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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2408115

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2408115

mercredi 26 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2408115
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantGUEDDARI BEN AZIZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 26 octobre et 9 novembre 2024, Mme A D, représentée par Me Gueddari Ben Aziza, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 septembre 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français :

- les décisions sont entachées d'incompétence ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier ;

- elles méconnaissent les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur le refus de séjour :

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- le droit d'être entendu qui se rattache au principe du respect des droits de la défense conformément au principe général du droit de l'Union européenne et à l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne a été méconnu ;

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de séjour ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 décembre 2024, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cormier,

- les observations de Me Schalck, substituant Me Gueddari Ben Aziza, avocate de Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante géorgienne née le 17 décembre 1980, est entrée en France le 18 septembre 2015, afin de solliciter l'asile. Sa demande d'asile a été rejetée le 27 octobre 2016 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et le 21 avril 2017 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Mme D a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 21 juillet 2017. Mme D a bénéficié d'un titre de séjour en raison de son état de santé valable jusqu'au 3 septembre 2021. Sa demande de renouvellement de ce titre de séjour a été rejetée le 29 avril 2022, et une obligation de quitter le territoire français a été prise à son encontre le même jour. Le 23 septembre 2023, Mme D a sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 19 septembre 2024, dont la requérante demande l'annulation, la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination.

Sur l'admission au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Dans les circonstances de l'espèce et en raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre Mme D au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs au refus de séjour et à l'obligation de quitter le territoire :

4. En premier lieu, par un arrêté du 28 juin 2024, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. Mathieu Duhamel, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département, à l'exception de certaines mesures au nombre desquelles ne figurent pas les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que M. C, signataire de ces décisions, ne dispose pas d'une délégation de signature doit être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé et il ressort de ses termes que la préfète du Bas-Rhin a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressée. Les moyens tirés de l'insuffisante motivation de l'arrêté et du défaut d'examen de la situation personnelle de la requérante sont ainsi manifestement infondés.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne garantit pas à l'étranger le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer une vie privée et familiale. En outre, pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à ce droit doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. Mme D soutient qu'elle justifie d'une insertion sociale en France dès lors qu'elle est entrée en France le 4 septembre 2015 et qu'elle y réside avec son fils mineur, B, né le 29 février 2016 et scolarisé en France. Toutefois, l'intéressée, qui se borne à produire au soutien de ses allégations un certificat de scolarité pour l'année scolaire 2024/2025, n'établit pas, par ces seuls éléments, l'intensité de son intégration sur le territoire, alors notamment qu'elle ne justifie pas de l'impossibilité de reconstruire sa cellule familiale avec son fils dans son pays d'origine. En outre, elle n'établit pas, ni même ne fait valoir, qu'elle serait dépourvue d'attaches en Géorgie. Il suit de là que les liens personnels et familiaux en France de Mme D, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, ainsi que de ses conditions d'existence et de son insertion dans la société française, ne sont pas suffisamment intenses pour qu'elle soit fondée à soutenir que la préfète du Bas-Rhin aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention précitée. Ce moyen doit, dès lors, être écarté. Pour les mêmes motifs, Mme D n'est pas fondée à soutenir que les décisions sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

9. En quatrième et dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

10. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'exécution des décisions en litiges aurait pour effet de mettre un terme à la cellule familiale que la requérante forme avec son enfant ou que ce dernier ne pourrait poursuivre sa scolarité qu'en France. Par suite, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Bas-Rhin a méconnu les stipulations précitées.

En ce qui concerne le refus de séjour :

11. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

12. En présence d'une demande de régularisation déposée, sur le fondement de ces dispositions, par un étranger dont la présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

13. Eu égard à ce qui a été dit au point 8, la préfète du Bas-Rhin ne s'est pas livrée à une appréciation manifestement erronée de la situation de Mme D en estimant qu'elle ne justifie pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 précité.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

14. En premier lieu, il résulte des points précédents que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant refus de séjour. Dès lors, elle n'est pas davantage fondée à solliciter l'annulation, par voie de conséquence, de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

15. En second lieu, Mme D a sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a ainsi, à l'occasion de cette demande, été amenée à préciser à l'administration les motifs pour lesquels elle demandait son admission au séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire attaquée est intervenue en méconnaissance du droit d'être entendu tiré du principe général du droit de l'Union européenne et de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

En ce qui concerne la fixation du pays de destination :

16. En premier lieu, il résulte des points précédents que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Dès lors, elle n'est pas davantage fondée à solliciter l'annulation, par voie de conséquence, de la décision fixant le pays de destination.

17. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision en litige comprend les éléments de droit et de fait qui constituent son fondement. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

18. Il résulte de ce qui précède que, Mme D étant admise provisoirement à l'aide juridictionnelle, ses conclusions à fin d'annulation, d'injonction et d'application des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Mme D est admise provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête présentée par Mme D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à Me Gueddari Ben Aziza et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Gros, président,

M. Cormier, conseiller,

Mme Fuchs Uhl, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 février2025.

Le rapporteur,

R. CORMIER

Le président,

T. GROSLa greffière,

S. SIAMEY

La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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