fondé à soutenir que le préfet de la Moselle n'a pas suffisamment pris en compte l'intérêt supérieur de son enfant et que l'arrêté en litige méconnaît les stipulations précitées du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Eu égard à l'ancienneté de son séjour en France, à l'absence d'infraction commise depuis 2022 et aux conditions dans lesquelles M. A n'a pu satisfaire aux conditions de renouvellement de son titre de séjour demandé avant puis après l'expiration de celui-ci, le requérant est également fondé à soutenir que la décision contestée porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
5. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 septembre 2024 par lequel le préfet de la Moselle a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, ainsi que par voie de conséquence, l'annulation des décisions fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
6. Le présent jugement implique seulement que le préfet de la Moselle délivre une autorisation provisoire de séjour à M. A l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et réexamine sa situation administrative, en tenant compte des motifs énoncés dans le présent jugement notamment au point 4, avant de prendre une décision expresse sur le droit au séjour de M. A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Le préfet de la Moselle pourra notamment vérifier, en tenant compte de toute évolution éventuelle particulière, si la situation administrative de l'intéressé peut être régularisée par la délivrance d'une carte de séjour " vie privée et familiale ".
Sur les frais liés au litige :
7. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Gharzouli renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle et sous réserve que M. A soit admis définitivement au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Gharzouli de la somme de 1 200 euros hors taxe.
D E C I D E :
Article 1 : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du préfet de la Moselle du 26 septembre 2024 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Moselle de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement et de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement.
Article 4 : L'État versera une somme de 1 200 (mille deux cents) euros hors taxe à Me Gharzouli, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que M. A soit admis définitivement au bénéfice de l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Gharzouli renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Gharzouli et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Metz.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
M. Richard
La greffière,
G. Trinité
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
G. Trinité0
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026