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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2408260

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2408260

jeudi 14 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2408260
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantZIMMERMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 novembre 2024, M. C A, représenté par Me Zimmermann demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités bulgares ;

3°) d'enjoindre au préfet du Bas-Rhin d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros hors taxe au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- l'information prévue par les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ne lui a pas été donnée ;

- il n'a pas bénéficié d'un entretien individuel conforme aux dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- la préfète ne produit pas l'accord des autorité bulgares ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2024, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Boutot en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Boutot, magistrat désigné ;

- les observations de Me Zimmermann, avocate de M. A, absent à l'audience, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.

Le préfet du Bas-Rhin n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré, présentée par le préfet du Bas-Rhin, a été enregistrée le 8 novembre 2024.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 30 septembre 2024 régulièrement publié le même jour, la préfète par intérim du Bas-Rhin a délégué sa signature à Mme B D, cheffe du pôle régional Dublin, à l'effet de signer, notamment, les arrêtés de transfert. Le moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A s'est vu remettre, le 13 septembre 2024, les brochures A et B, en langue pachto, constituant l'information prévue par l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Le moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant a bénéficié, le 13 septembre 2024, de l'entretien individuel prévu par l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, dont il a signé le résumé et qui a été conduit grâce à un interprète en langue pachto. Il n'est pas établi que cet entretien, qui s'est déroulé à la préfecture de police de Paris et qui est revêtu d'un tampon officiel de la préfecture, n'aurait pas été conduit par un agent qualifié en vertu du droit national. Le moyen doit être écarté.

5. En quatrième lieu, le préfet du Bas-Rhin produit en défense la preuve de l'acceptation de reprise en charge de M. A par les autorités bulgares en date du 30 septembre 2024.

6. En cinquième lieu, M. A soutient qu'il a été victime en Bulgarie, de traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et qu'il existe en Bulgarie des défaillances systémiques dans le système d'accueil des demandeurs d'asile au sens de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Toutefois, les déclarations du requérant sur les mauvais traitements invoqués ne peuvent être regardés comme étant étayées d'éléments suffisamment probants. En toute hypothèse, à supposer même avérées ces circonstances, elles ne permettraient pas pour autant d'établir qu'il serait exposé en Bulgarie à un traitement contraire au droit international, dès lors que la Bulgarie, pays membre de l'union européenne et partie tant à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qu'à la convention de Genève du 28 juillet 1951, est présumée garantir un niveau de protection de demandeurs d'asile équivalent à celui de la France, présomption qui n'est pas, en l'espèce, remise en cause. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.

7. En dernier lieu, le requérant soutient que la décision méconnaît l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en faisant valoir qu'il a été confronté en Bulgarie à des conditions de vie contraires au respect de la dignité humaine. Toutefois, sans éléments nouveaux, le moyen doit être écarté pour les mêmes motifs qu'au point précédent.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées pour M. A à fin d'annulation doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'astreinte et celles au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1 : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Zimmermann et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2024.

Le magistrat désigné,

L. BoutotLa greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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