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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2407883

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2407883

mardi 5 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2407883
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL LE DISCORDE - DELEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 octobre 2024 et un mémoire enregistré le 24 octobre 2024, la société Chevallot, représentée par Me Chamy, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 17 septembre 2024 par lequel le maire de Dannemarie a refusé de lui délivrer un permis de démolir pour la maison située au 4 rue Saint Léonard ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de prendre un arrêté autorisant la démolition de la maison située au 4 rue Saint Léonard dans un délai de dix jours sous astreinte de 1000 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Dannemarie une somme de 3000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête remplit les conditions de recevabilité ;

- l'urgence est caractérisée eu égard à l'état de délabrement et de dangerosité de la maison pour laquelle le permis de démolir est sollicité ce qui a été attesté par de nombreux experts, la commune ayant elle-même pris un arrêté de péril imminent ;

- elle ne peut supporter la charge d'aménagement de la maison ;

- les experts ont confirmé le délabrement de la maison et le montant extrêmement élevé des frais de réhabilitation ;

- la décision du maire porte atteinte à son droit à la libre disposition d'un bien, son droit de propriété, à la liberté d'entreprendre et au principe de non-discrimination ;

- l'argument de la mairie sur la préservation de la valeur patrimoniale ne correspond pas à la réalité et cache un comportement délibérément hostile à la société et ses gérants.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 octobre 2024, la commune de Dannemarie conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la société Chevallot de la somme de 3000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la requête au fond est irrecevable dès lors que la requérante se borne à faire état des demandes présentées devant le juge du référé liberté et aux moyens développés devant le juge du référé suspension et que les conditions fixées par l'article L.521-1 du code de justice administrative ne sont pas remplies.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu la requête en annulation présentée par la société Chevallot le 16 octobre 2024 sous le numéro 2407823.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Strasbourg a désigné M. Richard, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Brosé greffier d'audience, M. Richard a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Chamy représentant la société Chevallot, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- les observations de Me Metzger représentant la commune de Dannemarie qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté portant refus de permis de démolir.

4. En tout état de cause, en se bornant à faire état de l'état de délabrement de la maison et de l'absence de solution de réhabilitation envisageable, la société requérante ne justifie pas suffisamment de l'urgence alors que cette maison a fait l'objet de procédures menées sur le fondement des dispositions du code de la construction et de l'habitation visant à prévenir tout risque pour la sécurité des occupants ou du voisinage et qu'il n'est pas justifié que ce risque ne peut être prévenu que par le seul recours à la démolition totale de l'édifice.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conditions fixées à l'article L.521-1 du code de justice administrative ne sont pas réunies et que les conclusions de la société requérante présentées sur ce fondement ne peuvent être que rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Dannemarie qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société Chevallot demande au titre des frais liés au litige. En revanche, il y a lieu, sur le fondement de ces mêmes dispositions, de mettre à la charge de la société Chevallot le versement de la somme de 1 500 euros à la commune de Dannemarie.

O R D O N N E :

Article 1 : La requête de la société Chevallot est rejetée.

Article 2 : La société Chevallot versera une somme de 1500 euros à la commune de Dannemarie au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Chevallot et à la commune de Dannemarie.

Fait à Strasbourg, le 5 novembre 2024.

Le juge des référés,

M. RICHARD

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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