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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2407563

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2407563

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2407563
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantPEREZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 octobre 2024, Mme A B, représentée par Me Perez, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 9 août 2024 par lesquelles la préfète du Bas-Rhin lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent arrêté, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et dans l'intervalle de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou, à titre subsidiaire, de l'enjoindre à réexaminer sa situation dans le même délai et de lui délivrer, dans l'intervalle, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur le refus de séjour :

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa demande ;

- il méconnait les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît la circulaire NORINTK1229185C du 28 novembre 2012, dite circulaire Valls qui est invocable ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 octobre 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Cormier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante sri-lankaise, née le 4 novembre 1984, est entrée en France le 23 mai 2014. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 13 août 2014, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 3 mai 2016. Le 20 juillet 2016, Mme B a fait l'objet d'un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, auquel elle n'a pas déféré. Par un arrêté du 16 décembre 2021, confirmé par la cour administrative d'appel de Nancy le 6 juillet 2023, la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Le 16 février 2023, Mme B, a sollicité un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 9 août 2024, dont Mme B demande l'annulation, la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne garantissent pas le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer une vie privée et familiale. En outre, pour apprécier l'atteinte à la vie privée et familiale, il y a lieu de prendre en considération la durée et l'intensité des liens familiaux dont la personne se prévaut.

3. Si Mme B est présente en France depuis plus de dix ans à la date de la décision en litige, elle s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français postérieurement aux décisions portant obligation de quitter le territoire français édictées à son encontre les 20 juillet 2016 et 16 décembre 2021, auxquelles elle n'a pas déféré. Si Mme B fait état de la naissance de ses quatre enfants en France en 2016, 2017, 2019 et 2022 et de la scolarité de ses ainés, il est constant que le père des enfants, de nationalité sri-lankaise, réside et travaille en Suisse et qu'elle est logée avec ses enfants chez la mère de ce dernier à Strasbourg. De plus, Mme B ne démontre pas être dépourvue d'attache dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 30 ans et où ses enfants pourraient poursuivre ou entamer leur scolarité. Enfin, par les pièces qu'elle produit, Mme B n'établit pas avoir fixé en France le centre de ses intérêts privés. Dans ces conditions, la préfète du Bas-Rhin n'a pas porté au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels la décision contestée a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes raisons, la préfète du Bas-Rhin n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme B.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

5. Il résulte de ce qui a été exposé au point 3, que la situation personnelle et familiale de Mme B ne constitue pas une considération humanitaire et que l'intéressée ne justifie d'aucun motif exceptionnel d'admission au séjour au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1. Par suite, la préfète du Bas-Rhin n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. Si Mme B fait valoir que trois de ses enfants sont scolarisés, il n'est pas démontré qu'ils ne pourraient pas poursuivre leur scolarité au Sri Lanka. Par ailleurs, il n'est pas établi que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer au Sri Lanka, pays dont est également ressortissant le père des enfants. Par suite, la décision attaquée, qui n'implique en elle-même aucune séparation des enfants d'avec leurs parents, ne méconnaît pas l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

8. En quatrième et dernier lieu, Mme B ne peut utilement soutenir que la décision en litige méconnait les dispositions de la circulaire IMII0800042C du 7 octobre 2008 et de la circulaire Valls du 28 novembre 2012 qui ne comportent que de simples orientations générales et n'ont pas de caractère réglementaire.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, la décision en litige, signée le 9 août 2024 par M. Mathieu Duhamel, secrétaire général de la préfecture, en vertu d'une délégation accordée le 7 mai 2024 et publiée le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, n'est pas entachée d'incompétence.

10. En deuxième lieu, les moyens dirigés contre la décision portant refus de titre ayant été écartés, le moyen tiré de l'annulation par voie de conséquence de l'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

11. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 3 à 7, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990, ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

12. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, le moyen tiré d'une incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.

13. En deuxième lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, le moyen tiré de l'annulation par voie de conséquence de la décision fixant le pays de renvoi ne peut qu'être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme B, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et d'application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Perez et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gros, président,

Mme Deffontaines, première conseillère,

M. Cormier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

Le rapporteur,

R. CORMIER

Le président,

T. GROS

Le greffier,

P. SOUHAIT

La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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