mercredi 26 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2408118 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BOTTEMER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 octobre 2024 et le 9 janvier 2025 et un mémoire enregistré le 26 janvier 2025 et non communiqué, M. A D, représenté par Me Magali Bottemer, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 5 septembre 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin, lui a retiré son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire jusqu'à la date de lecture en audience publique de la décision à venir de la cour nationale du droit d'asile ;
5°) d'ordonner l'effacement du signalement le concernant dans le fichier européen de non-admission.
Il soutient que :
Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :
- elles sont entachées d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'un vice de procédure et d'un défaut d'examen dès lors qu'il a été privé de la possibilité de déposer une demande de titre de séjour en raison de son état de santé ;
Sur les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur de droit en raison d'un défaut d'examen de sa situation dès lors qu'il a été privé de la possibilité de déposer une demande de titre de séjour en raison de son état de santé ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :
- la décision attaquée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
Sur les moyens propres à l'interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision attaquée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que la préfète s'est crue en compétence liée au regard de sa vie privée et familiale ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur la suspension à titre subsidiaire de l'obligation de quitter le territoire :
- il justifie d'éléments sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 novembre 2024, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de formation a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gros ;
- les observations de Me Bottemer, avocate de M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant géorgien né le 12 mars 1980, est entré en France le 22 mai 2024 afin d'y solliciter l'asile. Sa demande a été rejetée selon la procédure accélérée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 22 août 2024, notifiée le 4 septembre 2024. Par un arrêté du 5 septembre 2024, dont M. D demande l'annulation, la préfète du Bas-Rhin lui a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, lui a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée de deux ans.
Sur l'admission au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :
4. En premier lieu, par un arrêté du 29 août 2024 régulièrement publié le 30 août 2024, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à Mme B C, cheffe de la section asile, à l'effet de signer les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré d'une incompétence de la signataire des décisions en litige doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ressort des termes des décisions attaquées qu'elles comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation, laquelle ne se confond pas avec le bien-fondé des motifs, doit être écarté.
6. En dernier lieu, si M. D soutient que le site de l'administration numérique des étrangers en France (ANEF) ne fonctionnait pas en ce qu'il ne permettait pas le dépôt effectif de sa demande de titre de séjour pour raison de santé avant l'édiction de la décision attaquée, il n'établit pas de manière probante, par le seul courriel d'une intervenante juridique assorti d'une seule capture d'écran qu'il produit, le dysfonctionnement qu'il critique. En tout état de cause, il ne se prévaut d'aucunes circonstances justifiant de la raison pour laquelle il n'a pas sollicité son admission au séjour au regard de son état de santé dès le dépôt de sa demande d'asile comme il en avait la possibilité en application des articles L. 431-2 et D. 431-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tiré d'un vice de procédure et d'un défaut d'examen doivent être écartés.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le moyen tiré de l'erreur de droit en raison d'un défaut d'examen de la situation personnelle de M. D ne peut qu'être écarté.
8. En second lieu, si le requérant invoque la méconnaissance de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard des traitements et inhumains dégradants auxquels il serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine, ces stipulations sont en l'espèce inopérantes à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, qui n'a pas pour objet de fixer de pays de destination.
En ce qui concerne la fixation du pays de destination :
9. Il résulte des points précédents que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. Dès lors, il n'est pas davantage fondé à solliciter l'annulation par voie de conséquence de la décision fixant le pays de destination.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
10. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
11. En l'espèce, il est constant que M. D ne constitue aucune menace pour l'ordre public français et n'a fait l'objet d'aucune précédente mesure d'éloignement. Par suite, alors même qu'il est entré en France de manière irrégulière il y a quatre mois à la date de la décision attaquée et déclare être divorcé et sans enfants à charge, le requérant est fondé à soutenir que la préfète du
Bas-Rhin, en lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, a méconnu les dispositions précitées.
12. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.
Sur la suspension à titre subsidiaire de la mesure d'éloignement :
13. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ".
14. En l'espèce, le requérant n'apporte aucun élément probant de nature à justifier son maintien sur le territoire français durant l'examen de son recours par la CNDA.
15. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté de la préfète du Bas-Rhin est annulé en tant qu'il interdit à M. D un retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. En revanche, le surplus des conclusions présentées par M. D aux fins d'annulation et, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. D présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : M. D est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté de la préfète du Bas-Rhin est annulé en tant qu'il interdit à M. D un retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête présentée par M. D est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Bottemer et au préfet du
Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'Intérieur et à la procureure de la République près le tribunal judiciaire de Strasbourg.
Délibéré après l'audience du 30 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Gros, président,
M. Cormier, conseiller,
Mme Fuchs Uhl, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 février 2025.
Le président-rapporteur,
T. GROS
L'assesseur le plus ancien,
R. CORMIER
La greffière,
S. SIAMEY
La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026