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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2407771

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2407771

mercredi 30 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2407771
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantELSAESSER

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Strasbourg a été saisi par M. A d’un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral du 10 octobre 2024 refusant le renouvellement de son titre de séjour, lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour de cinq ans. Le requérant invoquait notamment la méconnaissance de son droit d’être entendu, l’absence de base légale de l’obligation de quitter le territoire en raison d’un recours pendant devant la Cour nationale du droit d’asile, et une erreur d’appréciation quant à la menace pour l’ordre public. Le tribunal a rejeté l’ensemble de ses demandes, jugeant que l’arrêté était suffisamment motivé, que la procédure de consultation du fichier des antécédents judiciaires était régulière, et que le comportement de l’intéressé représentait une menace réelle et actuelle pour l’ordre public justifiant le refus de séjour et la mesure d’éloignement. La décision s’appuie sur les articles L. 424-13, L. 611-1 et L. 613-1 du code de l’entrée et du sé

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2403076 du 15 octobre 2024, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nancy a renvoyé au tribunal administratif de Strasbourg le dossier de M. C D A.

Par cette requête et un mémoire, enregistrés les 11 octobre 2024 et 12 février 2025,

M. A, représenté par Me Elsaesser, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ;

3°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet du Bas-Rhin de lui délivrer une carte de résident dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous une astreinte de 200 euros par jour de retard et de lui délivrer dans cette attente et sans délai une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous la même astreinte ;

4°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous une astreinte de 200 euros par jour de retard et de lui délivrer dans cette attente et sans délai un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, sous la même astreinte de 200 euros ;

5°) d'enjoindre, à titre infiniment subsidiaire, au préfet du Bas-Rhin de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous une astreinte de 200 euros par jour de retard et de lui délivrer dans cette attente et sans délai une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous la même astreinte ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat à verser à son conseil une somme de 1 500 euros hors taxes au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur les moyens communs à l'arrêté attaqué pris dans son ensemble :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivée ;

- il n'a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend.

Sur la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour :

- elle a été prise dans des conditions qui méconnaissent le droit d'être entendu qui constitue un principe général du droit communautaire et les stipulations de l'article 41-2 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est fondée sur des éléments irrégulièrement tirés du fichier de traitement des antécédents judiciaires, dès lors que ce dernier n'a pas été consulté par un agent habilité et selon la procédure prévue par l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il bénéficiait du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile statue sur son recours formé contre la décision par laquelle l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a mis fin au bénéfice de la protection subsidiaire ;

- il remplit les conditions pour bénéficier d'une carte de résident sur le fondement de l'article L. 424-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que le recours formé devant la Cour nationale du droit d'asile contre la décision par laquelle l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a mis fin au bénéfice de la protection subsidiaire, pour lequel une demande d'aide juridictionnelle avait été déposée dans le délai de recours, n'était pas irrecevable.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité du refus de renouvellement de son titre de séjour prive de base légale l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été prise dans des conditions qui méconnaissent le droit d'être entendu qui constitue un principe général du droit communautaire et les stipulations de l'article 41-2 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le recours formé devant la cour nationale du droit d'asile contre la décision du 30 juillet 2024 par laquelle l'office français de protection des réfugiés et apatrides a mis fin au bénéfice de la protection subsidiaire faisait obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement à son encontre ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des considérations humanitaires mentionnées à l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, liées à son état de santé, qui justifient la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du même code ;

- la préfète du Bas-Rhin n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle.

Sur la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prive de base légale la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne représente pas un risque de fuite en raison de son hospitalisation ;

- la préfète du Bas-Rhin n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prive de base légale la décision fixant le pays de renvoi ;

- elle a été prise dans des conditions qui méconnaissent le droit d'être entendu qui constitue un principe général du droit communautaire et les stipulations de l'article 41-2 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la préfète du Bas-Rhin n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prive de base légale la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée au regard de l'article

L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la préfète du Bas-Rhin n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation

personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa

situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 février 2025, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le moyen tiré de ce que les conditions de la notification de l'arrêté attaqué ne sont pas régulières est inopérantes ;

- le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant ;

- les autres moyens de la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Stéphane Dhers,

- les observations de Me Elsaesser, avocate de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant syrien né le 1er juin 1997, déclare être entré en France le 20 avril 2016. Par une décision du 30 juillet 2024, l'office français de protection des réfugiés et apatrides a, sur le fondement du 3° de l'article L. 512-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mis fin au bénéfice de la protection subsidiaire dont il bénéficiait au motif que son activité sur le territoire était susceptible de constituer une menace grave et actuelle pour l'ordre public, la sécurité publique ou la sûreté de l'Etat. Par une ordonnance du 15 novembre 2024, la cour nationale du droit d'asile a confirmé cette décision. Par un arrêté du 10 octobre 2024, la préfète du Bas-Rhin a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination duquel il pourrait être renvoyé d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de cinq ans. Le requérant demande au tribunal administratif d'annuler cet arrêté.

Sur l'admission provisoire de M. A à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

3. Il est constant que M. A a sollicité le bénéfice de l'aide juridictionnelle et que le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Strasbourg n'a pas statué sur cette demande. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire du requérant au bénéfice de cette aide, en application des dispositions précitées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

4. En premier lieu, par un arrêté du 30 septembre 2024, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. Mathieu Duhamel, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département, à l'exception de certaines mesures au nombre desquelles ne figurent pas les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que M. B, signataire de ces décisions, ne dispose pas d'une délégation de signature doit être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ". Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

6. L'arrêté contesté vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à l'intéressé, notamment les articles L. 412-5, L. 412-9 et L. 512-3 s'agissant de la décision refusant le renouvellement de son titre de séjour, l'article L. 611-1 3° et 5° s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français, les articles L. 612-2 et L. 612-3 s'agissant de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, les articles L. 612-6 et L. 612-10 s'agissant de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français et les articles L. 612-12, L. 721-3 et L. 721-4 s'agissant de la décision fixant le pays de renvoi. En outre, l'arrêté contesté mentionne, d'une part, que le bénéfice de la protection subsidiaire ayant été retiré à M. A par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 30 juillet 2024, il ne remplit plus les conditions lui permettant de prétendre au maintien de sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire ", d'autre part, qu'eu égard à ses antécédents judicaires, qui sont exposés dans l'arrêté, sa présence sur le territoire français représente une menace réelle, actuelle et grave pour la sécurité publique. Contrairement à ce qui est soutenu, la préfète du Bas-Rhin a pris en considération l'état de santé de l'intéressé, analysé la situation de son pays d'origine et évalué les risques que l'intéressé était susceptible d'encourir en cas de retour dans celui-ci. Enfin, la circonstance que l'arrêté comporterait des informations erronées concernant la recevabilité de son recours formé devant la Cour nationale du droit d'asile contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides mettant fin au bénéfice de la protection subsidiaire qui lui était accordée n'est pas de nature à remettre en cause la suffisance de la motivation. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui le fondent et le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

7. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision administrative, nécessairement postérieures à son édiction, sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées seraient illégales faute d'avoir été notifiées au requérant dans une langue qu'il comprend, doit être écarté comme étant inopérant.

En ce qui concerne les moyens communs à la décision refusant le renouvellement de son titre de séjour, à la décision portant obligation de quitter le territoire français et à la décision fixant le pays de renvoi :

8. Aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (). ". Le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, qu'il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été invité par l'office français de protection des réfugiés et apatrides à présenter ses observations, le 20 juin 2024, avant la décision du 30 juillet 2024 mettant fin au bénéfice de la protection subsidiaire qui lui avait été accordée, qui a pour conséquence le refus du renouvellement du titre de séjour dont il bénéficiait à ce titre. En outre, préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué, la préfète du Bas-Rhin a invité l'intéressé à présenter ses observations le 27 septembre 2024 après l'avoir informé de ce qu'elle envisageait de prendre à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi qu'une interdiction de retour. S'il soutient qu'il n'était pas en capacité de présenter ses observations ce jour-là, il ne l'établit pas et, au surplus, ne justifie pas avoir sollicité un nouvel entretien à une date ultérieure. En tout état de cause, M. A ne démontre ni même n'allègue avoir été empêché de faire valoir utilement ses observations et n'indique pas les circonstances ou précisions nouvelles concernant son état de santé ou le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné, dont la préfète ne disposait pas et qu'il n'aurait pas été en mesure de porter à sa connaissance, et qui auraient été susceptibles de conduire à l'édiction de décisions différentes. Dans ces conditions, en édictant les décisions attaquées, la préfète n'a pas méconnu le droit d'être entendu protégé par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

En ce qui concerne la décision refusant le renouvellement de son titre de séjour :

10. En premier lieu, aux termes de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale :

" I. - Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, aux articles L. 114-1, L. 114-2, L. 211-11-1, L. 234-1 et L. 234-2 du code de la sécurité intérieure et à l'article L. 4123-9-1 du code de la défense, les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : () / 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'Etat. L'habilitation précise limitativement les motifs qui peuvent justifier pour chaque personne les consultations autorisées. Lorsque la consultation révèle que l'identité de la personne concernée a été enregistrée dans le traitement en tant que mise en cause, l'enquête administrative ne peut aboutir à un avis ou une décision défavorables sans la saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents. Le procureur de la République adresse aux autorités gestionnaires du traitement un relevé des suites judiciaires devant figurer dans le traitement d'antécédents judiciaires et relatif à la personne concernée. Il indique à l'autorité de police administrative à l'origine de la demande si ces données sont accessibles en application de l'article 230-8 du présent code. / () ".

11. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de M. A, la préfète du Bas-Rhin s'est fondée sur la circonstance que l'intéressé était défavorablement connu des services de police pour des faits de violence commis en réunion suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, commis en décembre 2016, rébellion, commis en janvier 2018, violence dans un accès à un moyen de transport collectif de voyageurs suivi d'incapacité n'excédant pas huit jours, commis en septembre 2019 et pour lesquels il a été condamné à quatre mois d'emprisonnement avec sursis par un jugement du tribunal correctionnel de Strasbourg du 10 septembre 2020, exhibition sexuelle et refus de se soumettre aux opérations de relevés signalétiques intégrés dans un fichier de police par personne soupçonnée de crime ou délit, commis en mai 2021, violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique sans incapacité, commis en décembre 2021, vol simple et utilisation frauduleuse de carte bancaire volée, commis en octobre 2022, organisation d'une manifestation interdite sur la voie publique, commis en octobre 2023, viol commis dans l'enceinte d'un établissement de soins psychiatriques sur une personne mineure en septembre 2024.

12. Dès lors que les dispositions précitées prévoient la possibilité que certains traitements automatisés de données à caractère personnel soient consultés au cours de l'enquête conduite par l'administration dans le cadre de ses pouvoirs de police administrative, préalablement à la délivrance ou au refus de délivrance d'un titre de séjour, les circonstances, à les supposer établies, que l'agent ayant procédé à cette consultation n'aurait pas été individuellement désigné et régulièrement habilité à cette fin et que l'autorité administrative n'aurait pas préalablement saisi les services du procureur de la République compétents ou les services de police ou de gendarmerie pour complément d'informations, si elles sont susceptibles de donner lieu aux procédures de contrôle de l'accès à ces traitements, ne sont pas, par elles-mêmes, de nature à entacher d'illégalité la décision prise.

13. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que pour estimer que le requérant représentait une menace pour l'ordre public, la préfète du Bas-Rhin s'est fondée sur les motifs de la décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides du 30 juillet 2024 et sur une note blanche établie le 16 juillet 2024. Dès lors, la préfète aurait eu la même appréciation quant à la réalité de la menace à l'ordre public si elle n'avait pas procédé à la consultation du fichier du traitement des antécédents judiciaires, dont, au demeurant, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée qu'une telle consultation aurait été effectuée, ni, le cas échéant, qu'elle n'aurait pas été mise en œuvre dans le respect des dispositions précitées. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure tenant à l'irrégularité de la consultation du traitement des antécédents judiciaires ne peut qu'être écarté.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 512-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides met fin, de sa propre initiative ou à la demande de l'autorité administrative, au bénéfice de la protection subsidiaire lorsque les circonstances ayant justifié l'octroi de cette protection ont cessé d'exister ou ont connu un changement suffisamment significatif et durable pour que celle-ci ne soit plus requise. / L'office met également fin à tout moment, de sa propre initiative ou à la demande de l'autorité administrative, au bénéfice de la protection subsidiaire dans les cas suivants : () / 3° Le bénéficiaire de la protection subsidiaire doit, à raison de faits commis après l'octroi de la protection, en être exclu pour l'un des motifs prévus à l'article L. 512-2.

Par dérogation au premier alinéa, la protection subsidiaire est maintenue lorsque son bénéficiaire justifie de raisons impérieuses tenant à des atteintes graves antérieures pour refuser de se réclamer de la protection de son pays ". Aux termes de l'article L. 512-2 du même code : " La protection subsidiaire n'est pas accordée à une personne s'il existe des raisons sérieuses de penser : () / 4° Que son activité sur le territoire constitue une menace grave pour l'ordre public, la sécurité publique ou la sûreté de l'Etat ; () ". Aux termes de l'article L. 424-15 du même code : " Lorsqu'il est mis fin au bénéfice de la protection subsidiaire par décision définitive de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou par décision de justice ou lorsque l'étranger renonce à ce bénéfice, la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 424-9 et L. 424-11 est retirée () ". Aux termes de l'article L. 541-1 du même code : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. "

15. Le motif de la décision du 10 octobre 2024, par laquelle la préfète du Bas-Rhin a refusé de renouveler à M. A son titre de séjour, est tiré de la perte de la protection subsidiaire prononcée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 30 juillet 2024 en raison de la menace à l'ordre public qu'il représente. M. A fait valoir qu'à la date d'édiction de la décision en litige il bénéficiait de cette protection, puisque son recours contre la décision précitée du 30 juillet 2024 était pendant devant la Cour nationale du droit d'asile. Toutefois, il ne résulte ni des dispositions de l'article L. 532-1 et L. 541-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne s'appliquent qu'aux demandeurs d'asile, ni d'aucune autre disposition législative ou réglementaire ou d'un principe, que l'étranger pour lequel l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a mis fin au bénéfice de la protection subsidiaire sur le fondement de l'article L. 512-3 du même code, aurait le droit de se maintenir en France jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile statuant sur son recours contre cette décision. Il s'ensuit que la préfète du Bas-Rhin a pu, sur le fondement des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et sans attendre la décision de la Cour nationale du droit d'asile, refuser à M. A, qui n'a pas la qualité de demandeur d'asile, de renouveler son titre de séjour au motif que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides avait mis fin au bénéfice de sa protection subsidiaire. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Bas-Rhin aurait commis une erreur de droit.

16. En troisième lieu, comme il a été dit au point précédent, nonobstant la circonstance qu'un recours contre la décision mettant fin au bénéfice de la protection subsidiaire qui lui avait été accordée était pendant devant la Cour nationale du droit d'asile à la date de la décision attaquée, la préfète du Bas-Rhin pouvait légalement refuser le renouvellement du droit au séjour de l'intéressé qui ne disposait d'aucun droit de se maintenir en France. Il s'ensuit que, quand bien même le recours déposé devant la Cour nationale du droit d'asile a été regardé à tort comme étant irrecevable par la préfète du Bas-Rhin, le délai de recours ayant été prorogé par le dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle, cette circonstance n'a aucune incidence sur la légalité de la décision attaquée. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté comme inopérant.

17. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " d'une durée maximale de quatre ans. ". Aux termes de l'article

L. 424-13 du même code : " L'étranger titulaire de la carte de séjour pluriannuelle délivrée aux bénéficiaires de la protection subsidiaire et aux membres de leur famille, prévue aux articles L. 424-9 et L. 424-11, et justifiant de quatre années de résidence régulière en France, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans, sous réserve de la régularité du séjour ".

18. Le requérant ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions, dès lors qu'il ne bénéficie plus de la protection subsidiaire.

19. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

20. M. A, célibataire et sans charge de famille, réside en France depuis le mois d'avril 2016 selon ses déclarations. Il ne justifie pas avoir établi le centre de ses intérêts privés en France et ne dispose d'aucune attache familiale sur le territoire français. Il n'établit notamment pas être isolé en cas de retour dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de dix-huit ans. En outre, au regard des multiples faits, rappelés au point 11, commis entre décembre 2016, soit quelques mois après l'octroi de la protection subsidiaire, et septembre 2024, de leur gravité et de leur caractère répété, l'intéressé représente une menace grave pour l'ordre public, quand bien même certains de ces faits n'ont pas fait l'objet de condamnation pénale en raison de son irresponsabilité pénale liée à son état de santé mentale et sans que celui-ci puisse être de nature à relativiser sa dangerosité. Enfin, s'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est atteint de troubles psychiatriques et qu'il a fait l'objet de plusieurs hospitalisations en soins psychiatriques, aucune pièce du dossier ne permet de retracer les consultations, les ordonnances de traitement, les examens réalisés depuis son arrivée en France, ni d'établir la nécessité de bénéficier de soins continus et d'une surveillance rapprochée et constante qui est alléguée. S'il soutient dans ses écritures qu'il prend du Loxapine et du Halopéridol, aucun document médical ne se prononce sur le traitement que son état de santé requiert, ni sur la posologie nécessaire, ni sur l'indisponibilité d'un tel traitement et des soins dont il a besoin dans son pays d'origine. Au demeurant, il ressort de la décision du 30 juillet 2024 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et notamment de l'entretien mené préalablement à l'édiction de cette décision, que l'intéressé s'est volontairement placé dans une situation de rupture de traitement, empêchant ainsi une stabilisation voire une amélioration de son état de santé. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

21. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 11 à 20 que les moyens tirés de ce que la préfète du Bas-Rhin aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation et une erreur manifeste d'appréciation en considérant que son comportement représente une menace pour l'ordre public doivent également être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

22. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision refusant de renouveler son titre de séjour ne peut qu'être écarté.

23. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points précédents, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Bas-Rhin ne pouvait édicter une mesure d'éloignement en raison de l'existence d'un recours pendant devant la Cour nationale du droit d'asile formé à l'encontre de la décision mettant fin au bénéfice de la protection subsidiaire qui lui était accordée. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.

24. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 20, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

25. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 613-1, inséré au chapitre III intitulé " Procédure administrative ", du titre Ier du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ".

26. Ces dispositions sont issues en dernier lieu, dans leur rédaction applicable au litige, de l'article 37 de la loi du 26 janvier 2024 susvisée pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration. Il ressort des travaux parlementaires ayant précédé son adoption que le législateur a notamment entendu codifier le principe selon lequel un étranger devant se voir attribuer de plein droit un titre de séjour ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il a ainsi entendu imposer au préfet, avant l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français, de vérifier plus largement le droit au séjour de l'étranger au regard des informations en sa possession résultant en particulier de l'audition de l'intéressé, compte tenu notamment de la durée de sa présence sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un droit au séjour, une telle vérification constituant ainsi une garantie pour l'étranger.

27. Il ressort des termes de la décision attaquée, qui mentionne la durée de présence en France de M. A, les conditions de son séjour, l'absence d'attaches particulières sur le territoire français et l'absence de circonstances humanitaires justifiant un droit au séjour, que la préfète du Bas-Rhin, avant de prendre la décision attaquée, a vérifié, compte tenu des informations en sa possession, si M. A pouvait prétendre à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour, notamment sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, à défaut, si la durée de sa présence en France et la nature et l'ancienneté des liens qu'il y entretient ou encore des circonstances humanitaires justifient qu'il se voie délivrer un tel titre. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

28. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

29. Si M. A soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français est contraire à ces stipulations en raison de son état de santé, un tel moyen doit être écarté pour les motifs exposés au point 20.

30. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin, qui n'était pas tenue de faire état de manière exhaustive de l'ensemble des éléments factuels se rapportant à la situation personnelle de l'intéressé, n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A avant de prendre à son encontre la décision attaquée. Au surplus, l'intéressé a indiqué dans les observations qu'il a formulées le 27 septembre 2024 qu'il souhaitait quitter le territoire français. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

31. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

32. En deuxième lieu, l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

33. Pour refuser de lui octroyer un délai de départ volontaire, la préfète du Bas-Rhin s'est fondée sur la circonstance que M. A représentait une menace pour l'ordre public et qu'il existait un risque de fuite. Eu égard à la circonstance que le comportement de l'intéressé représente une menace pour l'ordre public, ainsi qu'il a été dit aux points précédents, qu'il ne dispose pas d'une résidence effective et permanente et qu'il ressort des pièces produites par la défense qu'il n'a pas respecté les obligations de présentation qui lui incombait en exécution de l'arrêté du 1er octobre 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a assigné à résidence, il n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant un délai de départ volontaire serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation du risque de fuite que le requérant présente. La circonstance que, par un arrêté du 14 octobre 2024 portant réintégration en hospitalisation complète d'une personne faisant l'objet de soins psychiatriques, la préfète du Bas-Rhin a décidé de l'hospitalisation de l'intéressé au sein de l'établissement public de santé Alsace Nord de Strasbourg, intervenue postérieurement à l'édiction de la décision attaquée, est sans incidence sur sa légalité. Ce moyen doit, dès lors, être écarté. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de ce que la préfète du Bas-Rhin aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en considérant que le comportement de l'intéressé représente une menace pour l'ordre public et une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation doivent être écartés.

34. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A avant de prendre à son encontre la décision attaquée et il n'est pas établi que celle-ci, en refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire, serait de nature à aggraver sa pathologie ou à empêcher l'amélioration de son état de santé. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

Sur ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

35. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

36. En deuxième lieu, M. A, qui est atteint de troubles psychiatriques ayant nécessité son hospitalisation en soins psychiatriques à plusieurs reprises, soutient qu'au regard de sa vulnérabilité liée à son état de santé, l'absence de soins adaptés à celui-ci dans son pays d'origine aurait pour conséquence de méconnaître les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précitées. Toutefois, s'il est établi par les pièces du dossier que l'intéressé a fait l'objet de plusieurs hospitalisations en soins psychiatriques, qu'il a été reconnu comme adulte handicapé par la maison départementale des personnes handicapées et bénéficie à ce titre de l'allocation aux adultes handicapées depuis une décision du 9 juillet 2024, versée à sa curatrice, sous la curatelle de laquelle il est placé, il ne produit aucun document circonstancié indiquant que la prise en charge médicale requise par son état de santé n'est pas possible en Syrie. La documentation à caractère général relative au système de santé syrien et à l'insuffisance de structures de prise en charge ne suffit pas à établir qu'aucun traitement approprié à son état de santé ne serait pas effectivement disponible dans son pays d'origine. Enfin, si le requérant soutient que la situation en Syrie et notamment à Iblid, à proximité d'Alep dans le nord-ouest du pays, dont il est originaire, est très instable et que les structures médicales y seraient insuffisantes, il ne fait état d'aucun risque réel et actuel pour sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine alors que la décision fixant le pays de destination n'a ni pour objet ni pour effet de lui interdire de s'établir dans une ville autre que celle dont il est originaire. Il n'établit pas non plus, par aucune pièce du dossier, que les craintes pour lesquelles le bénéfice de la protection subsidiaire lui avait été accordée par une décision du 18 mai 2016 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides seraient encore fondées à la date à laquelle la décision attaquée a été édictée. Dans ces conditions, en édictant la décision fixant le pays de destination, la préfète du Bas-Rhin n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

37. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 20 et alors même qu'il n'établit pas qu'il serait susceptible d'être persécuté en raison de son état de santé, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté, ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

38. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin, qui n'était pas tenue de faire état de manière exhaustive de l'ensemble des éléments factuels se rapportant à la situation personnelle de l'intéressé, n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A avant de prendre à son encontre la décision attaquée. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

39. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

40. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

41. Il résulte de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Ainsi, la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

42. M. A n'établit pas entretenir des liens privés et familiaux particuliers en France en se bornant à soutenir qu'il y a établi le centre de ses intérêts. Ainsi, il ne justifie pas de circonstances humanitaires s'opposant à l'édiction de la décision attaquée. En outre, il ne conteste pas la matérialité des faits mentionnés au point 11 pour lesquels il a fait l'objet de signalements et d'une condamnation pénale et pour lesquels son comportement doit être regardé comme étant une menace pour l'ordre public. Enfin, ainsi qu'il a été exposé ci-dessus, il n'établit pas que son état de santé nécessiterait une prise en charge médicale indisponible dans son pays d'origine ou dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dans ces circonstances, en fixant à cinq ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, la préfète du Bas-Rhin, qui a considéré que l'intéressé ne justifiait pas d'une circonstance humanitaire particulière, n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées. Par suite, ce moyen doit être écarté.

43. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 20 , le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté, ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

44. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin, qui n'était pas tenue de faire état de manière exhaustive de l'ensemble des éléments factuels se rapportant à la situation personnelle de l'intéressé, n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A avant de prendre à son encontre la décision attaquée. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

45. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 10 octobre 2024 de la préfète du Bas-Rhin doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D A, à Me Elsaesser et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 27 mars 2025, à laquelle siégeaient :

M. Dhers, président,

M. Boutot, premier conseiller,

Mme Stéphanie Jordan-Selva, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2025.

Le président-rapporteur,

S. Dhers

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

L. Boutot

La greffière,

D. Hirschner

La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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