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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2408149

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2408149

mardi 12 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2408149
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSULTAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 octobre 2024, M. A, représentée par Me Sultan, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision résultant du silence gardé pendant plus de quatre mois par la préfète du Bas-Rhin sur sa demande du 21 juin 2024 tendant à l'abrogation de l'arrêté du 22 avril 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a rejeté sa demande de renouvellement de titre de titre de séjour formulée le 25 septembre 2019, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) par voie de conséquence, de suspendre l'exécution de l'arrêté susvisé du 22 avril 2024 ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros hors taxes à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que l'exécution de la décision en litige le prive de son droit d'entretenir des relations avec sa fille et d'exercer toute activité professionnelle ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige en ce qu'elle est entachée d'un défaut de motivation, d'un vice de procédure en lien avec la consultation de la commission du titre de séjour, d'erreur de droit, d'une méconnaissance des articles L. 423-7 et L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, d'une méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation quant à la menace à l'ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 novembre 2024, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'il n'existe, en l'état de l'instruction, aucun moyen de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Thomas Gros pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue le 4 novembre 2024, en présence de Mme Anjard, greffière d'audience :

- le rapport de M. Gros, juge des référés ;

- les observations de Me Sultan, avocat de M. A.

Le préfet du Bas-Rhin n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibérée présentée pour M. A a été enregistrée le 5 novembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain, né le 25 décembre 1990, est entré en France sous couvert d'un visa long séjour portant la mention " conjoint de français " compte tenu de son mariage en 2011 avec Mme C, de nationalité française. De leur union est né un enfant le 12 septembre 2013. Son titre de séjour a été renouvelé jusqu'au 12 avril 2014. Le 7 juillet 2014, il s'est vu refuser le renouvellement de son titre de séjour et a été obligé de quitter le territoire français en raison de la rupture de communauté de vie avec son épouse. M. A n'a pas déféré à cette mesure d'éloignement. Il a formulé une demande de titre de séjour le 22 novembre 2017 en qualité de parent d'enfant français et s'est vu délivrer un titre de séjour valable du 21 septembre 2018 au 20 septembre 2019 en cette qualité. Le 25 septembre 2019, il a sollicité la délivrance d'une carte de résident d'une durée de dix ans au regard de ses liens personnels et familiaux en France. Par décision du 24 juin 2020, la préfète du Bas-Rhin lui a délivré un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée de deux ans. Par décision du 22 avril 2024 la préfète du Bas-Rhin n'a pas fait droit à sa demande de renouvellement de titre de séjour formulée le 25 septembre 2019, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par lettre du 21 juin 2024, notifiée le 25 juin 2024, M. A a sollicité l'abrogation de la décision précitée du 22 avril 2024. Du silence gardé par la préfète du Bas-Rhin pendant plus de quatre mois à cette demande est née une décision implicite de rejet, dont il demande la suspension.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / () ".

3. L'urgence justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque

celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. La condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour. En outre, et en l'espèce, s'il est constant que M. A n'a plus l'exercice de l'autorité parentale sur sa fille, il résulte de l'instruction qu'il conserve le droit et le devoir de surveiller son entretien et de son éducation. A cet égard, il exerce un droit de visite et assume son obligation d'entretien dans des conditions fixées par la dernière décision en date du juge aux affaires familiales du 5 juillet 2022 qu'il respecte. Par suite, l'exécution de la décision attaquée aurait pour effet de le priver de son droit d'entretenir des relations avec sa fille, lesquelles sont établies. En outre, contrairement à ce que soutient le préfet, il justifie de l'existence de revenus qu'il déclare auprès de l'administration fiscale en lien avec l'exercice d'une activité professionnelle en tant que micro-entrepreneur que l'exécution de la décision en litige aurait également pour effet de le priver. Par suite, la condition tenant à l'urgence au sens des dispositions précitées est remplie.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

5. D'une part, pour refuser le renouvellement de son titre de séjour la préfète du

Bas-Rhin s'est fondée sur la circonstance que la présence de M. A constitue une menace à l'ordre public au regard de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision fait ainsi état de ce que l'intéressé " a été condamné le 18 juin 2017 par le tribunal de grande instance de Strasbourg à quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour viol et violences sur son épouse ". Toutefois, il ressort des pièces du dossier que si l'intéressé a bien été condamné à quatre mois d'emprisonnement avec sursis, c'est uniquement en raison de ce qu'il s'était rendu coupable d'appels téléphoniques malveillants réitérés du 25 au 30 juillet 2013 à l'encontre son ex-épouse, le tribunal de grande instance de Strasbourg puis la cour d'appel de Colmar l'ayant, par jugement du 18 juillet 2017 et par arrêt du 21 mars 2018, déclaré non coupable tant des faits de viol commis à l'encontre de cette dernière, que des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint.

6. D'autre part, il est constant que l'intéressé réside en France depuis douze ans. Il résulte également de ce qui a été exposé au point 4 qu'il a une fille mineure en France de nationalité française avec laquelle il maintient des liens dans le cadre de son droit de visite tout en pourvoyant à son entretien dans la limite de ses moyens conformément aux décisions du juge aux affaires familiales. De même, il exerce une activité de micro-entrepreneur.

7. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'erreur d'appréciation au regard de la menace à l'ordre public et également de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés sont, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. La présente décision implique seulement d'enjoindre au préfet du Bas-Rhin de suspendre l'exécution de l'arrêté précité du 22 avril 2024 et de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler jusqu'à ce que le tribunal statue au fond sur la requête à fin d'annulation présentée par le requérant.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu d'admettre provisoirement M. A à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Sultan, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Sultan de la somme de 1 200 euros hors taxes. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à M. A.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision de la décision résultant du silence gardé pendant plus de quatre mois par la préfète du Bas-Rhin sur la demande de M. A du 21 juin 2024 tendant à l'abrogation de l'arrêté du 22 avril 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a rejeté sa demande de renouvellement de titre de titre de séjour formulée le 25 septembre 2019, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination est suspendue jusqu'à ce que le tribunal statue au fond sur la requête à fin d'annulation présentée par le requérant.

Article 2 : L'exécution de l'arrêté susvisé du 22 avril 2024 est suspendue jusqu'à ce que le tribunal statue au fond sur la requête à fin d'annulation présentée par le requérant.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Bas-Rhin de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler jusqu'à ce que le tribunal statue au fond sur la requête à fin d'annulation présentée par le requérant.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Sultan renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Sultan, avocat de M. A, une somme de 1 200 (mille deux cents) euros hors taxes en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 (mille deux cents) euros sera versée à M. A.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Sultan et au ministre de l'intérieur. Copie en sera adressée au préfet du Bas-Rhin et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Strasbourg.

Fait à Strasbourg, le 12 novembre 2024.

Le juge des référés,

T. GROS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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