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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2408125

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2408125

mercredi 26 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2408125
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantVAHEDIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 octobre 2024, M. A C, représenté par Me Vahedian, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2024 par lequel le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de réexaminer sa situation administrative.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français et le refus d'accorder un délai de départ volontaire :

- les décisions attaquées sont entachées d'une incompétence de l'auteur de l'acte de l'acte, qu'il s'agisse de la délégation de signature ou de la compétence territoriale ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure dès lors que le requérant n'a pas été informé des modalités d'introduction d'une demande de protection internationale ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elles méconnaissent le droit d'être entendu au préalable, conformément aux dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision attaquée est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 novembre 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de formation a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gros a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 7 août 1995, déclare être entré en France en janvier 2024. Le 18 octobre 2024, il a fait l'objet d'un contrôle d'identité par les services de la police aux frontières de Metz, à la suite duquel il a été interpellé afin de procéder à la vérification de son droit de circulation ou de séjour. Par un arrêté du 18 octobre 2024, dont M. C demande l'annulation, le préfet de la Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans.

Sur l'admission au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

4. En premier lieu, par un arrêté du 14 mai 2024 régulièrement publié le 15 mai 2024, le préfet de la Moselle a délégué sa signature à M. B D, directeur de l'immigration et de l'intégration, pour signer l'ensemble des actes se rapportant aux matières relevant de cette direction, à l'exclusion des arrêtés prononçant l'expulsion d'un étranger en application des dispositions de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

5. En second lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, l'arrêté attaqué, qui comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire français et au refus d'accorder un délai de départ volontaire :

6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ". Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ".

7. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal de sa retenue aux fins de vérification du droit de circulation ou de séjour, que M. C a fait l'objet d'un contrôle d'identité en gare routière de Metz le 18 octobre 2024. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'incompétence territoriale doit être écarté comme manquant en fait.

8. En deuxième lieu, si le requérant soutient qu'il n'a pas été informé des modalités d'introduction d'une demande de protection internationale préalablement à l'édiction des décisions attaquées, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal de la procédure de retenue aux fins de vérification du droit de circulation ou de séjour, qu'il n'a pas formulé de demande en ce sens, indiquant même que le départ de son pays d'origine était motivé par " des raisons économiques ". Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ce droit doit être écarté.

9. En troisième lieu, il ne ressort pas des décisions en litige que la situation du requérant n'aurait pas fait l'objet d'un examen sérieux et particulier. Par suite, ce moyen doit être écarté.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. 2. Ce droit comporte notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Par ailleurs, il ressort de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, en ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, que le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour.

11. Si M. C soutient qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations préalablement à l'édiction des décisions attaquées, il ressort des pièces du dossier qu'il a fait l'objet d'une audition aux fins de vérification du droit de circulation ou de séjour par les services de police le 18 octobre 2024 lors de laquelle il a été mis en mesure de présenter, de manière utile et effective, ses observations sur la mesure d'éloignement envisagée. En outre, il n'établit pas qu'il aurait tenté en vain de porter à la connaissance de l'administration des éléments pertinents relatifs à sa situation, avant l'intervention des décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que le requérant aurait été privé de son droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne consacré par les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doit être écarté.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. Il ressort des pièces du dossier que M. C n'est présent en France que depuis quelques mois, est célibataire et sans enfants, n'a entrepris aucune démarche de régularisation, ne parle pas le français et n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident ses parents. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de la Moselle aurait méconnu les dispositions précitées de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées seraient entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne les moyens propres à l'interdiction de retour sur le territoire français :

14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

15. En considérant que M. C est entré sur le territoire en janvier 2024 et ne justifie pas de liens intenses et stables avec la France, et bien que son comportement ne soit pas constitutif de menaces à l'ordre public, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées que le préfet de la Moselle lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : M. C est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête présentée par M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Vahedian et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Gros, président,

M. Cormier, conseiller,

Mme Fuchs Uhl, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 février 2025

Le président-rapporteur,

T. GROS L'assesseur le plus ancien,

R. CORMIER

La greffière,

S. SIAMEY

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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